‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 30 sur 117 · Y\NT- PROPOS · texte numérisé non relu

Y\NT- PROPOS

que deux heures sont aussi entre elles d'une même matière. Cependant ces distinctions ne sont pas seulement des termes, mais des choses mêmes, et semblent venir bien à propos ici, où leur confusion a fait naître une fausse conséquence. Ces deux genres ont une notion commune, et celle du genre réel est commune aux deux matières , de sorte que leur généalogie sera telle :

Logiijuc, seulement varié par des différences simples.

(hure Réel, dont les différences sont des Métaphysique, seulement où | modifications, c"est-à-dire ma- \ il y a homogénéité.

| Physique, oix il y a une masse homosène solide.

Itère .

Je n'ai pas vu la seconde lettre de l'auteur à l'évèque. La réponse que ce prélat y fait ne touche guère au point qui regarde la pensée de la matière; mais la réplique de notre auteur à cette seconde réponse y retourne : « Dieu (dit-il à peu près dans ces ter- »mes, p. 3!)* , ajoute à l'essence de la matière les qualités et » perfections qui lui plaisent : le mouvement simple dans quelques » parties, mais dans les plantes la végétation, et dans les animaux » le sentiment. Ceux qui en demeurent d'accord jusqu'ici se ré- » crient aussitôt qu'on fait encore un pas, pour dire que Dieu peut » donner à la matière pensée , raison , volonté , comme si cela dé- » truisait l'essence de la matière. Mais, pour le prouver, ils allé - » guent que la pensée ou raison n'est pas renfermée dans l'essence » de la matière ; ce qui ne fait rien , puisque le mouvement et la vie » n'y sont pas renfermés non plus. Ils allèguent aussi qu'on ne sau- » rait concevoir que la matière pense. Mais notre conception n'est » pas la mesure du'pouvoir de Dieu. » Après cela , il cite l'exemple de l'attraction de la matière, p. 99, mais surtout p. 108, où il parle de la gravitation de la matière vers la matière, attribuée à M. Newton, dans les termes que j'ai cités ci-dessus, avouant qu'on n'en saurait jamais concevoir le comment. Ce qui est, en effet, retourner aux qualités occultes ou, qui plus est, inexplicables. Il ajoute (p. 401 ) que rien n'est plus propre à favoriser les sceptiques que de nier ce qu'on n'entend point, et (p. 102) qu'on ne conçoit pas mcVe comment l'Ame pense. Il veut (p. 103) que les deux substances, la matérielle et l'immatérielle, pouvant être conçues dans leur essence nue sans aucune activité , il dépende de Dieu de donner

\\ A NT- PROPOS. t!)

;'i l'une et ;i l'autre la puissance de penser; et on veuf se prévaloir de l'aveu de l'adversaire, qui avait accordé le sentiment aux bêtes, mais qui ne leur accorderait, pas quelque substance immatérielle. On prétend que la liberté , la conscienciosilé p. 108) et la puissance de faire des abstractions p. 109) peuvent être données à la matière; non pas comme matière , mais comme enrichie par une puissance divine. Enfin on rapporte (p. 434) la remarque d'un voyageur aussi considérable et judicieux que l'est M. de la Loubère, que les païens de l'Orient connaissent 1 immortalité de l'âme sans en pouvoir comprendre l'immatérialité.

Sur tout cela je remarquerai, avant que de venir à l'explication de mon opinion, qu'il est sûr que la matière est aussi peu capable de produire machinalement, du sentiment que de produire de la raison, comme notre auteur en demeure d'accord; qu'à la vérité je reconnais qu'il n'est pas permis de nier ce qu'on n'entend pas: mais j'ajoute qu'on a droit, de nier (au moins dans l'ordre naturel ce qui absolument n'est point intelligible ni explicable. Je soutiens aussi que les substances (matérielles ou immatérielles) ne sauraient être conçues dans leur essence nue sans activité ; que l'activité est de l'essence de la substance en général , et qu'enfin la conception des créatures n'est pas la mesure du pouvoir de Dieu , mais que leur conceptivité, ou force de concevoir, est la mesure du pouvoir de la nature, tout ce qui est conforme à l'ordre naturel pouvant être conçu ou entendu par quelque créature.

Ceux qui concevront mon système jugeront que je ne saurais me conformer en tout avec l'un ou l'autre de ces deux excellents auteurs, dont la contestation cependant est fort instructive. Mais, pour m'expliquer distinctement, il faut considérer, avant toutes choses, que les modifications qui peuvent venir naturellement ou sans miracle à un même sujet, y doivent venir des limitations ou variations d'un genre réel ou d'une nature originaire constante et absolue; car c'est ainsi qu'on distingue chez les philosophes les modes d'un être absolu de cet être même, comme l'on sait que la °randeur, la figure et le mouvement sont manifestement des lïmitations et des variations de la nature corporelle. Il est clair comment une étendue bornée donne des figures, et que le changement qui s'y fait n est autre chose que le mouvement: et toutes les fois

•xi \\ Wl - PROPOS.

«g ,'oa trouve linéique qualité dans un sujet, on doil croire que si on entendait la nature de ce sujet et de cette qualité, on concevrait comment cette qualité en peut résulter. Ainsi, dans l'ordre de la nature (les miracles mis à part), il n'est pas arbitraire a Dieu de donner indifféremment aux substances telles ou telles qualités; e! il ne- leur en donnera jamais que celles qui leur seront naturelles, c'est-à-dire qui pourront être dérivées de leur nature comme des modifications explicables. Ainsi on peut juger que la matière n'aura pas naturellement l'attraction mentionnée ci-dessus, cl n'ira pas d'elle-même en ligne courbe, parce qu'il n'est pas possible de concevoir comment cela s'y fait, c'est-à-dire de l'expliquer mécaniquement; au lieu que ce qui est naturel doit pouvoir devenir concevable distinctement, si l'on était admis dans le secret des choses. Cette distinction entre ce qui est naturel et explicable et ce qui est inexplicable et miraculeux lève toutes les difficultés. En la rejetant , on soutiendrait quelque chose de pis que les qualités occultes, et on renoncerait en cela à la philosophie et à la raison, en ouvrant des asiles à l'ignorance et à la paresse par un système sourd , qui admet non-seulement qu'il y a des qualités que nous n'entendons pas, dont il n'y en a que trop , mais aussi qu'il y en a que le plus grand esprit, si Dieu lui donnait toute l'ouverture possible, ne pourrait pas comprendre, c'est-à-dire qui seraient ou miraculeuses ou sans rime et sans raison : et cela même serait sans rime et sans raison, que Dieu fit des miracles ordinairement; de sorte que cette hypothèse fainéante détruirait également notre philosophie, qui cherche les raisons, et la divine sagesse, qui les fournit.

Pour ce qui est maintenant de la pensée , il est sûr, et l'auteur le reconnaît plus d'une fois, qu'elle ne saurait être une modification intelligible de la matière, c'est-à-dire que l'être sentant ou pensant n'est pas une chose machinale, comme une montre ou un moulin : en sorte qu'on pourrait concevoir des grandeurs, figures et mouvements dont la conjonction machinale pût produire quelque chose de pensant et même de sentant dans une masse ou il n'y eùl rien de tel, qui cesserait aussi de même par le dérèglement de c ' e machine. Ce n'est donc pas une chose naturelle à la matière de sentir et de penser, cl cela ne peut arriver chez elle que de

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