LIVRE II, CHAPITRE I
de gueules r. Et tel avezveule chanoine Panzoult, et Piede boys, médecin d'Angiers : de laquelle race peu furent qui aimassent la ptisane, mais tous furent amateurs de purée septembrale. Nason et Ovide en prindrent leur origine. Et tous ceux desquelzest escrit, Nereminiscaris'*.
D'autres croissoient par les oreilles, lesquelles avoient si grandes que de l'une faisoient pourpoint, chausses, et sayon; de l'autre se couvroient comme d'une cappe à l'Espagnole 3. Et dit l'on qu'en Bourbonnois encores dure l'heraige 4, dont sont dites oreilles de Bourbonnois. Les autres croissoient en long du corps : et de ceux là sont venus les geans, et par eux Pantagruel 5.
juelles on applique l'encre sur les ormes d'imprimerie.
Mon pourpoint à grosses pompettes.
(Ane. théâtre, vol. III, p. 216.)
En patois lillois , être pompette ignitie : avoir bu.
1 Rouge, en langage héraldique.
Marot a dit , en parlant de Bac- :hus, dans sa 32e chanson :
fournie une guigne estoit rouge son nez. )ans les Contes d' Euirapel , ch. 18 :
i Lupolde a tout son rouge nez et i à pompettes. »
« Her nose ail o'er embellished i with rubies , carbuncles , sapi phirs. »
( Shakspeare, Comedy of errors.)
- Commencement du verset l'une antienne. — Àe remi?iiscaris lelicta nostra.
Plaisante équivoque, ne (nez) eminiscaris , ayez leur nez en ouvenir. C'est comme si Rabelais lisait : Et tous ceux dont les nez ont mémorables.
3 On lit dans Pomp. Mêla :
« Panotos, quibus magnse aures , i et ad ambiendum corpus oinne pai taise , nudis alioquin pro veste i sint. »
Et dans Pline :
« Fanesiorum (Panetiorum) alia; « (gentes) in quibus nuda alioquin « corpora praigrandes ipsorum au- « res tota contegunt. n
Montaigne parle aussi des grandes oreilles , et d'un ton sérieux :
« Au Peru , les plus grandes « oreilles sont les plus belles, et « les estendent autant qu'ils peu- « vent par artifice. Et un homme « d'aujourd'hui dit avoir veu , en « une nation orientale , ce soin de a les agrandir, en tel crédit , et de « les charger de poisants joyaux, « qu'à tous coups il passoit son a bras vestu au travers d'un trou « d'oreille. »
^Essais, L. 2, c. 12. )
* La race. — En a de l'héritage (éd. de Marnef) . Les oreilles de Bourbonnais étaient proverbiales pour leur longueur. « Es pais de Bour- « bonnois , où croissent mes belles « oreilles. » [Moyen de parvenir, ch. 7.)
5 Johanneau , comptant cinquanteneuf rois de France de Pharamond à Henri II , prête à Rabelais l'idée d'un rapprochement entre ces cin^
PANTAGRUEL
et
ciel
Et le premier fut Chalbrotli :
Qui engendra Sarabroth, 1 Qui engendra Faribroth,
Qui engendra Hurtaly, qui fut beau mangeur de soupes régna au temps du déluge,
Qui engendra Nembroth,
Qui engendra Athlas, qui, avec ses espaules garda le de tomber,
Qui engendra Goliath,
Qui engendra Erix, lequel fut inventeur du jeu des gobeletz,
Qui engendra Tite,
Qui engendra Eryon *,
Qui engendra Polypheme,
Qui engendra Cace,
Qui engendra Etion, lequel premier eut la vérole, pour n'avoir beu frais en esté, comme tesmoigne Bartachin,
Qin engendra Encelade,
Qui engendra Cee,
Qui engendra Typhoe,
Qui engendra Aloe,
Qui engendra Othe ,
Qui engendra Aegeon,
Qui engendra Briare, qui avoit cent mains,
quante-neuf vois et les cinquanteneuf géants dont les noms suivent.
Cette supposition peut à la rigueur être admise pour ce qui regarde le chiffre : mais il faut une bonne volonté bien décidée pour trouver la ressemblance entre tous les portraits qui se correspondent , dans cette hypothèse.
Parmi ces noms de géants, il y en a qui sont tirés de la Bible, de la mythologie, des auteurs grecs et latins; d'autres étaient fournis à Rabelais par les romans de che-
valerie et autres fictions du moyen âge. Quelques-uns, comme happemouche , qu'il appelle ailleurs Croqiiemo2iche , ce qui le rapproche de notre Croquemitaine , comme Gargantua lui-même , étaient des personnages fantastiques populaires en France.
1 On a ajouté ici , dans l'éd. de Marnef : « qui engendra Badeloury « qui tua sept vaches pour nienger « ieur foye. » On ne peut nier que cette leçon n'ait en elle-même quel* que chose de rabelaisien.