LIVRE III, CHAPITRE XXX
Hippothadée. Car trop meilleur est soy marier que ardre au feu de concupiscence1. C'est parlé cela, s'escria Panurge, galantement, sans circumbilivaginer autour du pot. Grand mercy, monsieur nostre père. Je me mariray sans poinct île faulte , et bien tost. Je vous convie à mes nopces. Corpc de galline 2, nous ferons chère lie. Vous aurez de ma livrée 3, et si mangerons de l'oye, cor bœuf 4, que ma femme ne routira point 5. Encores vous priray je mener la première dance des pucelles6, s'il vous plaist me faire tant de bien et d'honneur, pour la pareille.
Reste un petit scrupule à rompre. Petit, dis je, moins que rien. Seray je point coqu? Nenny dea, mon amy, respondit Hippothadée, si Dieu plaist. 0! la vertu de Dieu, s'escria Panurge, nous soit en aide. Où me renvoyez vous, bonnes gens7? Aux conditionales , les quelles en dialectique reçoivent toutes contradictions et impossibilités. Si mon mulet transalpin voloit, mon mulet transalpin auroit ailes. Si Dieu plaist, je ne seray point coqu : je seray coqu, si Dieu plaist. Dea, si fust condition à laquelle je peusse obvier, je ne me desespererois du tout. Mais vous me remettez au conseil privé de Dieu ; en la chambre de ses menus plaisirs. Où prenez vous le chemin pour y aller, vous autres François? Monsieur nostre père, je croy que vostre mieux sera ne venir pas à mes nopces. Le bruit et la triballe 8 des gens de nopces vous romperoient tout le testament 9. Vous
1 Melius est nubere quant uri. \ s C'est-à-dire que ce ne sera (Saint Paul.) i point comme dans l'histoire de Pa-
8 Corps de poule, juron imité de i thelin, où celui-ci trompe le Drapier celui des Italiens : corpo di Bacco. ! en lui promettant de lui faire man-
3 Livrées se dit encore, dans un ! ger une oie que sa femme rôtissait,
grand nombre de provinces , des rubans qu'on porte aux noces. « Les livrées des épousailles n'estoient point oubliées ; chacune les portoit à sa ceinture ou sur le haut de la manche. » [Mémoires de Marolles.)
4 Autre juron , pour corps ou corne de f>œuf.
disait-il.
6 Allusion à quelque cérémonie anciennement usitée dans les noces.
7 Bonnes gens ! est ici une interjection de pitié usitée encore en Saintonge, en Poitou, en Berry, etc.
8 Trémoussement.
9 Equivo ;; e sur les mots testa et mens.
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aime?, repos, silence et solitude . n'y viendrez pas, ce croy je. Et puis vous dansez assez mal, et seriez honteni menant le premier bal. Je vous envoiray dn rillé1 en vostre chamhre, de la livrée nuptiale aussi Vous boirez à nous, s'il vous plaist.
Won amy, dist Hippothadee, prenez bien mes paroles , vous en prie. Quand je vous dis, s'il plaist à Dieu, vous la tort ? Est ce mal parle ? Est ce condition blasphème ou terne honorer le cr, r.reateur, protecteur,
serv I ce le unique dateur de tout
bien e nous dee. .• dépendre de sa bénignité?
Rien sans luy n'estre, rien ne valoir, rien ne pouvoir, si sa sain ts nous infus< ce mettre exception
canonie mtes nos entr*: et tout ce que nous
proposons remettre à ce qi. ..spo-e par sa sainte vo-
lunte, tant es cieuli comme en la n est ce véritable-
ment sanctifier son henoist nom? Mon amy, vous ne serez point r.oqu . . plaist. Po;.
plaisir, ne fault entrer en des»
conse, et pour laquelle entendre fauldroit consulter son eoo-
. la ebambr
: t. ce bien, qu'il nous les a rêve-
- et apertemen* - par les sa
Bibles.
.- ouverez que jamais ne serez coqu , c'est à dire, 91e jamais vostre femme ne sera ribaulde, si la prenez issue bien, instruiete en vertus et honnesteté, non t. hante ne fréquenté compagnie que de bonnes meurs, aimant, et craignant Dieu, aimant complaire à Dieu par foy et observation cl . nts commandemens ; craignant l'of-
fenser et pei : par default de foy et transgressa»
.vine loy, en laquelle est . >ndu
adultère, et commande adhérer uniquement à son mary, le chérir, le servir, totalement l'aimer après Dieu. Pour -
L«s rilUtu* A*. 1 . >nt et U Paris.