‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 31 sur 117 · V\VI - PROPOS. 'M · texte numérisé non relu

V\VI - PROPOS. 'M

deux façons, dont l'une sera que Dieu y joigne une substance à

laquelle il soit naturel de penser, et l'autre que Dieu y mette la pensée par miracle. En cela donc, je suis entièrement du sentiment des cartésiens , excepté que je l'étends jusqu'aux bêtes, et que je crois qu'elles ont du sentiment et des âmes immatérielles (à proprement parler^ et aussi peu périssables que les atomes le sont chez Démocrite ou (Gassendi; au lieu que les cartésiens, embarrassés sans sujet des âmes des bêtes et ne sachant ce qu'ils en doivent faire, si elles se conservent faute de s aviser de la conservation de l'animal réduit en petit), ont été forcés de refuser même le sentiment aux bêtes, contre toutes les apparences et contre le jugement du genre humain. Mais si quelqu'un disait (pie Dieu au moins peut ajouter la faculté de penser à la machine préparée, je répondrais que si cela se faisait , et si Dieu ajoutait cette faculté à la matière sans y verser en même temps une substance qui fût le sujet de l'inhésion de cette même faculté (comme je le conçois . c'est-à-dire sans y ajouter une âme immatérielle , il faudrait que la matière eût été exaltée miraculeusement pour recevoir une puissance dont elle n'est pas capable naturellement. (Juelques scolastiques ont prétendu quelque chose d'approchant, savoir : que Dieu exalte le feu jusqu'à lui donner la force de brûler immédiatement les espril> séparés des corps, ce qui serait un miracle tout pur. C'est assez qu'on ne puisse soutenir que la matière pense, sans y mettre une âme impérissable ou bien un miracle; el qu'ainsi l'immatérialité de nos âmes suive de ce qui est naturel, puisqu'on ne saurait soutenir leur extinction que par un miracle, soit en exaltant la matière, soit en anéantissant l'âme; car nous savons bien que la puissance de Dieu pourrait rendre nos âmes mortelles, tout immatérielles (ou immortelles par leur seule nature qu'elles puissent être, puisqu'il les peut anéantir.

Or. celte vérité de l'immatérialité de l'âme est sans doute de conséquence; car il est infiniment plus avantageux à la religion el a la morale, surtout dans les temps où nous sommes, de montrer que lésâmes sont immortelles naturellement, et que ce serait un miracle si elles ne 1 étaient pas, que de soutenir que nos àme> doivent mourir naturellement: mais que c'est en vertu d'une grâce miraculeuse, fondée dan- la seule promesse de Dieu . qu'elles ne

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