J^ LIVRE IV, CHAPITRE XVII
comme luy sembloit, si non vrayement que le ciel tombast : ce que croyoit estre impossible. Toutes foys on dict que les alouettes grandement redoubtent la ruine des cieulx tombans, car les cieulx tombans, toutes seroient prinses.
Aussi la redoubtoient jadis les Celtes voisins du Rhin : ce sont les nobles, vaillans, chevaleureux, bellicqueux et triumphans François : lesquelz, interrogez par Alexandre le Grand quelle chose plus en ce monde craignoient, espérant bien que de luy seul f croient exception, en contemplation de ses grandes prouesses, victoires, conquestes et triumphes, respondirent rien ne craindre, sinon que le ciel tombast. Non toutes foys faire refus d'entrer en ligue, confédération et amitié avec un si preux et magnanime Roy.
Si vous croyez Strabo, liv. VII, et Arrian, liv. I, Plutarche aussi, on livre qu'il a faict de la face qui apparoist on corps de la Lune, allègue un nommé Phenace, lequel grandement craignoit que la Lune tombast en terre : et avoit commisération et pitié de ceulx qui habitent sous iceUe, comme sont les ^Ethiopiens et Taprobaniens, si une tant grande masse tomboit sus eulx. Du ciel et de la terre avoit paour semblable, s'ilz n'estoient deuement fulciz et appuyez sus les columnes de Atlas, comme estoit l'opinion des anciens, scelon le tesmoignage de Aristoteles, liv. V, Metaphys.
iEschilus, ce non obstant, par ruine feut tué et cheute d'une caquerolle de Tortue, laquelle, d'entre les gryphes d'une Aigle haulte en l'air tombant sus sa teste, luy fendit la cervelle.
Plus de Anacréon poëte, lequel mourut estranglé d'un pépin de raisin. Plus de Fabius prêteur Romain, lequel mourut suffoqué d'un poil de chievre, mangeant une esculée de laict. Plus de celluy honteux lequel, par retenir son vent, et default de peter un meschant coup, subitement mourut en la présence de Claudius, empereur Romain. Plus de celluy qui, à Rome, est en la voye Flaminie enterré, lequel en son epitaphe
se complainct estrc mort par estre mords d'une chatte au petit doigt. Plus de Q. Lecanius Bassus, qui subitement mourut d'une tant petite poincture de aiguille au poulse de la main guausche qu'à peine la pouvoit on veoir. Plus de Quenelault medicin normant, lequel subitement à Monspellier trépassa, par de bies s'estre avecques un trancheplume tiré un Ciron de la main.
Plus de Philomenes, auquel son varlet, pour l'entrée de dipner, ayant appresté des figues nouvelles, pendent le temps qu'il alla au vin, un asne couillart esguaré estoit entré au logis, et les figues apposées mangeoit religieusement. Philomenes survenant, et curieusement contemplant la grâce de l'asne Sycophage, dist au varlet qui estoit de retour : « Raison veult, puis qu'à ce dévot asne as les figues abandonné, que pour boire tu luy produises de ce bon vin qu'as apporté. » Ces paroUes dictes, entra en si excessive guayeté d'esprit, et s'esclata de rire tant énormément, continuement, que l'exercice de la Râtelle luy tollut toute respiration, et subitement mourut.
Plus de Spurius Saufeius, lequel mourut humant un œuf mollet à l'issue du baing. Plus de celluy lequel dist Boccace estre soudainement mort par s'escurer les dents d'un brin de Saulge. Plus de Philippot Placut, lequel, estant sain et dru, subitement mourut, en payant une vieille debte, sans aultre précédente maladie. Plus de Zeuzis le painctre, lequel subitement mourut à force de rire, considérant le minoys et portraict d'une vieille par luy représentée en paincture. Plus de mil aultres qu'on vous die, feust Verrius, feust Pline, feust Valere, feust Baptiste Fulgose, feust Bacabery l'aisné.
Le bon Bringuenarilles (helas !) mourut estranglé, mangeant un coing de beurre frays à la gueule d'un four chaud, par l'ordonnance des medicins.
Là, d'abondant, nous feut dict que le roy de Cullan en Bohu avoit deffaict les satrapes du roy Mechloth, et mis à sac les forteresses de Behma. Depuys, passâmes les isles de Nargues