COMMENT LE DIABLE FUT TROMPÉ PAR UNE VIEILLE DE PAPEFIGUIERE
Le Laboureur retournant en sa maison estoit triste et pensif. Sa femme, tel le voyant, cuydoit qu'on l'eust au marché desrobbé. Mais entendant la cause de sa melancholie, voyant aussi sa bourse pleine d'argent, doulcement le reconforta et l'asceura que de ceste gratelle mal aulcun ne luy adviendroit. Seulement que sus elle il eust à se poser et reposer. Elle avoit ja pourpensé bonne yssue. « Pour le pis (disoit le Laboureur) je n'en auray qu'une esrafflade : je me rendray au premier coup et luy quitteray le champ. — Rien, rien, dist la vieille; posez vous sus moy et reposez : laissez moy faire. Vous m'avez dict que c'est un petit Diable : je le vous feray soubdain rendre, et le champ nous demourera. Si c'eust esté un grand Diable, il y auroit à penser. »
Le jour de l'assignation estoit lorsqu'en l'isle nous arrivasmes. A bonne heure du matin le Laboureur s'estoit très bien confessé, avoit communié, comme bon cathodique, et par le conseil du Curé s'estoit au plonge caché dedans le benoistier, en Testât que l'avions trouvé.
Sus l'instant qu'on nous racontoit ceste histoire, eusmes advertissement que la vieille avoit trompé le Diable et guaingné le champ. La manière feut telle. Le Diable vint à la porte du Laboureur, et, sonnant, s'escria : « O villain, villain; ça, ça à belles gryphes ! »
Puis entrant en la maison guallant et bien délibéré, et ne y trouvant le Laboureur, advisa sa femme en terre pleurante et lamentante. « Qu'est cecy ? demandoit le Diable. Où T. II. 10