LIVRE III, CHAPITRE XLVII
Ton pronostic est, dist Pantagruel, que par le chemin nous ne engendrerons melancholie. Ja clairement je l'apperçois. Seulement me desplaist que ne parle bon Lanternoys. Je, respondit Panurge, le parleray pour vous tous : je l'entends comme le maternel, il m'est usité comme le vulgaire.
Briszmarg d'algotbric nubstzne zos ', Isquebfz prusq -, albok crinqs zacbac.
Misbe dilbarlkz morp nipp stanezbos Slrombtz Pafirge walmap quost grufz bac.
Or devine, Epistemon, que c'est 2. Ce sont, respondit Epistemon, noms de diables errans, diables passans, diables rampans. Tes paroles sont vrayes, dist Panurge, bel amy. C'est le courtisan langage Lanternoys. Par le chemin je t'en feray un petit dictionnaire, lequel ne durera gueres plus qu'une paire de souliers neufz. Tu l'auras plus tost appris que jour levant sentir. Ce que j'ay dit translaté de Lanternoys en vulgaire 3, chante ainsi :
Tout malheur, estant amoureux, M'accompaignoit : onq n'y eu bien 4.
Gens mariés plus sont heureux :
Panurge l'est, et le sçait bien.
Reste donc, dist Pantagruel, le vouloir du roy mon père entendre, et licence 5 de luy avoir.
peau, etc. Nos pères ont bien pu être assez irrévérencieux pour appliquer le procédé à la désignation de certaines parties du corps.
1 Rabelais revient au jargon inintelligible qu'il a employé au liv.
II, en le qualifiant comme ici , de langage lanternois. Voy. liv. II, ch.9.
* Ce que c'est.
3 Traduit du lanternois en langue vulgaire.
* C'est la leçon des éditions originales, et la bonne. Les éditeurs subséquents, croyant à tort que bien, substantif, ne pouvait pas rimer avec bien, adverbe, ont mal à propos remplacé le premier par 1« mot rien.
6 Autorisation.
PANTAGRUEL