LIVRE III, CHAPITRE XXXII
gneusement, et espiast quelle part elle iroit avec sa mère, et quelz gens la visiteroient chez ses parens. (Non escrivoit il ) que je me défie de sa vertu et pudicité, laquelle par le passé m'a esté explorée et cogneue, mais elle est femme. Yoy là tout. Mon amy, le naturel des femmes nous est figuré par la lune1, et en autres choses, et en ceste, qu'elles se mussent, elles se contraignent, et dissimulent en laveue et présence de leurs mariz. Iceux absens, elles prennent leur advantage , se donnent du bon temps, vaguent, trottent, déposent leur hypocrisie, et se déclarent : comme la lune, en conjonction du soleil, n'apparoist on ciel, ne en terre. Mais, en son opposition, estant au plus du soleil esloignée, reluist en sa plénitude, et apparoist toute, notamment on temps de nuyt. Ainsi sont toutes femmes, femmes 2.
Quand je dis femme, je dis un sexe tant fragil3, tant variable, tant muable, tant inconstant et imperfaict, que nature me semble ( parlant en tout honneur et révérence ) s'estre esgarée de ce bon sens, par lequel elle avoit créé et formé toutes choses, quand elle a basty la femme. Et y ayant pensé cent et cinq cens fois, ne sçay à quoy m'en resouldre, sinon que, forgeant la femme, elle a eu esgard à la sociale délectation de l'homme, et à la perpétuité de l'espèce humaine, plus qu'à la perfection de l'individuale muliebrité. Certes Platon ne sçait en quel rang il les doibve colloquer, ou des animans raisonnables, ou desbestes brutes. Car nature leurs a dedans le corps posé en lieu secret et intestin un animal, un membre, lequel n'est es hommes; onquel quelques fois sont engendrées certaines humeurs salses, nitreuses, bauracineuses4, acres, mordicantes, lancinantes, chatouil-
1 Les chiromanciens partagent la main en deux parties, la mâle et la femelle. Le mont de la lune est compris dans cette dernière. Les caprices , l'imagination déréglée , une irritation incessante , une mobilité excessive, etc.. voilà ce que donnent les excès de ce mont. (Desbarolles, Des mystères de lamain.)
2 C'est ainsi qu'on lit dans les éditions de 154 G et 1552. — Les modernes , y compris Johanneau , n'écrivent femmes qu'une fois , et dénaturent la pensée de Rabelais
3 « Frailty, ihy name is wonian. »
(Shakspeare, Hamlct, se. II.)
* De la nature du borax.
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lantes amèrement : par la poincture et frétillement douloureux des quelles ( car ce membre est tout nerveux, et de vif sentement) tout le corps est en elles esbranlé, tous les sens ravis, toutes affections interinées, tous pensements confonduz. De manière que, si nature ne leurs eust arrousé le front d'un peu de honte, vous les verriez comme forcenées courir l'aiguillette1, plus espovantablement que ne firent onques les Proetides 2, les Mimallonides 3, ne les Thyades bacchiques au jour de leurs bacchanales. Parce que cestuy terrible animal a colligance 4 à toutes les parties principales du corps, comme est évident en l'anatomie.
Je le nomme animal, suivant la doctrine tant des academicques, que des peripateticques. Car si mouvement propre est indice certain de chose animée, comme escrit Aristoteles, et tout ce qui de soy se meut est dit animal, à bon droit Platon le nomme animal, recognoissant en luy mouvemens propres de suffocation, de précipitation, de corrugation, de indignation : voire si violens, que bien souvent par eux est tollu à la femme tout autre sens et. mouvement, comme si fust lipothymie5, syncope, epilepsie, apoplexie, et vraye resemblance de mort. Oultre plus, nous voyons en iceluy discrétion des odeurs manifeste , et le sentent les femmes fuyr les puantes, suivre les aromaticques. Je sçay que Cl. Galen s'efforce prouver que ne sont mouvemens propres et de soy, mais par accident : et que autres de sa secte travaillent à démontrer que ne soit en luy discrétion sensitive des odeurs, mais efficace diverse, procedente de la diversité des substances odorées. Mais si vous examinez studieusement et pesez en la. balance de Critolaus 6 leurs propos et raisons,
1 Courir après les hommes. j 6 Critolaus., sectaire d'Aristote.
2 Filles de Prœtus, frappées de j Voici ce qu'en dit Cicéron ( Tusc.
v. 1 7 , c. 1 ) : « Quaero, quam vim habeat libra illa Critolai ; qui, cum in alteram lancem aniini bona imponat, in alteram corporis, et externa, tantum propendere illam bonoruin animi lancem putet, ut terram et maria déprimant. »
délire pour s'être comparées à Junon.
3 Les Mimallonides et les Thyades étaient des prêtresses de Bacchus.
4 Connexité.
' Défaillance de cœur.