CHAPITRE XIX
Gomment Panurge fit quinault l'Anglois, qui arguoit par signes.
Adonc tout le monde assistant et escoutant en bonne silence , l'Anglois leva haut en l'air les deux mains séparément, clouant toutes les extrémités des doigts en forme qu'on nomme en Chinonnoys cul de poulie, et frappa de l'une l'autre par les ongles quatre fois; puis les ouvrit, et ainsi à plat de l'une frappa l'autre en son strident,«une fois; derechief les joignant comme dessus, frappa deux fois, et quatre fois derechief les ouvrant. Puis les remit joinctes et extendues l'une jouxte l'autre , comme semblant dévotement Dieu prier. Panurge soudain leva en l'air la main dextre, puis d'icelle mit le poulce dedans la narrine d'iceluy costé, tenant les quatre doigts extenduz et serrés par leur ordre en ligne parallèle à la pinne du nez *, fermant l'oeil gauche entièrement, et guignant du dextre avec profonde dépression de la sourcille et paulpiere. Puis la gauche leva haut, avec fort serrement et extension des quatre doigts et élévation du poulce , et la tenoit en ligne directement correspondante à l'assiette de la dextre, avec distance entre les deux d'une coudée et demie. Cela fait, en pareille forme baissa contre terre l'une et l'autre main ; finalement les tint on milieu, domine visant droit au nez de l'Anglois 2.
1 Le cartilage qui forme la sépa- | Romains lui avaient donné pour ration des narines.
2 Cette argumentation par signes rappelle une discussion semblable, qui, suivant Accurse (gl.
B. lai. 2. Dig. de orig. jnr.), aurait eu lieu à Rome entrs un philosophe grec et un fou que les
antagoniste. Les signes bicarrés de ce fou furent pris par son adversaire pour de savantes réponses à ses arguments. Un autre jurisconsulte , Etienne Forcadel , a raconté la chose un peu différemment. Quelquefois c'est un borgne et un meta-