SOI
pistoletz1, viroletz2, dagues, mandousianes 3, poignards, cousteaux, allumelles v, raillons5. Chascun exerçoit son penard 6, chascun desrouilloit son braquemard. Femme n'estoit, tant preude ou vieille fust, qui ne fist fourbir son harnois : comme vous savez que les antiques Corinthiennes estoient au combat courageuses 7.
Diogenes, les voyant en veue ferveur 8 mesnage remuer, et n'estant par Jes magistratz employé à chose aucune faire , contempla par quelques jours leur contenance sans mot dire : puis, comme excité d'esprit martial, ceignit son palle9 en escharpe, recoursa10 ses manches jusques es couldes, se troussa en cuilleur de pommes, bailla à un sien compagnon vieux sabesasse, ses livres et opistographes11, fît 12, hors la ville, tirant vers le Cranie 13 (qui est une colline et pro-*
1 Nous croyons , avec Le Duchat , que les pistolets désignent ici, non pas l'arme à laquelle nous donnons aujourd'hui ce nom , mais de petits poignards ainsi appelés de la ville de Pistoia, où on les fabriquait.
2 Cotgrave traduit ce mot par arrow-head , tête de flèche. C'est probablement le même mot que l'espagnol virote , sorte de flèche garnie d'un anneau en tête, guarnecida cou un casquillo (Dict. de l'Ac.^esp.).
8 Épce courte à large lame ( a broad short-sword, Cotgrave) , de Me?idoza, nom propre espagnol, à ce que prétend Le Duchat.
* Lames d'épée.
5 La pointe de fer qu'on vissait à la tête d'une flèche.
Cy gist et dort en ce soher Qu'Amour occist de son raillon An pauvre petit escolier..
(Villon, Grand Testament.)
6 Grand couteau , poignard ( un coustel à deux taillans, nommé penarl , au motPenardus, DuCange).
On donnait aussi le nom de penart
à la nature de l'homme ( v. Cotgrave). On croira facilement que Rabelais joue ici sur la double acception du mot, surtout après avoir lu les deux lignes qui suivent.
7 Rabelais ne laisse pas échapper l'occasion d'une équivoque.
C'est au combat d'amour que les Corinthiennes étaient courageuses. Strabon raconte que le temple de Vénus, à Corinthe, était desservi par mille courtisanes. C'est sam doute une d'elles qui, conseillée de ne rester oisive et de filer la laine, répondit : '£yà> uivroi f\ toiocÙty) TpsTç^SY] y.ocTeîXov ioiToùç âv (3pa- Xzï XP°vw toOtw « Mais, telle que « me voilà , je viens d'épuiser les- « tement trois quenouilles. »
(Strabon , liv. 8, ch. G, p. 20.)
8 Ferveur est ici féminin , malgré l'origine. A la page 6, nous l'avons trouvé masculin.
9 Manteau ( pallium , en latin ).
10 Retroussa.
11 Cahiers écrits des deux côtés.
12 (Édition originale.) Et non pas fuit, comme on l'a quelquefois im primé à tort.
13 Ehi côté du Cranie,