‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 352 sur 401 · LIVRE III, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXIV

je croy bien qu'au jour de mes nopces vous serez d'ailleurs empesche à vos pratiques, et que n'y pourrez comparoistre. Je vous en excuse.

Stercus et urina medici sunt prandia prima i . £x aliis paleas, ex istis collige grana 2.

Vous prenez mal, dist Rondibilis, le vers subséquent est tel :

Nobis sunt signa, vobis sunt prandia digna 3.

Si ma femme se porte mal. J'en voudrois voir l'urine (dist Kondibilis), toucher le pouls, et voir la disposition du bas ventre, et des parties umbilicares, comme nous commande Hippocrates 2, Aphorism. 3o, avant oultre procéder. Non, non, dist Panurge, cela ne fait à propos. C'est pour nous autres légistes qui avons la rubricque, De ventre inspiciendo. Je luy appreste un clystere barbarin4. Ne laissez vos affaires d'ailleurs plus urgens. Je vous enverray du rillé en vostre maison. Et serez tousjours nostre amy. Puis s'approcha de luy, et luy mit en main sans mot dire quatre nobles à la rose. Rondibilis les prit très bien, puis luy dist en effroy, comme indigné5 : Ile, he, he, monsieur, il ne falloit rien. Grand mercy toutesfois. De méchantes gens jamais je ne

1 Ce vers , qui fail des excréments et de l'urine la nourriture principale du médecin, est cité ainsi , plus correctement , dans les Crepundia poëtica, 1648 :

Stercus et urina haec medicorum fercula

[ prima.

8 Ce second vers, que Panurge accole plaisamment au premier, est emprunté à un brocard de droit qui naturellement n'a aucun rapport avec le sujet.

8 C'est un médecin qui est censé répondre : « Four nous, ce sont

des diagnostics ; mais ce sont des mets dignes de vous. »

4 On comprend de reste quel est ce clystere que Panurge apprête à sa femme ; mais pourquoi l'appellet-il barbarin? Nous pensons que c'est là une facétie italienne dont l'origine nous échappe. Un clystere a la façon de barbari, dirait-on maintenant.

s Ceci paraît imité de Merlin Coccaie, Macaronée VI :

Mox trahit extra Taschollam septem quartos, quos praebuit fll» Cingar eus tollit medicorum more neganlum.

prends rien !. Rien jamais des gens de bien je ne refuse. J suis tousjours à vostre commandement,. En payant, dist Panurge. Cela s'entend, respondit Rondibilis2.

1 Catulle, De coma Bérénices :

Namque ego ab indigni? praemia nulla peto.

2 « Quelques auteurs, de Thou entre autres, ont fait un reproche à Rabelais d'avoir traité légèrement et presque ridiculisé, sous le nom de Rondibilis, son ancien ami Rondelet. Mais Cuvier, moins sévère , plaide l'indulgence pour l'auteur de Pantagruel, parce que, d'une part,

dans la comique consultation médi cale de Panurge, Rondibilis, sou une forme badine, dit au fond des choses sensées, et que, d'autre part, la conclusion du chapitre , bien qu'ayant l'air de taxer Rondibilis d'avidité pour l'argent, n'est, à vrm dire, qu'un badinage à l'égard du salaire des médecins en général. *- Planchon, Rondelet et ses discipUf.

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