‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 39 sur 401 · LIVRE 1, CHAPITRE XÎX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XÎX

clochabiliter clochantes. Parisias habet clochas. Ergo qIucx. Ha, ha, ha, c'est parlé, cela. Il est in tertio prime, en Uarii 2, ou ailleurs. Par mon ame,j'ay veu le temps qneje faisois diables de arguer. Mais de présent je ne fais plus que resver, et ne me fault plus dorénavant que bon vin, bon lict, le dos au feu, le ventre à table, et escuelle bien profonde3. Hay, Domine , je vous prie, in nominc Tatris, et Filii et Spiritus Sancti, Amen, que vous rendez nos cloches : et Dieu vous gard de mal et Nostre Dame de Santé '*, qui vivit et régnât per omnia secula secidorum. Amen. Hen hasch, hasch, grrenhen hasch.

Verum ehim vero, quando quidem, dubio procul, Edepol, quoniam, ita, cevte, meus deus fidius, une ville sans cloches est comme un aveugle sans baston, un asne sans cropiere, et une vache sans cymbales b. Jusques à ce que nous les ayez rendues, nous ne cesserons de crier après vous comme un aveugle qui a perdu son baston, de braisler 6 comme un asne sans cropiere, et de bramer7 comme une vache sans cymbales. Un quidam latinisateur, demeurant prés l'hostel Dieu, dist une fois, allegant l'autorité d'un Taponnus8 (je

1 Quelle que soit l'étymologie de ces mots , qu'on retrouve dans le Calholicon et dans Ménage , qui écrit Ergo glu , il est certain que c'était une ancienne formule du langage universitaire pour exprimer une conclusion qui ne concluait pas.

Elle équivalait à la phrase de Molière : « C'est ce qui fait que votre fille est muette. »

2 On sait que, dans la langue scolastique , le mot Darii , comme celui de Baralipton que nous avons vu plus haut, désignait une certaine forme de syllogisme.

3 Plus n'a besoin» , tant sa force amolit ,

Que de profonde escuelle et de bon lict.

(Grelin, Ép. d une dame de Lyon.)

A l'homme vieil fault la profonde escuelle , Lict mol , repos , le godet sous l'aisselle. (Pierre Grosnet , Adage3.)

* Que Noslre Dame vous garde de santé '. Drôle de souhait I ( remarque Jamet.) Kabelais met ici, dans la bouche de son orateur, une de ces équivoques qu'il affectionne tant. Et Nostre Dame de santé , veut dire : ainsi que Notre Dame de Santé.

5 Grelot , clochettes.

6 Braire. Cotgrave écrit brailler.

7 L'Académie n'accorde qu'au cerf le droit de bramer. Nos patois sont plus généreux. Bramer, en Berry, en Poitou , en Saintonge et ailleurs, se dit surtout des bœufs et des vaches.

8 Taponnus est , sous forme latine, le mot tapon , qu'on a dit pour tampon , bouchon. Tci il est pris évidemment dans un sens mjurieuxe

GARGANTUA

faulx, c'estoii Pontanus), poète séculier, qu'il desiroil qu'elles fussent de plume, et le bâtai! * fust d'une queue de renard; pour ce qu'elles luy engendroient la chronique 2 aui tripes du cerveau, quand il composoit ses vers carminiformcs. Mais, nac petetin petetac, ticque, torche lorgne 3, il fut déclaré hérétique. Nous les faisons comme de cire4, tt plus n'en dist le déposant. Valete et plaudite. Calepinm \ vcensui 5.

llabelais donne un coup de griffe à l'Italien J. Jovien rontaa. — Notre auteur avait publié, en 1532, comme antiques, deux pièces apocryphes, un testament et un contrat de vente. Or c'est ce même Pontanus qui avait fabriqué le contrat de vente : indc irœ.

On sait que les sorbonistes désignaient, sous le nom de séculiers , les auteurs non catholiques. Ainsi , Homère, Virgile , étaient des poètes séculiers. Janotus donne peut-être ici cette qualification à Pontanus , en souvenir de son dialogue intitulé C/taron , où les gens d'Eglise sont assez irrévérencieusement traités.

1 Battant.

2 La maladie chronique.

3 Régnier a imité ce passage , dans sa satire X :

... Ainsi ces gens , à se piquer ardents. S'en vinrent a parlera lie tac, torche lorgne, Qui casse le museau, qui son rival eborgne.

Ces deux mots , torche lorgne , qui se trouvent dans Coquillart , et que Rabelais répète souvent , veulent dire frapper à droite et à gauche, de tous côtés, sans y regarder.

Une torchée, en langage populaire et dans plusieurs patois, est syno-

nyme d'une volée. Lorgner signifiait aussi frapper ; témoin ce passage de Bonaventure Despériers , 98° Nouv. : « A grands coups de poing lorgnoit dessus. »

4 « Faire comme de cire, » ou de cyre (xOpio;), ainsi qu'on le voit dans le Roman de la Rose , voulait dire : Représenterdansla perfection, d'une manière magistrale, comme en italien: cla signore. La phrase semble donc signifier : Voilà comme nous arrangeons les'hérétiques.

Au moyen âge , les effigies , les ex-voto , se faisaient en cire , et la quantité en était innombrable, ainsi que chacun sait.

Rabelais veut-il dire qu'on inventait facilement des hérétiques?

Notre malin auteur ne penseraitil pas, en outre, aux auto-oa-fé, déjà commencés quand il écrivait? Faire comme de cire signifierait alors brûler comme des cierges.

5 Ce sont trois formules finales :

la première , pour clore un interrogatoire ; la seconde , usitée à la fin des comédies latines; et la troisième, dans le genre de celles par lesquelles se terminaient les copies et collations des manuscrits.

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