CHAPITRE XXXIV
Comment Gargantua laissa la ville de Paris pour secourir son pays; et comment Gymnaste rencontra les ennemis.
En ceste mesme heure Gargantua , qui estoit issu de Paris, soudain les lettres de son père leues, sus sa grande jument venant, avoit ja passé le pont de la Nonnain1. luy, Ponocrates, Gymnaste et Eudemon; lesquelz pour le suivre avoient pris chevaux de poste : le reste de son train venoit à justes journées, amenant tous ses livres et instrument2 philosophique. Luy, arrivé à Parillé, fut adverty, par le mestayer de Gouguet , comment Picrochole s'estoit rempare à la Roche Clermaud, et avoit envoyé le capitaine Tripet, avec grosse armée, assaillir le bois de Vede, et Yaugaudry : et qu'ilz avoient couru la poulie3 jusques au pressouer Billard; et que c estoit chose estrange et difficile à croire des excès qu'ilz faisoient par le pays; tant qu'il luy fit peur, et ne savoit bien que dire ny que faire. Mais Ponocrates luy conseilla qu'ilz se transportassent ers le seigneur de laVauguyon, qui de tous temps avoit esté leur amy et confédéré , et par luy seroient mieulx advisés de tous affaires : ce qu'ilz firent incontinent, et le trouvèrent en bonne délibération de leur secourir. Et fut d'opinion qu'il enverroit quelqu'un ce ses gens pour descouvrir le
1 A Chinon. Ce pont est détruit.
2 Attirail. Il faut se rappeler que la philosophie comprenait alors les sciences naturelles. — Lnsirumenlutn a aussi été employé dans le sens de livre. (Du Cange. )
8 Vcariv la poule, c'est marau-
d'or. — Dolet écrit poulaillc. Rabelais se sert ailleurs de ce dernier mot, qui est encore usité par les Bourguignons et les Poitevins dans le sens de volaille. On lit dans une chanson du temps :
Quand m'y iiuoens de la por«ctut.