CHAPITRE X
Comment Pantagruel equitafolcment jugea d'une controversé merveilleusement ohscure et difficile , si justement , que son jugement fut dit plus admirable que celuy de Salornon '.
Pantagruel, bien records 2 des lettres et admonitions de son père, voulut un jour essayer son savoir. De fait, par tous les carrefours de la ville mit conclusions 3 en nombre de neuf mille sept cens soixante et quatre, en tout savoir, touchant en icelles les plus fors doubtes qui fussent en toutes sciences. Et premièrement, en la rue du Feurre 4, tint contre tous les regens, artiens 5, et orateurs, et les mit tous de cul. Puis, en Sorbonne, tint contre tous les théologiens, par l'espace de six sepmaines, depuis le matin quatre heures jusques à six du soir : excepté deux heures d'intervalle pour repaistre et prendre sa réfection : non qu'il engardast6 lesdits théologiens sorbonnicques 7 de chopiner et se refraichir à leurs buvettes acoustumées.
Et à ce assistèrent la plus part des seigneurs de la court, maistre» des requestes, présidents, conseilliers, les gens des
1 Nous donnons la leçon de l'édition de C. Nourry. Dans d'autres on lit : son jugement fut dit fort admirable.
2 Se souvenant bien.
3 C'était l'uv-age, dans les villes ^'universités, d'afficher ainsi les thèses cji'on se proposait de soutenir.
4 Ou du Fouarre , nom de la rue où se firent longtemps les cours de philosophie, et qui lui venait de
la paille (feurre) sur laquelle s'asseyaient les élèves , en guise de bancs et de tapis , dans les nombreuses écoles du voisinage.
5 Etudiants de la faculté des arts.
6 Empêchât.
7 Nous avons suivi les leçons de l'éd. de C. Nourry. Dans d'autres, Sorbonne et théologiens sont remplacés par sophistes d'un bout à l'autre du chapitre.