‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 76 sur 401 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Comment Gargan'na deniollit le chastcaii du tiuê de Vedc, et ceniment ilz passèrent le gué.

Venu que fut, raconta Testât auquel avoit trouvé les ennemis, et du stratagème qu'il avoit fait, luy seul, contre toute leur caterve 1 ; affirmant 2 qu'ilz n'estoient que maraulx, pilleurs, et brigans, ignorans de toute discipline militaire, et que hardiment ilz se missent en voye, car il leur seroit 1res facile de les assommer comme bestes.

Adonc monta Gargantua sus sa grande jument, accompaigné comme davant avons dit. Et, trouvant en son chemin un haut et grand aine3 (lequel communément on nommoit l'arbre de saint Martin, pource qu'ainsi estoit creu un bourdon que jadis saint Martin y planta), dist : Voicy ce qu'il me falloit. Cest arbre me servira de bourdon et de lance. Et l'arrachit4 facilement de terre, et en osta les rameaux, et le para5 pour son plaisir. Ce pendant sa jument pissa, pour se lascher le ventre : mais ce fut en telle abondance quelle en fit sept lieues de déluge ; et -dériva tout le pissat au gué de Vede, et tant l'enfla devers le fil de l'eau, que toute ceste bande des ennemis furent en grand horreur noyés,

1 Bande [caferva, lat.).

2 Ed. ant. à 1535; dans les autres, afferment.

3 Un aune, en latin alnus. Noks rétablissons la vraie leçon, celle de redit, ant. à 1535. Dans Ledit, de 13^55 on a mis asne pour alne\ les éditeurs suivants, choqués de ce

non-sens, ont remplacé asne par arbre.

4 L'arracha. Cette forme est restée dans plusieurs patois.

5 Lui ôta la peau. En Saintonge, en Nivernais, parer s'emploie dans le sens de peler. [Tarare, en b. Iat.

Du Cange. )

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