‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 90 sur 279 · I3S LIVRE IV, CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

I3S LIVRE IV, CHAPITRE XLIV

annuellement, par le conseil de ses medicins, icy se transporte à la prime Vere pour prendre purgation, et nous dévore grand nombre de moulins à vent, comme pillules, et de souffletz pareillement, des quelz il est fort friant : ce que nous vient à grande misère, et en jeusnons troys ou quatre quaresmes par chascun an, sans certaines particulières rouaisons et oraisons. — Et n'y sçavez vous, demandoit Pantagruel, ob\'ier? — Par le conseil, respondit le Potestat, de nos maistres Mezarims, nous avons mis, en la saison qu'il a de coustume icy venir, dedans les moulins force coqs et force poulies. A la première foys qu'il les avalla, peu s'en fallut qu'il n'en mourust. Car ilz luy chantoient dedans le corps, et luy voloient à travers l'estomach, dont tomboit en lipothymie, cardiacque passion et convulsion horrificque et dangereuse, comme si quelque serpent lui feust par la bouche entré dedans l'estomach. — Voylà, dist frère Jan, un comme mal à propous et incongru. Car j'ay aultresfois ouy dire que le serpent entré dedans l'estomach ne faict desplaisir aulcun, et soubdain retourne dehors si par les pieds on pend le patient, luy présentant prés la bouche un paeslon plein de laict chauld. — Vous, dist Pantagruel, l'avez ouy dire : aussi avoient ceulx qui vous l'ont raconté. Mais tel remède ne feut oncques veu ne leu. Hippocrates {lib. V, Epid.) escript le cas estre de son temps advenu, et le patient subit estre mort par spasme et convulsion.

• — Oultre plus, disoit le Potestat, tous les renards du pays luy entroient en gueule, poursuyvans les gelines, et trespassoit à tous momens, ne feust que par le conseil d'un Badin enchanteur, à l'heure du paroxysme il escorchoit un renard pour antidote et contrepoison. Depuys eut meilleur advis, et y remédie moyennant un clystere qu'on luy baille, faict d'une décoction de grains de bled et de millet, es quelz accourent les poulies : en semble de f oyes d'oysons, es quelz accourent les renards. Aussi des pillules qu'il prend par la bouche,

composées de lévriers et de chiens terriers. Voyez là nostre malheur. — ■ N'ayez paour, gens de bien, dist Pantagruel, désormais. Ce grand Bringuenarilles, avalleur de moulins à vent, est mort. Je le vous asceure. Et mourust sufEocqué et estranglé, mangeant un coin de beurre frais à la gueule d'un four chault par l'ordonnance des Medicins, »

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