PROLOGUE1 DE L'AUTEUR
lîeuveursMrcs illustres et vous véroles très précieux3 (car à vous, non à autres, sont dédiés mes escrits4), Alcibiades, au dialogue de Platon, intitulé le Banquet, louant son précepteur Socrates, sans controverse prince des philosophes, entre autres paroles le dit estre semblable es Silènes5. Silènes es-
1 De l'Aulnaye écrit : proloye.
Jolianueau l'imite, et prétend que telle est l'orthographe suivie par l'auteur dons les deux premiers livres. Le Duchat soutient que prologe et prologue ont deux sens distincts.
Johanneau se trompe. Les trois plus anciennes éditions ont prologue. Quant à l'assertion de Le Duchat, elle n'a pas le moindre fondement. La vérité est que, du temps de Rabelais, prologe et prologue avaient le même sens et le même son. Ceux qui écrivaient prologue pensaient que I "u était utile pour conserver au# le son dur. Meigret disait : « Toutes lettres sont nommées selon leur puissance : autrement il ut fallu qu'elles ussènt deux noms :» Et il maintenait le son dur du g devant e et i. Il écrivait prologe, lange.
C'était alors simplement le sujet d'une discussion grammaticale.
. 2 Buveurs. Nous conservons beuveurs , parce que dans les éditions contemporaines il n'est écrit autrement qu'une fois peut-être, et que nous ne voulons pas nous exposer ?. altérer la prononciation de Rabe-
lais. Dans plusieurs de nos provinces, on prononce encore oeuveur.
Dans les anciennes éditions, nous trouvons même bereur. berons, beviez sans u.
3 Rabelais appelle les véroles précieux, parce qu'il compte sur eux comme lecteurs et peut-être comme clients.
* Voilà une précaution oratoire d'une grande finesse, comme le fait observer l'abbé Morellet, dans des annotations manuscrites que nous aurons plus d'une fois occasion de citer. Qui donc osera reprocher à Rabelais l'excès de liberté, quand il ne pense qu'à soulager de pauvres malades?
5 « A ces Silènes exposés dans « les ateliers des statuaires, et te- « liant à la main une flûte ou des « pipeaux. En séparant les deux « pièces dont sont formées ces sta- « tues, on découvre h l'intérieur « l'image d'un Dieu. » (Platon,. le Banquet.)
Johanneau, qui ne connaissait pas ce passage du Banquet, en cite un autre où Socrate est comparé au dieu Silène, et s'en empare pour accuser à tort Rabelais d'inexactitude