LIVRE 1, LHAIMTUE XX1I
velles. Lesquelles toutes issoient de arithmétique. En ce un .yen, entra en affection d'ieelle science numérale, et, tous les jours après disner et souper, y passoit temps aussi plaisuitement qu'il souloit1 es dés ou es chartes. A tant sceut d'ieelle et théorique et practique, si bien que Tunstal2, Anglois,qui en avoit amplement escrit, confessa que vrayemen!, en comparaison de luy, il n'y entendoit que le haut alemant.
Et non seulement d'ieelle, mais des autres sciences mathématiques, comme géométrie, astronomie et musique. Car, attendans la concoction et digestion de son past3, ilz faisoient mille joyeux instrumens et figures géométriques, et de mesmes pratiquoient les canons astronomiques. Après, s'esbaudissoient à chanter musicalement à quatre et cinq parties, ou sus un thème, à plaisir de gorge. Au regard des instrumens de musique, il apprit jouer du lue4, de l'espinette, de la harpe, de la flutte d'alemant, et à neuf trous; de la viole, et de la saqueboutte b.
Ceste heure ainsi employée, la digestion parachevée, se
purgeoit des excremens naturels : puis se rcmettoit à son es-
tude principal par trois heures ou davantage; tant à repeter la
ecture matutinale qu'à poursuivre le livre entrepris, que aussi
h escrire, bien traire6 et former les antiques et romaines lettres.
Ce fait, issoient hors leur hostel: avec eux un jeune gentilhomme de Touraine, nommé l'escuyer Gymnaste, lequel luy monstroit l'art de chevalerie. Changeant donc de vestemens, montoit sus un coursier7, sus un roussin, sus un genêt, sus un cheval barbe, cheval legicr; et luy donnoit cent quarrieres; le faisoit voltiger en l'air, franchir le fossé, saulter le palis8, cour tourner en un cercle, tant à dextre
1 Avait coutume.
2 Cuthbert Tcmstal , évêque de Durham, a écrit un traité imprimé à Londres en 1522 , et à Paris, chez Eob. Estienne , 1529, sous ce titre : C. Tonslalli de Arle supputandi libri quatuor.
8 Repas.
♦ Luth.
géant et se raccourcissant comme le trombone.
6 Faire le trait , tracer.
7 Le coursier était un grand cheval de bataille ; le roussin, un cheval entier, épais et entre deux tailles; le genêt, un cheval d'Espagne; le barbe, un cheval arabe [Dicl. Acad.).
8 La palissade, la barrière
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comme à senestre1. Là rompoit, non la lance (car c'est la plus grande resverie du monde dire : J'ay rompu dix lances en tournoy, ou en bataille ; un charpentier le feroit bien), mais louable gloire est d'une lance avoir rompu dix de ses ennemis. De sa lance donc asseréc, verde, etroide, rompoil un huis, enfonçoit un harnois, aculloit* une arbre, cnclavoit3 un anneau, enlcvoit une selle d'armes, un aubert, un gantelet. Le tout faisoit, armé de pied en cap.
Au regard de fan tarer, et faire les petits popismes* sus un cheval, nul ne le fit miculx que luy. Le voltigeur de Fcrrare n'estoit qu'un cinge en comparaison. Singulièrement estoit appris à saulter hastivement d'un cheval sus l'autre sans prendre terre (et nommoit on ces chevaux desuîtoires5), et, de chascun costé, la lance au poing, monter sans estrivieresj et, sans bride, guider le cheval à son plaisir. Car telles choses servent à discipline militaire.
Un autre jour, s'exerçoit à la haschc : laquelle tant bien croulloit, tant verdement de tous pics reserroit, tarit soupplcmcnt avalloit en taille ronde6, qu'il fust passé chevalier d'armes en campagne, et en tous essays.
Puis bransloitlapicquc, sacquoit7 de l'espce à deux mains, de l'espée bastarde8, de l'espagnole, de la dague, et du poignard; armé, non armé, au boucler9, à la cappe 10, àk vondeilei
1 Gauche. ï 6 Tous ces termes étaient évi-
2 Mettait à cul , déracinait.
8 On dirait aujourd'hui enfilait.
4 On fait dériver ce mot du grec 7i07i7iuÇeiv, et 7i 6 7i 7ïu cru. a, en latin poppyzare , poppysmas et poppysma , qui avaient -entre autres sens celui de « faire exécuter certains mouvements a un cheval , en le flattant par une espèce de sifflement. » Cum pingerel poppyzonla rclinenlcm cqtnnn. (Pline.) — Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il s'agit ici de voltige.
G Du latin desullorius. C'étaient I çaise , allemande et espagnole des chevaux dont on changeait, en 9 Bouclier, «autant de l'un sur ''autre. I 10 En se couvrant le bras de son
déminent consacrés pour le combat à la hache. Crouler (italien.
crollare), secouer, brandir. On lit coullûil dans l'édit. de 1535. — Avallcr en taille-ronde , c'est probablement abaisser la hache , en présentant le coupant par un mouvement circulaire.
7 Frappait brusquement. Nous n'avons conservé que le substantif saccade et l'adjectif saccadé.
8 Suivant Le Duchat, sorte d'épée plus grande que les épées fran-