‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 244 sur 401 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

montoire lez Corinthe ), une belle esplanade; yroulla le tonneau fictil1 qui pour maison luy estoit contre les injures du ciel, et en grande véhémence d'esprit, desployant ses bras, le tournoit, viroit, brouilloit, barbouilloit, hersoit, versoit, ren versoit, nattoit, grattoit, flattoit, barattoit, bastoit, boutoit, butoit, tabustoit, cullebutoit, trepoit2, trempoit, tapoit, timpoit3, estoupoit, destoupoit, detraquoit, triquotoit, tripotoit, chapotoit, croulloit, elançoit, chamailloit, bransloit, esbransloit, levoit, lavoit, clavoit, entravoit, bracquoit, bricquoit, bloquoit, tracassoit, ramassoit, clabossoit, afestoit, affustoit, baffouoit, enclouoit, amadouoit, goildronnoit, mittonoit, tastonnoit, bimbelotoit, terrassoit, bistorioit, vreloppoit, chaluppoit, charmoit, arrnoit, gizarmoit, enharnachoit, empennachoit, caparassonnoit : le devalloit de mont à val, et precipitoit par le Cranie : puis de val en mont le rapportoit, comme Sisyphus fait sa pierre ; tant que peu s'en faillit qu'il ne le defonçast. Ce voyant, quelqu'un de ses amis luy demanda quelle cause le mouvoit à son corps, son esprit, son tonneau ainsi tormenter? Auquel respondit le philosophe qu'à autre office n'estant pour la republique employé, il, en ceste façon, son tonneau tempestoit, pour, entre ce peuple tant fervent et occupé , n'estre veu seul cessateur etocieux4.

Je, pareillement, quoy que sois hors d'effroy, ne suis toutesfois hors d'esmoy ; de moy voyant n'estre fait aucun pris digne d'qeuvre : et considérant, par tout ce très noble royaume de France5, deçà, delà les monts, un chascun aujourd'huy soy instantement exercer et travailler, part à la fortification de sa patrie et la défendre; part au repoulsement des ennemis, et les offendre 6; le tout en police tant belle, en

1 De terre. Ce mot est pris du i latin fictilis.

2 Piétinait. — Treper se dit encore en divers patois.

3 Cotgrave traduit iymper par (o tinglc, to make ring of soiiîid, iîiire tinter.

A Lille on nomme t imblet un amu-

sement gymnastique des enfants.

4 Musard et oisif ( cessator , otiosus, en latin).

5 La guerre se faisait alors de tous côtés, dans le Luxembourg, en Brabant, en Picardie, en Piémont.

6 Attaquer ( offendere , en latin).

livku m.

ordonnance si mirifique, et à profit tant évident pour l'advenir ( car désormais sera France superbement bournée, seront François en repos asseurés), que peu de chose me retient, que je n'entre en l'opinion du bon Heraclitus, afer mant * guerre estre de tous biens père 2 : et croye que guerre soit en latin dite belle, non par antiphrase , ainsi comme ont cuidé certains repetasseurs de vieilles ferrailles latines, parce qu'en guerre gueres de beauté ne voyoient : mais absolument et simplement , par raison qu'en guerre apparoisse toute espèce de bien et beau, soit decelée toute espèce de mal et laidure. Qu'ainsi soit, le roy sage et pacifie Salomon n'a sceu mieux nous représenter la perfection indicible de la sapience divine, que la comparant à l'ordonnance d'une armée en camp 3.

Par donc n'estre adscrit et en rang mis des nostres en partie offensive, qui me ont estimé trop imbécile et impotent; le l'autre, qui est défensive, n'estre employé aucunement, fust ce portant hotte, cachant crotte, ployant rotte *, ou cassant motte, tout m'estoit indiffèrent; ay imputé à honte plus que médiocre estre veu spectateur ocieux de tant vaillans , disers et chevalereux personnages, qui, en veue et spectacle de toute Europe, jouent ceste insigne fable ettragicque comédie; ne me esvertuer de moy mesmes, et non y consommer ce rien, mon tout, qui me restoit. Car peu de gloire me semble accroistre à ceux qui seulement y emploictent leurs yeulx, au demeurant y espargnent leurs forces, cèlent leurs escus, cachent leur argent, se grattent la teste avec un doigt, comme iandores5 desgoustés; baislent aux mouches comme veaulx de disme 6 ; chauvent des oreil-

1 Disant , éd. 1546.

2 Père , parce qu'en grec 7t6Xeu.o:, guerre, est masculin.

3 « Terribilis ut acies ordinata. »

Cantic. cantic, c.vi,v. 9, Cela est dit de la bien-aimée où l'Eglise voit une figure d'elle-même.

* Tordant des liens de fagots (ban:! of fagot Cotgrave).

5 Gens endormis, faiuéants. Dans l'arrondissement de Bayeux, on dit encore landorer dans le sens de lambiner.

6 Comme des lourdauds , parce que, quand on payait la dime aux curés, on choisissait toujours pour eux les bêtes les plus parfaites , les plus grasses. — Cette explication, four-

Page 1