LIVRE IV, CHAPITRE XXXVII
dcmc. Elle feut jadis célébrée et religieusement observée par les Pythogaricns. Plusieurs grands seigneurs et empereurs en ont jadis bien faict leur profict. Octavien Auguste, second empereur de Rome, quelque jour rencontrant un paysan nommé Euthyche, c'est à dire bien fortuné, qui menoit un asne nommé Nicon, c'est en langue grecque Victorien, meu de la signification des noms, tant de l'asnier que de l'asne, se asceura de toute prospérité, félicité et victoire. Vespasian, empereur pareillement de Rome, estant un jour seulet en oraison on temple de Serapis, à la veue et venue inopinée d'un sien serviteur, nommé Basilides, c'est à dire Royal, lequel il avoit loing derrière laissé malade, print espoir et asccurance ' d'obtenir l'empire Romain. Regilian, non pour aultre cause ne occasion, feut par les gens de guerre eslu empereur, que par signification de son propre nom. Voyez le Cratyle du divin Platon. — Par ma soif, dist Rhizotome, je le veulx lire : je vous oy souvent le alléguant. — Voyez comment les Pythagoriens, par raison des noms et nombres, concluent que Patroclus doibvoit estre occis par Hector, Hector par Achilles, Achilles par Paris, Paris par Philoctetes. Je suys tout confus en mon entendement quand je pense en l'invention admirable de Pythagoras, lequel, par le nombre par ou impur des syllabes d'un chascun nom propre, exposoit de quel cousté estoient les humains boyteulx, borgnes, goutteux, paralytiques, pleuritiques, et aultres telz maléfices en nature : sçavoir est, assignant le nombre par3.u cousté guausche du corps, le impar au dextre.
— Vrayement, dist Epistemon, j'en veids l'expérience à Xainctes, en une procession générale, présent le tant bon, tant vertueux, tant docte et équitable président Briend Valée, seigneur du Douhet. Passant un boiteux ou boiteuse, un borgne ou borgnesse, un bossu ou bossue, on luy rapportoit son nom propre. Si les syllabes du nom estoient en nombre impar, soubdain, sans veoir les personnes, il les disoit estre maie fi-
ciez, borgnes, boiteux, bossus du cousté dextre. Si elles estoient en nombre par, du cousté guausche. Et ainsi estoit la vérité; oncques n'y trouvasmes exception.
— Par ceste invention, dist Pantagruel, les doctes ont affermé que Achilles, estant à genoulx, feut par la fleiche de Paris blessé on talon dextre : car son nom est de syllabes impares. Icy est à noter que les anciens se agenouilloient du pied dextre. Venus par Diomedes, davantTroye, blessée en la main guausche, car son nom en Grec est de quatre syllabes. Vulcan boiteux du pied guausche, par mesmes raisons. Philippe, roy de Macédoine, et Hannibal, borgnes de l'œil dextre. Encores pourrions nous particularizer des Ischies, Hernies, Hermicraines, par ceste raison Pythagorique. Mais, pour retourner aux noms, consyderez comment Alexandre le Grand, filz du roy Philippe, duquel avons parlé, par l'interprétation d'un seul nom parvint à son entreprinse. Il assiegeoit la forte ville de Tyre, et la battoit de toutes ses forces par plusieurs sepmaines ; mais c'estoit en vain. Rien ne profitoient ses engins et molitions. Tout estoit soubdain démoli et remparé par les Tyriens. Dont print phantasie de lever le siège avec grande melancholie, voyant en cestuy département perte insigne de sa réputation. En tel estrif et fascherie se endormit. Dormant, songeoit qu'un Satyre estoit dedans sa tente, dansant et sautelant avecques ses jambes bouquines. Alexandre le vouloit prendre : le Satyre tousjours luy eschappoit. En fin, le roy le poursuivant en un destroict, le happa. Sus ce point se esveigla et racontant son songe aux philosophes et gens sçavans de sa court, entendit que les dieux luy promettoient victoire, et que Tyre bien toust seroit prinse : car ce mot Satyros, divisé en deux, est Sa Tyros, signifiant : Tienne est Tyre. De faict, au premier assault qu'il feist il emporta la ville de force, et en grande victoire subjugua ce peuple rebelle. Au rebours, consyderez comment, par la signification d'un nom, Pompée se désespéra. Estant vaincu