‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 127 sur 279 · LIVRE IV, CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE LXV

tu mal des femmes, respondit Panurge, ho guodelureau, moine culpelé? — Par la guogue Cenomaniquc, dist Epistemon, Euripidcs escript et le prononce Andromache, que contre toutes bestes vénéneuses a esté, par l'invention des Humains et instruction des Dieux, remède profitable trouvé. Remède jusques à présent n'a esté trouvé contre la maie femme. — Ce guorgias Euripides, dist Panurge, tous jours a mesdict des femmes. Aussi feut il par vengeance divine mangé des chiens, comme luy reproche Aristophanes. Suivons. Qui ha, si parle.

— Je urineray présentement, dist Epistemon, tant qu'on vouldra.

— J'ay maintenant, dist Xenomanes, mon estomach sabourré à profict de mesnaige. Ja ne panchera d'un cousté plus que d'aultre.

— Il ne me faut (dist Carpalim) ne vin ne pain. Trefves de soif, trefves de faim.

■ — Je ne suis plus fasché, dist Panurge. Dieu mercy et vous Je suys guay comme un Papeguay, joyeux comme un Esmerillon, alaigre comme un Papillon, véritablement il est escript par vostre beau Euripides, et le dit Silenus, beuvevu: mémorable :

Furieux est, de bon sens ne jouist, Quiconques boyt et ne s'en resjouist.

« Sans poinct de faulte nous doibvons bien louer le bon Dieu nostre createvu*, servateur, conservateur, qui par ce bon pain, par ce bon vin et frays, par ces bonnes v-iandes nous guerist de telles perturbations, tant du corps comme de l'ame : oultre le plaisir et volupté que nous avons beuvans et mangeans. Mais vous ne respondez poinct à la question de ce benoist vénérable frère Jan, quand il a demandé : Manière de haulser le temps ?

— Puys, dist Pantagruel, que de ceste legiere solution des doubtes proposez vous contentez, aussi foys je. Ailleurs, et en aultre temps, nous en dirons d'adventaige, si bon vous semble. Reste doncques à vuider ce que a frère Jan propousé. Manière de haulser le temps ? Xe l'avons nous à soubliayt haulsé ? Voyez le guabet de la hune. Voyez les siflemens des voiles. Voyez la roiddeur des estailz, des utacques et des escoutes. Nous haulsans et vuidans les tasses s'est pareillement le temps haulsé par occulte sympathie de Nature. Ainsi le haulserent Athlas et Hercules, si croyez les saiges Mythologiens. Mais ilz le haulserent trop d'un demy degré : Athlas, pour plus alaigrement festoyer Hercules, son hoste; Hercules, pour les altérations précédentes par les desers de Libye.

— Vray bis, dist frère Jan interrompant le propous, j'ay ouy de plusieurs vénérables docteurs que Tirelupin, sommelier de vostre bon père, espargne par chascun an plus de dixhuyct cens pippes de vin, par faire les survenens et domesticques bo^-re avant qu'ilz aient soif.

— Car, dist Pantagruel continuant, comme les Chameaulx et Dromadaires en la Caravane boyvent pour la soif passée, pour la soif présente, et pour la soif future, ainsi feist Hercules. De mode que par cestuy excessif haulsement de temps advint au Ciel nouveau mouvement de titubation et trépidation, tant controvers et debatu entre les folz Astrologues.

■ — C'est, dist Panurge, ce que l'on dit en proverbe commun ;

Le mal temps passe, et retourne le bon, Pendant qu'on trinque autour de gras jambon.

■ — Et non seulement, dist Pantagruel, repaissans et beuvans avons le temps haulsé, mais giandement deschargé la navire : non en la façon seulement que feut deschargée la corbeille de .lEsope, sçavoir est, vuidans les victuailles, mais aussi nous emancipans de jeusne. Car comme le corps plus T. II. 13

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est poisant mort que vif, aussi est l'home jeun plus terrestre et poisant que quand il a beu et repeu. Et ne parlent improprement ceulx qui par long voyage au matin boivent et desjeunent, puis disent : Nos chevaulx n'en iront que mieulx. Ne sçavez vous que jadis les Amycleens sus tous Dieux reveroient et adoroient le noble père Bacchus, et le nommoient Psila en propre et convenante dénomination? Psila, en langue Doricque, signifie êesles. Car comme les oyzeaulx par ayde de leurs sesles volent hault en l'air legierement; ainsi par l'ayde de Bacchus (c'est le bon vin friant et délicieux), sont hault eslevez les esprits des humains, leurs corps evidentement alaigriz, et assouply ce que en eulx estoit terrestre. »

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