‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 140 sur 279 · CHAPITRE III COMMENT EN l'ISLE SONNANTE N'EST QU'UN PAPEGAUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III COMMENT EN l'ISLE SONNANTE N'EST QU'UN PAPEGAUT

Lors demandasmes à maistre Aeditue, veu la multiplication de ces vénérables oiseaux en toutes leurs espèces, pourquoy là n'estoit qu'un Papegaut. Il nous respondit que telle estoit l'institution première, et fatale destinée des estoilles : que des Clergaux naissent les Prestregaux et Monagaux, sans compagnie charnelle, comme se fait entre les abeilles d'un jeune toreau accoustré selon l'art et pratique d'Aristeus. Des Prestregaux naissent les Evesgaux; d'iceux les beaux Cardingaux, et les Cardingaux, si par mort n'estoient prévenus, finissoient en Papegaut, et n'en est ordinairement qu'un, comme par les ruches des abeilles n'y a qu'un roy , et au monde n'est qu'un soleil. Iceluy decedé, en naist un autre en son lieu de toute la race des Cardingaux : entendez tousjours sans copulation chamelle. De sorte qu'il y a en ceste espèce unité individiiale, avec perpétuité de succession, ne plus ne moins qu'au Phœnix d'Arabie. Vray est qu'il y a environ deux mil sept cens soifcante lunes que furent en nature deux Papegaux produits; mais ce fut la plus grande calamité qu'on vist onques en ceste Isle. « Car, disoit Aeditue, tous ces oiseaux icy se pillèrent les uns les aultres, et s'entreplauderent si bien ce temps duiant que l'Isle pericUta d'estre spoliée de ses habitans. Part d'iceux adheroit à un, et le soutenoit; part à l'aultre, et le defendoit; demeurèrent part d'iceux muts comme poissons, et onques ne chantèrent, et part de ces cloches, comme interdicte, coup ne sonna. Ce séditieux temps durant, à leur secours évoquèrent Empereurs, Roys, Ducs, Marquis, Monarques, Comtes, Barons et communautez du monde qui habite en continent et terre ferme, et n'eut fin ce schisme et

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