CHAPITRE XXIV
Comment Panurge prend conseil de Epistemon.
Laissans la Villaumere, et retournans vers Pantagruel, par le chemin Panurge s'adressa à Epistemon, et luy dist : Compère, mon antique amy, vous voyez la perplexité de mon esprit. Vous savez tant de bons remèdes. Me sçauriez vous secourir? Epistemon prit le propos, et remonstroit à Panurge comment la voix publicque estoit toute consommée en mocqueries de son desguisement : et luy conseilloit prendre quelque peu de ellébore, afin de purger cestuy humeur en luy peccant, et reprendre ses accoustremens ordinaires. Je suis (dist Panurge), Epistemon mon compère, en phantasie de me marier. Mais je crains estre coqu et infortuné en mon mariage. Pourtant, ay je fait vœu à saint François le Jeune1 ( lequel est au Plessis lez Tours reclamé de toutes femmes en grande dévotion, car il est premier fondateur des bons hommes2, lesquelz elles appetent naturellement) porter lunettes au bonnet, ne porter braguette en chausses, que sus ceste mienne perplexité d'esprit, je n'aye eu resolution aperte 3.
C'est, dist Epistemon, vrayement un beau et joyeux vœu. Je me esbahys de vous, que ne retournez à vous mesmes, et
1 C'est une manière un peu irré- et que, par suite, les Minimes, fonvérencieuse de désigner saint Fran- dés par ce saint, avaient été appefjois de Paule, pour le distinguer de lés, eux aussi, les Bons hommes, saint François d'Assise. Johanneau cite à l'appui du fai(
2 Pour comprendre ce jeu de ! Dupleix en la vie de Louis XI, et mots de notre malin auteur, il faut ! P. de Bonfons, dans ses Antiquités savoir que Louis XI avait surnommé de Vu-ris.
François de Paule le bon homme, ' 3 Claire, évidente.