‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 65 sur 401 · LIVRE !, CH APURE XXXf · texte numérisé non relu

LIVRE !, CH APURE XXXf

habitent oultre les isles de Canarre et Isabella1, ont estimé aussi facile demollir8 le firmament, et les abysmes ériger au dessus des nues1, que desemparer vostre alliance ; et tant l'ont rcdoubtée en leurs entreprises qu'ilz n'ont jamais osé provoquer, irriter, ny endommager l'un par crainte de l'autre.

Plus y a. Ceste sacrée amitié tant a emply ce ciel, que peu de gens sont aujourd'huy habitans par tout le continent et isles de l'Océan, qui n'ayent ambitieusement aspiré estre receus en icelle, à pactes par vous mesmcs conditionnés3; autant estimans vostre confédération que leurs propres terres et dommaines. En sorte que, de toute mémoire, n'a esté prince ny ligue tant efferée * ou superbe qui ait osé courir sus, je ne dis point vos terres, mais celles de vos confédérés. Et si, par conseil précipité , ont encontre eux attempté quelque cas de nouvelleté 5, le nom et tiltre de vostre alliance entendu, ont soudain désisté de leurs entreprises. Quelle furie donct'esmeut maintenant, toute alliance brisée, toute amitié conculquée6, tout droit trespassé 7, envahir hos-

1 Les îles Canaries , dont il est parlé sous le même nom clans la Navigation de Fanurge , et la ville dlsabella, dont C. Colomb jeta les fondements, en 1493, en Amérique.

2 Faut-il écrire demollir en un seul mot, ou de mollir en deux? — Le Duchat a préféré la dernière leçon. — Johanneau l'adopte pour trois raisons :

1° C'est, dit-il, la leçon des anciennes éditions ;

2° Mollir est plus énergique ;

3° Quand Rabelais veut exprimer le sens d'abattre , il écrit dejnoller, non demollir.

Or, la première assertion est fausse. — L'édit. ant. à 1535, celles de 1535, deDolet et de F. Juste, ont demollir.

Johanneau estime que remuer Inous lui laissons du reste la res-

ponsabilité de cette traduction de moliri) est plus énergique qu'«ballre : sans aucun doute il sera seul de son avis. Mais l'énergie n'a que faire ici.

Abattre forme évidemment avec ériger une image plus régulière que remuer.

En outre , de mollir en deux mots aurait nécessité de desemparer.

Enfin, Johanneau erre encore dans sa dernière assertion. Demoller et demollir se rencontrent aux mêmes passages , dans les diverses éditions contemporaines.

3 En acceptant les traités faits par vous.

* Furieuse (du latin efferatus).

5 Tenté quelque usurpation.

6 Foulée aux pieds (du latin concitlcatus).

7 Outre-passé.

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tilement ses terres, sans en rien avoir esté par luy ny les siens endommagé, irrité, ny provoqué? Où estfoy?oùest loy? où est raison? ouest humanité? où est crainte de Dieu? Cuicles tu ces oultrages estre recelés es esprits eternelz, et au Dieu souverain, qui est juste retributeur de nos entreprises ? Si le cuides, tu te trompes; car toutes choses viendront à son jugement. Sont ce fatales destinées, ou influences des astres, qui voulent1 mettre fin à tes aises et repos? Ainsi ont toutes choses leur fin et période. Et, quand elles sont venues à leur point superlatif2, elles sont en bas ruinées : cai elles ne peuvent long temps en tel estât demourer. C'est la fin de ceux qui leurs fortunes et prospérités ne peuvent pai raison et tempérance modérer.

Mais, si ainsi estoit ph'eé 3, et deust ores ton heur4 et repos prendre fin , falloit il que ce fust en incommodant à mor roy, celuy par lequel tu estois estably? Si ta maison devoi ruiner, falloit il qu'en sa ruine elle tombast sus les atrei de celuy qui l'avoit aornée? La chose est tant hors le: metes 5 de raison, tant abhorrente de sens commun, que ; peine peut elle estre par humain entendement conceue e jusques à ce demourera non croyable entre les estrangers que l'effect asseuré et tesmoigné leur donne à entendre qu rien n'est ny saint ny sacré à ceux qui se sont émancipé de Dieu et raison, pour suivre leurs affections perverses.

Si quelque tort eust esté pur nous fait en tes subjects e dommaines, si par nous eust esté porté laveur à tes ma voulus7, si en tes affaires ne t'eussions secouru, si par nou ton nom et honneur eust esté blessé, ou, pour mieulx dire si l'esprit calomniateur, tentant à mal te tirer, eust, par fal laces espèces8 et phantasmes ludificatoires, mis en ton en

1 Veulent. ! — El tant demeurera non crée

2 Edit. de Dolet. — Suppelalif^ ble entre les estrangiers... jusqu edit. ant. à 1535 el édit. de 1535.

3 Etabli par le destin.

ce que, édit. ant. à 1535, édit. d 1535, et de Dolet.

7 A ceux qui ont encouru I disgrâce, ton mal vouloir.

4 Bonheur.

6 Les bornes (du latin meta]

* Edit. de 1542, F. Juste, et s. 1. 1 8 En présentant les choses soi

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