‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 161 sur 401 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

Eustenes, que les Guthz partaient ainsi. Et, si Dieu vouloit, ainsi parlerions nous du cul.

Adonc, distle compagnon : Adoni scholom lécha : im ischarbarob hal habdeca bemeherath thithen li kikar lehem, cham cathub laah al adonai cho nen rai *.

A quoy respondit Epistemon : A ceste heure ay je bien entendu : car c'est langue hebraicque bien rethoricquement prononcée.

Dont dist le compagnon : Despota tinyn panagathe, diati sy mi ouk artodotis? horas gar limo analiscomenon eme athlion, ke en to metaxy me ouk eleis oudamos, zetis de par emou ha ou chre. Ke homos philologi pantes homologousi totc logous te ke remata peritta hyparchin, hopote pragma afto pasidelonesti. Entha garanankei monon logi isin, hina pragmata (hon péri amphisbetoumen) me prosphoros epiphenete2. — Quoy? dist Garpalim, laquais de Pantagruel, c'est grec, je l'ay entendu. Et comment? as tu demeuré en Grèce?

Donc dist le compagnon : Agonou dont oussys vou denaguez algarou, nou den farou zamist vou mariston ulbrou,

enfants et des êtres sans raison, rien qu'à mes vêtements et à ma maigreur, vous devez deviner ce

dont j'ai un besoin urgent de

manger et de boire. Ayez donc pitié de moi , et faites-moi donner de quoi calmer les aboiements de mon ventre , comme on fait de Cerbère en mettant une soupe devant lui : ce faisant, vous aurez longue et heureuse vie. »

1 C'est de l'hébreu, ou à peu près. Nous reproduisons scrupuleusement le texte de l'édition de C.

Nourry. Le savant M. Carmoly l'a ainsi rétabli pour nous :

« Adonai, schalôm lachêm.Imischar hatob aal aabdecha , bimherah thithên li kikar lechêtn, chachatub : malveh adonai chônêr» dal. »

« Monsieur, la paix soit sur vous.

Si vous voulez faire du bien à votre serviteur, donnez-moi tout de suite une miche de pain , ainsi qu'il est écrit : Celui-là prèle au Seigneur, qui a pitié du pauvre. »

(Proverbes, Xix, 17).

2 En grec : Pourquoi donc, excellent maître , ne me don nez- vous pas de pain? Vous me voyez bien mourir misérablement de faim ; et vous êtes pour moi sans pitié, et vous me faites des questions inutiles. Pourtant tous ceux qui aiment et cultivent les lettres n'avouent-ils pas qu'il n'est nul besoin de recourir aux mots et aux harangues quand la chose elle-même est claire pour tout le monde ? Les discours ne sont nécessaires que là où les choses sur lesquelles nous discutons ne se montrent pas à point.

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PANTAGRUEL

fousquez vou brol tam bredaguez mouprcton den goul houst, daguez daguez non croupys fost bardou nollist nou grou. i\gou paston toi nalprissys hourtou los ecbatanous, prou dhouquys brol panygou den bascrou nou dous caguousgoulfren goul oust troppassou *.

J'entends, si me semble, dist Pantagruel: car eu c'est langage de mon pays de Utopie, ou bien luy ressemble quant au son. Et, comme il vouloit commencer quelque propos, le compagnon dist : Jam s toties vos, per sacra, perque deos jeasque omneis, obtestatus sum, ut, si qua vos pietas permovet, egestatem meam solaremini, nec hilum proficio damans et ejulans. Sinite, quaeso, sinite, viri impii, quo me fata vocant abire, nec ultra vanis vestris interpellationibus obtundatis, memores veteris illius adagii, quo venter famelicus auriculis carere dicitur 3.

Dea mon amy, dist Pantagruel, ne savez vous parler françois? Si fais très bien, seigneur, respondit le compagnon. Dieu mercy, c'est ma langue naturelle et maternelle, car je suis né et ay esté nourry jeune au jardin de France, c'est Touraine. Donc, dist Pantagruel, racontez nous quel est vostre nom, et dond vous venez : car, par ma foy, je vous ay

1 Voici encore un discours inexpliqué. Le Motteux a vu là un dialecte gascon (supposition absurde !); un autre savant, du hongrois; or, à l'exception du mot toi (toll), rien ne ressemble à cette langue; M.

Johanneau croit y voir du bas-breton du dialecte de Léon ; mais à peine y a-t-il un ou deux mots qu'on puisse rapporter à cette langue.

2 C'est du latin : « Déjà cent fois, par ce qu'il y a de plus sacré , pat les dieux et les déesses , je vous ai adjuré, si vous étiez accessible à la pitié , d'apporter à ma misère quelque soulagement ; c'est sans profit que je crie et me lamente.

Laissez-moi , je vous prie , laissezmoi , hommes sans entrailles , m'en aller où m'appelle ma destinée ; et

cessez de m'accabler de vos vaines interpellations , en vous rappelant ce vieil adage • Ventre affamé n'a point d'oreilles, s

3 Rabelais n'est pas le premier qui ait eu l'idée de faire parler divers langages à la même personne.

Nous trouvons de pareils exemples dans des auteurs plus anciens , et entre autres dans la Farce de Paihelin , où l'idée nous semble plus finement amenée qu'ici. En effet, l'athelin , dans son dialogue avec ie drapier, a tout intérêt à éluder les demandes de son interlocuteur. Panurge, au cont-aire, affamé comme il l'est, devrait avoir hâte de se faire comprendre. Tl nous sembie perdre bien du temps à étaler soo érudition polyglotte.

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