‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 10 sur 401 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

En ce gueret peu de bougrins sont nés, Qu'on n'ait berné sus le moulin à tan Courez y tous, et alarme sonnez, Plus y aurez que n'y eustes antan.

Bien peu après l'oiseau de Jupiter

Délibéra pariser pour le pire :

Mais, les voyant tant fort se despiter,

Craignit qu'on mist ras, jus, bas, mat l'empire.

Et mieulx aima le feu du ciel empire

Au tronc ravir où l'on vend les sorets,

Que l'air serain, contre qui l'on conspire,

Assubjectir es dicts des massorcts.

Le tout conclud fut à pointe affilée, Maulgré Até, la cuisse heronnierc, Qui là s'asist, voyant Pentasilée Sus ses vieux ans prise pour cressonnière. Chascun crioit : Villaine charbonnière, T'appartient il toy trouver par chemin ? Tu la tolluz la romaine bannière, Qu'on avoit fait au traict du parchemin.

Ne fust Juno, qui, dessous l'arc céleste. Avec son duc tendoit à la pipée, On luy eust fait un tour si tresmoleste Que de tous points elle eust esté frippée. L'accord fut tel que, d'icellc lippée, Elle en auroitdeux œufz de Proserpine ; Et, si jamais elle y estoit grippée, On la lieroit au mont de l'Albespine.

Sept mois après, oustez en vingt et deux, Cil qui jadis anihila Cartilage Courtoisement se mit en milieu d'eux, Les requérant d'avoir son héritage :

Ou bien qu'on fist justement le partage Selon la loy que l'on tire au rivet,

Ç*3 GARGANTUA

Distribuant un tatin du potage A ses facquins qui firent le brevet.

Mais l'an viendra, signé d'un arc turquois, De cinq fuseaux, et trois culz de marmite, On quel le dos d'un roy trop peu courtois Poivré sera sous un habit d'hermite. 0 la pitié ! pour une chattemite Laisserez vous engouffrer tant d'arpens ? Cessez, cessez, ce masque nul n'imite.

Retirez vous au frère des serpens.

Cest an passé, cil qui est régnera Paisiblement avec ses bons amis.

Ny brusq ny smach lors ne dominera .

Tout bon vouloir aura son compromis, Et le soûlas qui jadis fut promis Es gens du ciel, viendra en son befroy. Lors les haratz qui estoient estommis Triompheront en royal palefroy.

Et durera ce temps de passepasse Jusques à tant que Mars ait les empas. Puis en viendra un qui tous autres passe, Délicieux, plaisant, beau sans compas.

Levez vos cœurs, tendez à ce repas, Tous mes féaux : car tel est trespassé Qui pour tout bien ne retourneroit pas, Tant sera lors clamé le temps passé.

Finalement, celuy qui fut de cire Sera logé au gond du jacquemart.

Plus ne sera reclamé siie, sire, Le brimbaleur qui tient le coquemart.

Heu, qui pourroit saisir son braquemart? Toust seroient netz les tintouins cabus : Et pourroit on, à fil de poulemart, Tout bassouer * le maguazin d'abus.

* Baffouer, éd. antérieure à 1535 et de 1535.

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