CHAPITRE XXXIX
Comment Pantagruel assiste au jugement du juge Bridoye lequel sententioif les procès au sort des dez.
Au jour subséquent, à heure de l'assignation, Pantagruel arriva en Myrelingues. Les président, sénateurs et conseillers le prièrent entrer avec eux, et ouir la décision des causes et raisons que allegueroit Bridoye, pourquoy auroit donné certaine sentence contre l'csleu Toucheronde2, laquelle ne sembloit du tout équitable à icelle court biscentumvirale3. Pantagruel entre voluntiers, et là trouve Bridoye au milieu du parquet assis : et pour toutes raisons et excuses rien plus ne respondant, sinon qu'il estoit vieux devenu, et qu'il n'avoit la veue tant bonne comme de coustume : allegant plusieurs misères et calamités, que vieillesse apporte avec soy, lesquelles not. per ArchidK D. 86. c. tanta. Pourtant ne cognoissoit il tant distinctement les pointz des dez, comme avoit fait par le passé. Dont pouvoit estre qu'en la façon que Isaac vieux et mal voyant prit Jacob pour Esaû : ainsi, à la décision du procès dont estoit question, il auroit pris un quatre pour un cinq : notamment réfèrent que lors il avoit
1 Le juge de Lioncy, dont parle ! postérieures, cenlumvirale. Le parle jurisconsulte Loyseau, dans son ' lement de Paris, qui était composé de livre : De l'abus des justices de t cent personnes sous Louis XI, fut, sivillage, et qui lui avoua qu'il ne I non doublé , du moins notablement savait ni écrire ni signer son nom, augmenté sous le règne de Franétait de la famille de Bridoye. ! çois Ier. Voyez Miraulmont, del'O-
5 II est question dans YHist. de rigine du parlement , pages 21, et
Bretagne de do m Lobineau, II, 1144, d'un Jean de Touscheronde, secrétaire du duc et greffier du parlement.
3 Ed. de 1546. Dans les éditions
suivantes.
* Guido Baisius Begiensis, canoniste des 13e et 14e siècles, surnommé Archidiaconus , qui a commenté la 7e des Clémentines.
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use de ses petits dez. Et que par disposition de droit, les im*» perfections de nature ne doibvent estre imputées à crime., comme appert, ff. de re milit. I. qui cum uno. ff. de reg.jvr. L fere. ff.de ediî. ed.per totum. ff. de term. mod. L divus Adrianus. résolu, per Lud. Ro. in l. si vero. ff. sol. matr. Et qui autrement feroit non l'homme accuseroit, mais nature, comme est évident in l. maximum vitium. C. de lib. prœter.
Quelz dez, demandoit Trinquamelle, grand président d'icelle court, mon amy, entendez vous? Les dez, respondit Bridoye, des jugemens, Aléa judiciorum, desquelz est escrit par doct. 26. quest. 2 c. sors l. nec emptio. ff, de contrahend. empt. I. quod debetur. ff. de pecul. etibiBartol. Et desquelz dez vous autres Messieurs ordinairement usez en ceste vostre cour souveraine; aussi font tous autres juges en décision des proses, suivans ce qu'en a noté D. Hen. Ferrandat l, et not.gl. in c. fin. de sortit, et l. sed cum ambo ff. de jud. Ubi Doct. notent que le sort est fort bon, honneste, utile et nécessaire à la vuidange des procès et dissensions. Plus encores apertement l'ont dit Bald. Bartol. et Alex. c. communia, de leg. si duo. Et comment, demandoit Trinquamelle, faites vous, mon amy? Je, respondit Bridoye, respondray brièvement, selon l'enseignement de la loy ampliorem. § in refutatoriis. C. de appel, et ce que dit gloss. I. 1. ff. quod. met. causa. Gaudent brevitate moderni. Je fais comme vous autres Messieurs, et comme est l'usance de judicature, à laquelle nos droits commandent tousjours déférer : ut not. extra, de consuet. c. ex literis. et ibi Innoc.
Ayant bien veu, reveu, leu, releu, paperasse, et feuilleté les complainctes, adjournemens, comparitions, commissions, informations, avant procédés, productions, allégations, intenditz2, contredits, requestes, enquesles, répliques, du pliques, tripliques, escritures, reproches, griefz, salvations,
1 Henry Ferrandat, Nivernais, est connu par des additions au Commentaire de Boich stir les Décré~
taies .
2 Ce mot, dit Denisart, peu usité à Paris, signifie des faits détaillé»
par écrit et dont on entend faire preuve.