LIVRE III. CHAPITRE XIV. old
«nfans, sa pairie occis et destruictz : Eurydice, bien tost après, mourut misérablement.
En Eneas, songeant qu'il parloit à Hector defunct : soudain en sursault s'esveillant. Aussi fut celle propre nuyt Troye saccagée et bruslée. Autre fois songeant qu'il veoit ses dieux familiers et pénates, et en espouvantement s'esveillant, patit au subséquent jour horrible tormente sus mer.
En Turnus, lequel, estant incité par vision phantastique de la furie infernale à commencer guerre contre Eneas, s'esveilla en sursault, tout indigné; puis fut, après longues désolations, occis par iceluy Eneas. Mille autres. Quand je vous conte de Eneas, notez que Fabius Pictor dit rien par luy n'avoir esté fait ne entrepris, rien ne luy estre advenu, que préalablement il n'eust cogneu et preveu par divination somniale1. liaison ne default es exemples. Car, si le sommeil et repos est don et bénéfice spécial des dieux, comme maintiennent les philosophes, et atteste le poëte, disant :
Lors l'heure estoit que sommeil, don des deux, Vient aux humains fatigués gracieux. 2;
tel don en fascherie et indignation ne peut estre terminé, sans grande infelicité prétendue. Autrement, seroit repos non repos : don, non don : non des dieux amis provenant, mais des diables ennemis, jouxte le mot vulgaire3 Echthron adora dora. Comme si, le père familles estant à table opulente, en bon appétit, au commencement de son repas, on voyoit en sursault espouvanté soy lever. Qui n'en sçauroit la cause s'en pourroit esbahir, Mais quoy? Il avait ouy ses serviteurs crier
1 « Sint hsec, ut dixi , somma fabularum : lnsque adjungatur etiam Mneœ somnium ; quod in Numerii Fabii Pictoris graecis annalibus ejusmodi est , ut omnia , quee ab iEnea gesta sunt, quseque iîli acciderunt, ea luerint quœ ei secundum quietem \isa sunt. » (Ciceron.)
2 Ces vers sont traduits de Vir-
gile , et ne valent pas l'original :
Terapns erat quo prima quies mortulibus
[aegris Incipit, et dono divum gratissima serpit. (Énéid., 1. II, v. 268 et 269.)
3 Suivant le mot vulgaire...
Cette pensée fort juste a été exprimée de cent manières. Tout le monde connaît le vers de Virgile ; .... Timeo Danaos et doua ferentes
PANTAGRUEL
au feu, ses servantes crier au larron, ses enfans crier au meurtre. Là tailloit, le repas laissé, accourir pour y§ remédier et donner ordre.
Vrayement, je me recorde que les caballistes et Massoretz, interprètes des sacres lettres, exposansen quoy l'on pourroit par discrétion cognoistre la vérité des apparitions angelicques (car souvent l'ange de Satan se transfigure "en ange de lumière), disent la différence de ces deux estre en ce que l'ange bening et consolateur, apparoissant à l'homme, l'espouvantc au commencement, le console en la fin, le rend content et satisfait : l'ange malin et séducteur au commencement resjouit l'homme; en fin le laisse perturbé, fasché et perplex *.
« Si me peasay
Que vision venant de part maulvaise Au commencer donne semblance d'ayse, Et, au partir, tristes et désolés Rend ceux qu'avoit à l'entrée consolés ; Mais au contraire et tout à ('opposite
Faict le bon ange envers ceux que visite. Car au venir il leur donne terreur, Et au départ les jecte hors d'erreur:
Si qu'en la 6n jamais aucun ne laisst. (Cretn, Apparition du mareschal tant reproch*. )