LIVRE II, CIIAP1TKE XXX
Xerces crioit la moustarde.
Uomule estoit saunier1.
Numa, clouatier2.
Tarquin, tacquin.
Piso, paisant.
Sylla, riveran.
Cyre estoit vachicr.
Themistocles, verrier Epaminondas, myraillier*.
Brute et Cassie, agrimenseurs*.
Demosthenes, vigneron.
Ciceron, atizefeu.
Fabie, enfileur de patenostres.
Artaxerces, cordier.
Eneas, meusnier.
Achilles, teigneux.
Agamemnon, lichecasse b.
Ulysses, fauscheur.
Nestor, harpailleur 6.
Darie, cureur de retraictz.
Ancus Martius, gallefretier7. Camillus, gallochier.
trop giande quantité de variantes pour que nous puissions les indiquer ici. La liste des professions n'offre pas le même ordre : elle est beaucoup moins étendue que celle de l'édition de F. Juste, 1542, que nous avons suivie.
Nous n'essayerons pas , comme l'ont fait plusieurs commentateurs , de chercher, entre tous ces personnages et la profession que Rabelais leur fait exercer, des analogies qui, ic plus souvent, n'existent pas ou ne consistent, à notre avis, que dans d'assez mauvais jeux de mots.
Henri Heine , dont le génie humoristique se rapproche sur quel-
ques points de celui de Rabelais, suppose, dans ses Dieux en exil, qu'à l'avènement du christianisme les anciennes divinités païennes furent réduites à exercer divers métiers pour gagner leur vie. Jupiter devint marchand de peaux de lapin , Mercure épicier, Mars lansquenet, etc.
1 Marchand de sel.
2 Cloutier.
3 Miroitier.
4 Arpenteurs.
b Une casse , en Poitou et dans les Charenles, c'est une lèchefrite.
6 Gueux des campagnes , suivant Nicot.
7 Calfat.
PANTAGRUEL
Marcel] us, esgousseur de febve».
Drusus, trinquamelle1.
Scipion Africain crioit la lye2 en un sanot.
Asdrubal 3 estoit lanternier
Hannibal, cocquassier *.
Priam vendoit les vieux drapeaulx.
Lancelot du Lac estoit escorcheur de chevaux mors.
Tous les Chevaliers de la Table Ronde estoient pauvres gaignedeniers, tirans la rame pour passer les rivières de Cocyte, Phlegeton, Styx, Acheron, et Lethé, quand messieurs les diables se veulent esbatre sur i eau, comme sont les bastelieres de Lyon et gondoliers de Venise. Mais, pour chascune passade, ilz ne ont qu'une nazarde5, et sus le soir quelque morceau de pain chaumeny\
Les douze pers de France sont là et ne font rien que j'aye veu, mais ilz gaignent îeur vie à endurer lorce plameuses7, chicquenaudes, alouettes8 et grans coups de poing sur les dents9.
Trajan estoit pescheur de grenouilles.
Antonin, lacquais.
Commode, gayetier 10.
1 En langued., tranche-amande, fanfaron.
2 Johanneau pourrait bien avoir raison cette fois , lorsqu'il soupçonne Rabelais de jouer sur le nom de Cornélius (Cornelie) qui crie ou corne la lie. La lie, qui servait à faire du vinaigre , était un article d'un débit assez considérable.
Apres, par sens ou follye, A Paris on cric très haïilt, Jeunes ou vieux, ]ye, lye, Ausquelz elle profile etvault.
{Cris de Paris.)
3 Pharamond, dans l'éd. de C.
Nourry, de Juste, 1534, deMarnef.
* Ce mot avait le double sens de marchand d'œufs et de faiseur de casseroles (Cotgrave). Nous avons entendu nommer ainsi les gens qui transportaient à dos de mulet les
œufs et la volaille du département de la Charente à Bordeaux.
5 Chiquenaude sur le nez.
6 Suivant de l'Aulnaye et Le Duchat, c'est du pain dans lequel il entre du chaume ou de la paille.
Ils se trompent évidemment. Dans la Creuse, le Poitou, la Saintonge, etc., chaumeni signifie moisi. Ce mot a une grande analogie avec l'allemand , le hollandais, le flamand , schimmclen. Dolet écrit chaumoisy .
7 Coups de poing ; cziff, box (Cotgrave).
8 Bousculades.
9 Ces quatre lignes sont dan* C. Nourry et dans Marnef.
10 Joueur de cornemuse. Gayio.k (espagn,).