LIVRE IV, CHAPITRE XLIII
Hz ne fiantent, ilz ne pissent, ilz ne crachent en ceste isle. En recompense, ilz ressent, ilz pettent, ilz rottent copieusement. Hz pâtissent toutes sortes et toutes espèces de maladies. Aussi toute maladie naist et procède de ventosité, comme deduyt Hyppocrates, lib. de Flatihns. Mais la plus epidemiale est la cholique venteuse. Pour y remédier, usent de ventôses amples, et y rendent forte ventositez. Hz meurent tous hydropicques tympanites; et meurent les hommes en pétant, les femmes en vesnant. Ainsi leur sort l'ame par le cul.
Depuis, nous pourmenans par l'isle, rencontrasmes trois gros esventez les quelz alloient à l'esbat voir les pluviers, qui là sont en abondance, et vivent de mesme diète. Je advisay que ainsi, comme vous, Beuveurs, allans par pays portez fiaccons, ferrieres et bouteilles : pareillement chascun à sa ceincture portoit un beau petit soufflet. Si par cas vent leur failloit, avccques ces joliz souffletz ilz en forgeoient de tout frays, par attraction et expulsion réciproque, comme vous sçavez que vent, en essentiale définition, n'est aultre chose que air flottant et ondoj^ant.
En ce moment, de par leur Roy, nous fut faict commandement que de troys heures n'eussions à retirer en nos navires, home ne femme du pays. Car on luy avoit robbé une veze pleine du vent propre que jadis à Ulysses donna le bon ronfleur yEolus pour guider sa nauf en temps calme. Lequel il guardoit religieusement, comme un autre Sangreal, et en guerissoyt plusieurs énormes maladies, seulement en laschant, et eslargissant es malades autant qu'en fauldroit pour forger un pet virginal : c'est ce que les Sanctimoniales appellent sonnet.