DE BRINGUENARILLES, AVALLEUR DE MOULINS A VENT
Ce mesme jour, passa Pantagruel les deux isles de Tohu et Bohu, es quelles ne trouvasmcs que frire : Bringuenarilles, le grand géant, avoit toutes paelles, paellons, chaudrons, coquasses, lichefretes et marmites du pays avallé, en faulte de moulins à vent, des quelz ordinairement il se paissoit. Dont estoit advenu que, peu davant le jour, sus l'heure de sa digestion, il estoit en grief ve maladie tombé, par certaine crudité d'estomach causée de ce (comme disoient les Medicins) que la vertu concoctrice de son estomach, apte naturellement à moulins à vent tous brandifz digérer, n'avoit peu à perfection consommer les paelles et coquasses : les chaudrons et marmites avoit assez bien digéré, comme disoient congnoistre aux hypostases et eneoremes de quatre hussards d'urine qu'il avoit à ce matin en deux foys rendue.
Pour le secourir, usèrent de divers remèdes scelon l'art. Mais le mal feut plus fort que les remèdes. Et estoit le ncble Bringuenarilles à cestuy matin trespassé, en façon tant estrange que plus esbahir ne vous fault de la mort de ^schylus. Lequel, comme luy eust fatalement esté par les vaticinateurs predict qu'en certain jour il mourroit par ruine de quelque chose qui tomberoit sus luy, iceluy jour destiné, s'estoit de la ville, de toutes maisons, arbres, rochiers et aultres choses esloingné, qui tomber peuvent, et nuire par leur ruine. Et demoura on mylieu d'une grande praerie, soy commettant en la foy du ciel libre et patent, en sceureté bien asseurée,