‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 303 sur 401 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

de bois, dist Pantagruel, qu'est cela? Ce n'est à vostre advanlage. Il dénote que vostre mariage sera infauste1 et malheureux. Cestuy esternuement (selon la doctrine de Terpsion) est le démon Socraticque 2 : lequel, fait à dextre, signifie qu'ek asseurance et hardiment on peut faire et aller ce et la part qu'on a délibère3; les entrée , progrès et succès seront bons et heureux : fait à gauche, au contraire. Vous, dist Pan urge, tousjours prenez les matières au pis, et tousjours obturbez *, comme un autre Davus. Je n'en croy rien. Et ne cogneuz onques sinon en déception ce vieux trepelu 5 Terpsion. Toutesfois, dist Pantagruel, Ciceron en dit je ne sçay quoy on second livre de Divination 6.

Puis se tourne vers Nazdecabre, et luy fait tel signe. Il renversa les paulpieres des yeulx contre mont, tortoit 7 les mandibules de dextre en senestre, tira la langue à demy hors la bouche. Ce fait, posa la main gauche ouverte, excepté le maistre doigt, lequel retint perpendiculairement suslapaulme, et ainsi l'assist au lieu de sa braguette : la dextre retint close en poing, excepté le poulce, lequel droit il retourna arrière sous l'escelle dextre, et l'assist au dessus des fesses, on lieu que les Arabes appellent alkatim. Soudain après changea, et la main dextre tint en forme de la senestre, et la posa sus le lieu de la braguette ; la gauche tint en forme de la dextre, et la posa sus l'ai katim. Cestuy changement de

1 Néfaste [infaustus, en latin).

2 Voici ce qu'on lit dans Plutarque : Du démon familier de Socrate :

« Adonc mon père prenant la pa- « rôle : Mais j'ai, dit-il, entendu, ( Galaxidorus, d'un certain Mega- < risn, qui l'avoit aussi ouï dire à m Terpsion, que cet esprit n'étoit '< autre chose qu'un esternuement * de lui ou des autres qui estoyent « autour de lui, etc. »

8 Faire ce qu'on a résolu , et aller où on a résolu d'aller.

* Vous êtes un trouble-fête,

comme Davus, l'esclave, dans YAndrienne de Térence :

Ita ne vero obttirbat?

(Andr. act. V, se. 4, v, 33.

8 Nous dirions aujourd'hui : Ce pleutre. Les deux mots ont peut-être entre eux quelque analogie, l'un étant l'anagramme de l'autre.

6 C'est au chap. 40. Voici ce passage : « Quae si suscipiamus, pedis offensio nobis , et abruptio corrigiœ, et si émut ameuta erunt observanda. »

7 Tordait, contractait.

PANTAGRUEL

mains réitéra par neuf fois. A la neufviesme, remit 7es paulpieres des yeulx en leur position naturelle, aussi fit les mandibules et la langue ; puis jetta son regard biscle * sus Nazdecabre, branlant les baulevres, comme font les cinges de séjour, et comme font les connins2 mangeans avoine en gerbe.

Adonc Nazdecabre éleva en l'air la main dextre toute ouverte, puis mit le poulce d'icelle jusques à la première articulation, entre la tierce joincture du maistre doigt et du doigt médical, les resserrant assez fort autour du poulce : le reste des joinctures d'iceux retirant on poing, et droits extendant les doigts indice et petit. La main ainsi composée posa sus le nombril de Panurge, mouvant continuellement le poulce susdit, et appuyant icelle main sus les doigts petit et indice, comme sus deux jambes. Ainsi montoit d'icelle main successivement à travers le ventre, le stomac, la poictrine , et le coul de Panurge ; puis au menton, et dedans la bouche luy mit le susdit poulce branlant : puis luy en frotta le nez, et, montant oultre aux yeulx, feignoit les luy vouloir crever avec le poulce. A tant Panurge se fascha, et taschoit se défaire et retirer du mut. Mais Nazdecabre continuoit, luy touchant avec ceiuy poulce branlant, maintenant les yeulx, maintenant le front, et les limites de son bonnet. En fin Panurge s'escria, disant : Par Dieu , maistre fol , vous serez battu si ne me laissez; si plus me faschez, vous aurez de ma main un masque sus vostre paillard visage.

Il est, dist lors frère Jean, sourd. Il n'entend ce que tu luy dis, couillon. Fais luy en signe une gresle de coups de poing sus le mourre3. Que diable, dist Panurge, veult prétendre ce maistre Aliboron 4? il m'a presque poché les yeulx au beurre

1 Le regard bigle diffère du loucne en ce qu'il est tourné en dedans au lieu de l'être en dehors.

2 Lapins.

3 Nous dirions vulgairement aujourd'hui : sur le museau. Mourre pour visage s'est conservé dans le patois auvergnat :

Por un beau mour l'on en vé trouva Vingt mours de mouni (singe).

(Laborieux, Noël sur les Gi'ands Jours ) 4 On désignait ainsi un homme qui se mêle de tout hors de propos.

Quelle est l'origine du mot? Le Duchat a écrit deux pages pom prouver qu'Aliboron venait d'Albert (Albert le Grand).

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