LIVRE IV, CHAPITRE XXXVII
par Caesar en la bataille Pharsalique, ne eut moyen aultre de soy saulver que par fuyte. Fuyant par mer, arriva en l'isle de Cypre. Prés la ville de Paphos, apperceutsus le rivage un palais beau et sumptueux. Demandant au pilot comment l'on nommoit cestuy palais, entendit qu'on le nommoit Ka/oSaji/éa, c'est à dire Malroy. Ce nom luy feut en tel eflfroy et abomination qu'il entra en desespoir, comme asceuré de ne évader que bien touts ne perdist la vie. De mode que les assistans et nauchiers ouirent ses cris, souspirs et gemissemens. De faict, peu de temps après, un nommé Achillas, paysant incongneu, luy trancha la teste. Encores pourrions nous, à ce propous, alléguer ce que advint à L. Paulus ^mylius,' lors que, par le sénat Romain, feut esleu Empereur, c'est à dire chef de l'armée qu'ilz envoyoient contre Perses, roy de Macedonie. Icelluy jour, sus le soir, retournant en sa maison pour soy apprester au deslogement, baisant une siene petite fille nommée Tratia, advisa qu'elle estoit aulcunement triste. « Qui a il, dist il, ma Tratia? Pourquoy es tu ainsi triste et faschée? — Mon père, respondit elle, Persa est morte. » Ainsi nommoit elle une petite chienne qu'elle avoit en délices. A ce mot print Paulus asceurance de la victoire contre Perses. Si le temps permettoit que puissions discourir par les sacres bibles des Hébreux, nous trouverions cent passages insignes nous monstrans e\ddemment en quelle observance et religion leurs estoient les noms propres avecques leurs significations. » Sus la fin de ce discours, arrivèrent les deux coronelz, accompaignez de leurs soubdards, tous bien armez et bien délibérez. Pantagruel leur feist une briefve remonstrance, à ce qu'ilz eussent à soy monstrer vertueux au combat, si par cas estoient contraincts (car encores ne povoit il croire que les Andouilles feussent si traistresses) , avecques défense de commencer le hourt : et leur bailla Mardigras pour mot du guet.
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