LIVRE II, CHAPITRE VU
Bigiia salutis 5 .
Bragueta juris - .
Pantoufla decretorum 3.
Malogramtum vitiommk.
Le Peloton de théologie.
Le Vistempenard des prescheurs, composé par Pépin c.
longue énumération qui va suivre , il se moque des titres bizarres de plusieurs écrits du temps , principalement sur la théologie et la scolastique. Quelques-uns de ces titres sont réels ou légèrement modifiés. La plupart sont de l'invention de Rabelais , mais forgés de manière à rappeler certaines particularités relatives à l'auteur ou à la matière.
Toutefois nous ne partageons pas la conviction que M. F. Lacroix, dans son livre sur le catalogue de V abbaye de saint Victor, 1862, in-8°, dit avoir acquise, « que Rabelais , en inventant , ou plutôt en travestissant un titre de livre, a toujours eu sous les yeux ou dans la pensée un livre imprimé ou manuscrit , sinon plusieurs à la fois, comme point de départ. »
Le professeur Henri Geldorp , dans son Dialogus epitkalamicus , inséré par Abbes Gabbema à la p.
205 de ses Epistolarum ab Mustribus viris scriptarum centuriœ très, Harlingue, 1 664, in-1 2, et plusieurs autres depuis, ont, à l'imitation de Rabelais , donné des listes d'ouvrages imaginaires, dans une intention satirique. On s'est même amusé a en composer quelques-uns sur les titres forgés à plaisir par Rabelais, tels que le Moutardier spirituel, etc. Or des commentateurs ont prétendu se servir, pour expliquer le texte de Rabelais , de ces imitations faites après coup ,
tandis que c'est au contraire Rabelais qui sert à les expliquer.
1 Le palan du salut. C'est la parodie du titre d'un recueil de sermons , imprimés à Haguenau en 1498 et en 1512 : Sermones dominicales , a quodam fratre hungaro , biga sahitis intitulati. A biga (chariot à deux roues. Du Cange) Rabelais a substitué plaisamment bigua (bigue, enfrançais; bigou, en breton : biga, en basque ; bighe en italien) le palan.
2 Plaisanterie fondée , dit Le Duchat , sur ce que le droit est réputé habiter dans la braguette.
3 La pantoufle des Décrélales.
Les Décrétales, écrit Morellet, étant l'ouvrage des papes qui font baise) leurs pantoufles, l'auteur suppose qu'elles sont sorties de ces pantoufles où elles étaient renfermées , comme le droit dans la bra-> guette.
4 La grenade des vices. Le Duchat affirme avoir vu une éd. in-4°, d'Augsbourg, 1510, d'un livre portant ce titre. M. Lacroix cite, d'après les Annales de Panzer, un in-f° qui a pour titre : Mustum malorum granatorum : de virtutibus et vitiis ckristianorum.
5 Le vistempenard était , suivant Cotgrave , un plumeau monté sur un long bâton. Or Guillaume Pépin avait une telle réputation qu'on disait : Qui nescit pepinare, nescit prœdicare. Le balai des prêcheurs, qui les nettoie tous, pouvait bien êtr«s
PANTAGRUEL
La Couille barrine * des preux.
Les Hanebanes des evesques 2.
Marmotretus , de babouynis et cingis , cum commente Dorbellis z.
Decrelum universitatis Parisiensis super gorgiasitate muliercularum, ad placitum1*.
L'apparition de Sainte Geltrude à une nonnain de Poissy estant en mal d'enfant 5.
Ars honeste petandi in societate, per M. Ortuinum 6.
Le Moustardier de pénitence 7.
Les Houseaulx, alias les bottes de patience.
Formicarium artium 8.
donné comme l'œuvre de Pépin.
1 D'éléphant.
2 La hannebane (en anglais hencbane)) poison pour les poules ; c'est la jusquiame. Morellet traduit ainsi ce titre : « La mort aux rats pour les évêques, » allusion probable à quelque ouvrage hostile aux évêques.
5 Le Marmolret, ainsi que nous l'avons déjà dit, était un livre de morale à l'usage des écoliers. Nicolas de Orbellis était un commentateur de P. Lombard.
* Morellet traduit ainsi ces deux lignes : décret de l'université de Paris louchant les gorges que les damelettes se font à plaisir (quand elles n'en ont pas).
Ceci est une plaisanterie qui nous rappelle l'arrêt de la cour en faveur de Panurge (chap. 17 ) « contre les damoiselles portant des cachecoulx à la haute façon, qui leur cachaient si bien les seins qu'on n'y pouvait plus mettre la main par dessous » .
M. Lacroix est persuadé qu'on trouverait la trace du decretum en question dans les registres manuscrits de l'Université de Paris. On l'y trouverait comme on trouverait
l'arrêt de Panurge dans les recueils du Parlement.
5 Les religieuses de Poissy avaient un grand renom de galanterie.
6 Eabelais veut parler d'Ortuinus Gratius (Ilardouin de Graelz), docteur de Cologne, ardent ennemi d'Erasme, deReuchlin, etc. Comme Morellet, nous voyons là une allusion à un fait relaté dans les Epistolœ obscuromm virorum. Maître Ortuinua , à qui elles sont adressées, voulant un jour étrangler un vent , conchia vilainement ses chausses.
Il est plaisant de lui prêter un livre sur un art qu'il entendait si mal.
7 A l'usage des pécheurs qui moult tardent à se repentir.
8 On cite plusieurs ouvrages du XVe siècle qui , sous le titre de Formicarium , proposent aux chrétiens l'exemple de la fourmi ; mais les commentateurs qui allèguent l'autorité de Le Duchat pour prétendre que Bacon a cité le Formicarium artium comme un livre véritable n'ont compris ni Le Duchat ni Bacon. Voy. ce dernier : De Augmentis scientiarutn, lib. VI, cap. t.