‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 215 sur 279 · COMMENT BACBUC INTERPRETE LE MOT DE LA BOUTEILLE · texte numérisé non relu

COMMENT BACBUC INTERPRETE LE MOT DE LA BOUTEILLE

Bacbuc jettant ne sçay quoy dans le timbre, dont soudain fut l'ebuUition de l'eau restraincte, mena Panurge au temple major, au Heu central auquel estoit la vivifique fontaine. Là tirant un gros Uvie d'argent en fonne d'une demy muy ou

d'un quart de Sentences, le puysa dedans la fontaine, et luy dist : « Les philosophes, prescheurs et docteurs de vostre monde vous paissent de belles paroUes par les aureilles; icy, nous realement incorporons nos preceptions par la bouche. Pourtant je ne vous dy : Lisez ce chapitre, entendez ceste glose; je vous dis : Tastez ce chapitre, avaliez ceste belle glose. Jadis un antique Prophète de la nation Judaïque mangea un livre, et fut clerc jusques aux dents; présentement vous en boirez un, et serez clerc jusques au foye. Tenez, ouvrez les mandibules. »

Panurge ayant la gueule bée, Bacbuc print le livre d'argent, et pensions que fust véritablement un livre, à cause de sa forme, qui estoit comme d'un bréviaire; mais c'estoit un bréviaire vray et naturel flaccon, plein de vin Phalerne, lequel elle fit tout avaller à Panurge.

« Voicy, dist Panurge, un notable chapitre, et glose fort authentique : est ce tout ce que vouloit prétendre le mot de la Bouteille trimegiste? J'en suis bien, vrayement. — Rien plus, respondit Bacbuc, car Trinc est un mot panomphée, célébré et entendu de toutes nations, et nous signifie : Beuvez. Vous dictes en vostre monde que sac est vocable commun en toute langue, et à bon droit, et justement de toutes nations receu. Car comme est l'Apologue d'Esope, tous humains naissent un sac au col, souffreteux par nature, et mendians l'un de l'autre. Roy souz le Ciel tant puissan n'est qui passer se puisse d'aultruy : pauvre n'est tant arrogant, qui passer se puisse du riche, voire fust-ce Hippias le philosophe, qui faisoit tout. Encores moins se passe l'on de boire qu'on ne fait de sac. Et icy maintenons que non rire, ains boire est le propre de l'homme, je ne dy boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bestes : je dis boire vin bon et frais. Notez, amis, que de vin divin on devient, et n'y a argument tant seur, ny art de divination moins fallace. Vos Academi- (jues l'affçnnent, rendans l'etimologie de vin, lec^uel ils disent

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en Grec OINOS estre comme vis, force, puissance. Car pouvoir il a d'emplir l'ame de toute vérité, tout savoir et philosophie. Si avez noté ce qui est en lettres Ioniques escrit dessus la porte du temple, vous avez peu entendre qu'en vin est vérité cachée. La dive Bouteille vous y envoyé, soyez vous mesmes interprètes de vostre entreprinse. — Possible n'est, dist Pantagruel, mieux dire que fait ceste vénérable pontife. Autant vous en dy-je, lorsque premièrement m'en parlastes. Trùic donques; que vous en dit le cœur, eslevé par enthusiasme bacchique? — Trinquons, dist Panurge.

Trinquons, de par le bon Bacchus.

Ha, ho, ho, je voiray bas culs De bref bien à poinct sabourez Par couilles, et bien embourez De ma petite humanité.

Qu'est cecy? la paternité De rnon cœur me dit sceurement Que je seray non seulement Tost marié en nos quartiers; Mais aussi que bien volontiers Ma femme viendra au combat Vénérien : Dieu, quel débat J'y prevoy ! Je laboureray Tant et plus, et saboureray A gogo, puisque bien nourry Je suis. C'est moy le bon mary Le bon des bons. lo Pean, lo Pean, lo Pean !

10 mariage trois fois.

Ça, ça, frère Jean, je te fais Serment vray et intelligible.

Que cest oracle est infaillible

11 est seur, il est fatidique. »

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