‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 103 sur 458 · GS · texte numérisé non relu

GS

tire des eboses les plus usitées, celle-ci montre la coutume de porter aux rois les plaintes

des particuliers; et David rendit justice en disant : « Il rendra la brebis au quadruple, n (Ibid., 6.)

« Je suis une femme veuve, et j'avais deux fils, » disait au môme David cette femme de Thécué, « qui s'étant querellés àlacampagne, sans que personne les pût séparer, l'un a frappé l'autre et il en est mort ; et la famille poursuit son frère pour le faire punir do mort. Ils me ravissent mon seul héritier, et cherchent à éteindre la seule étincelle qui me reste sur la terre pour faire revivre le nom démon mari. Et le roi lui répondit: Allez en reposa votre maison, et j'ordonnerai ce qu'il faudra en votre faveur. » ( II Reg. xiv, 5 seq.)

Elle ajoute : <t Que celle iniquité demeure sur moi, et sur la maison de mon père; mais que le roi et son trône en demeurent

la même pour ceux qui auront combattu et pour ceux qui sont demeurés pour la garde des bagages, et ils partageront également. Et de ce jour, et depuis, cette ordonnance subsiste, et a été comme une loi en Israël. »

La conservation de ces anciens droits, et de ces louables coutumes, concilie aux grands royaumes une idée, non-seulement de fidélité et de sagesse, mais encore d'immortalité, qui fait regarder l'Etat comme gouverné, ainsi que l'univers, par des conseils d'une immortelle durée.

IVe Prop. Le prince doit la justice; et il est lui-même le premier juge. — « Faites-nous des rois qui nous jugent, comme en ont les

autres naiions. » (/ Reg. vin, 5.) C'est l'idée rois. Et ce juste prince approuva sa plainte, des peuples lorsqu'ils demandent des rois à et lui dit : « vive Je Seigneur! Il ne tom- Samuel. El ainsi le nom de roi est un nom de

roi innocent, ni son trône sans tache, s'il refusait de rendre justice. Aussi David répondit : « Amenez-moi vos parties, ceux qui s'opposent à vous et qui vous poursuivent ; et on cessera de vous nuire. » (Ibid., 10.)

La poursuite paraissait juste, selon la rigueur de la loi qui condamnait à mort le meurtrier; et c'était le cas d'avoir recours à la grâce et à la clémence du prince, dans une cause si favorable à une mère affligée.

La femme pressait David en lui disant:

c Que le roi se souvienne du Seigneur son Dieu, et ne laisse pas multiplier par la vengeance le sang répandu. » Elle ne craint point d'appeler David devant le juge des

juge.

Quand Absalorr aspira à la royauté, '< il allait à la porte des villes, et dans les chemins publics, interrogeant ceux qui venaient de tous côtés au jugement du roi, et leur disant: Vous me paraissez avoir raison, mais ii n'y a personne préposé par le roi pour vous entendre. Et il ajoutait : Qui m'établira juge sur la terre, afin que tous ceux qui onl des affaires viennent à moi, et que je juge justement? » (// Reg. xv, 2 seq. ) li n'osait dire : Qui me fera roi? la rébellion eût été trop déclarée ; mais c'était le nom de roi qu'il demandait sous celui de juge.

Il décriait le gouvernement du roi son père, en disant qu'il n'y avait point de justice; rféiait une calomnie : et, loin de négliger la justice, David la rendait lui-même avec un soin merveilleux. « Il régnait sur Israël ; et dans les jugements , il faisait justice à tout son peuple. » (// Reg. vm, 15.)

Nalban vint à David lui porter la plainte du pauvre, à qui un riche injuste avait enlevé une brebis qu'il aimait (II Reg. xii, 1 seq.); et David irrité reçut la plainte. C'était une parabole ; mais puisque la parabole se

(GI) Ci-dev.,1. vu, art. 5, 19e propos.

OEcVRES COMPL. TE BOSSUET. XI.

bera pas un cheveu de la tête de voire fils. j. (Ibid,, 11.)

On sait le jugement de Salomon qui lui attira, dans tout le peuple, cette crainte respectueuse qui fait obéir les rois, et qui établi t. leur empire.

Ve Prop. Les voies de la justice sont aisces à connaître. — Le chemin de la justice n'est fias de ces chemins torluèux , qui, semblables à des labirynlhes . vous font toujours craindre de vous perdre. « La route du juste est droite : c'est un sentier étroit, et qui n'a point de détour; l'on y marche en sûreté. » ( Isa. xxvi, 7.)

Un païen môme disait (62) qu'il ne faut point l'aire ce qui est douteux et ambigu. « L'équité, » poursuitcet auteur, «éclate par elle-même ; et le doule semble enveloppe.quelque secret dessein d'injustice. »

Voulez-vous savoir le chemin de la jus- Jice, marchez dans le pays découvert : aile/ où vous conduit votre vue ; et a que vos yeux,» comme dit le Sage (/Vor.iv,2o), «précèdent vos pas. » La justice ne se caene pas.

Il est vrai qu'en beaucoup de points elle dépend des lois positives, mais ie langage de la loi est simple : sans vouloir briller ni

(62) Cic, De offtc.,l i, c. 9.

CEI VRl ES Dî bOSS" ET.

(ri

raffiner, elle M veut être que nette et préi is

Co me néanmoins il esl impossible qu'il ne se trouve des difficultés et «les questions

npliquées, le prince pour n'être pas surpris, el pour donner lieu à un plus grand --.nient de la vérité, y ., e lo

i ède qu'on va ei| liquer.

\[ Pbof. Le prince établit des tribunaux ; il en nomma le» sujet» avec grand choix, et l i instruit de leurs devoirs. — Ainsi l'avait pratiqué Moïse lui-même [Exod. xvm, 15 . . de peur de se consumer par un travail inutile.

C'est de quoi il rend compte au peuple on ces lei mes [Deut. I, I- seq.) : « Je ne | uis i is terminer seul toutes vos affaires ni vos procès. Choisissez parmi vous des hommes sages et habiles, dont la conduite soit approuvée. El j'ai tiré de vos tribus, des yens

.es, nobles et connus ; et je les ai établis \ - juges, en leur disant : Ecoutez Je peuple, et prononcez ce qui sera juste, entre le citoyen ou l'étranger, sans distinction de personnes, jugeant le polit coinme le grand ; parce que c'est le jugement du Seigneur, qui n'a nul é^ard aux personnes. Et vous me rapporterez ce qui sera de plus difficile. »

On voit trois choses dans ces paroles de Moïse : en premier lieu, rétablissement des juges sous le prince : en second lieu, leur clioix el les qualités dont ils doivent être ornés : en troisième lieu, la réserve des af> faires les plus dillii iles au prince même.

Ces ju^es étaient établis dans toutes les villes, et dans chaque tr.bu; el Moïse l'avait ainsi ordonné. (Deut. xvi, 18.)

A cet exemple, nous avons vu les tribunaux établis par Josaphat (63), prince zélé pour la justice, s'il en fut jamais parmi les rois de Juda et sur le trône de David.

Ces tribunaux étaient de deux sortes. Il y avait ceux de toutes les villes particulières; et il y en avait un premier dans la capitale du royaume, et sous les yeux du roi : à l'exemple, et peut-être pour perpétuer le grand sénat de soixante et dix, que Moïse avait établi.

Nous avons aussi remarqué le soin qu'il prenait de les instruire en personne {Il Pur. xi\, 9. 10), à l'exemple de Moïse. Ce qui avait deux bons effets : le premier, de iaire sentir la capacité du prince : ce qui tenait tout le monde dans le devoir ; et le second, de graver plus profondément dans les cœurs les règles de la justice. Dans la suite, on voit subsister parmi les Juifs ces deux sortes de tribunaux.

Dans les actions solennelles où il s'agissait de quelque grand bien de l'Etal, les bons rois, comme Josias (IV Hcg. xxm, 1), <• ramassaient ensemble les sénateurs, tant des villes de Juda que ceux de Jérusalem. » li apprenait de leur concours, ce qu'il lal-

{ -Z) II Pcr. ïix, 5, G, 7, 8; ci-Jev , t. v, art. L

lail faire pour le bien commun, 'M de l'Etal

en général, et ilv^ villes en particulier.

ARTICLE IV

Des vertus qui doivent accompagner la justice.

PftEktlÈRE Proposition. // y en a trois

principales, marquées par le docte et pieux Gerson (64) dans un sermon prononcé devant

le roi : la constance, la prudence et la tlé-

mence. — La justice doit être attachée aux règles, ferme et constante : nullement elle est inégale dans sa conduite; et plus bizarre que réglée, elle va selon l'humeur qui la domine.

Elle doit savoir connaître le vrai et le faux, dans les faits qu'on lui expose : autrement elle est aveugle dans son application. Ce discernement est un avantage qu'elle lient de la prudence.

Enfin elle doit quelquefois se relâcher : autrement elle est excessive et insupportable dans ses rigueurs; et cet adoucissement de la rigueur de la justice esl l'effet de ia clémence.

La constance l'affermit dans les maximes, la prudence l'éclairé dans les faits ; la clémence lui fait supporter et excuser la faiblesse. La constance la soutient; la prudence l'applique; et la clémence la tempère.

11e Prop. La constance et la fermeté sont nécessaires à la justice, contre l'iniquité qui domine dans le monde. — Le genre humain, dès son origine, était devenu si criminel aux yeux de Dieu, qu'il résolut de le perdre par le déluge : « voyant que la malice des hommes était grande sur la terre, et que toute la pensée du coeur humain était tournée au mal en tout temps. » (Gen. vi, 5.) Voilà cette malheureuse fermeté dans le mal, dès le commencement du monde. Cette pente naturellement invincible du cœur humain vers le mal, fait dire aussi que « le péché est à la porte (Gen. iv, 7) : » c'est-àdire, qu'il ne cesse de nous [tresser à lui ouvrir.

Toutes les eaux du déluge n'ont pu effacer une tache si inhérente au cœur humain. « Parcourez, disait Jérémie (Jerem. v, 1), toutes les rues et toutes les places de Jérusalem : considérez attentivement, et voyez si vous trouverez un homme de bien et de bonne foi. » Par une fausse constance, ils se sont affermis dans le vice : « ils ont endurci leurs visages comme un rocher, et n'ont pas voulu revenir de leurs injustices. » (Ibid., 3.)

« Malheur à moi,» disait Michée (Mich. vu, 1-G), « i'I n'y a plus de saint sur la terre, la droiture ne se trouve plus parmi les hommes ! chacun tend des pièges à son ami, pour en répandre le sang; une chasse cru- 1 e et barbare s'est introduite, où chacun lâ< ;! e de prendre non des bêtes, mais ses amis

(64) Gerson , De just., l. IV.

6°-5 PART. XIII. TilEOL. SOCIALE. — POLITIQUE HUEE DE L'ECRITURE. LIV. VHl.

l'inégalité (Jo sa conduite l'ait que la justice

connue sa proie. Ne croyez plus v.n a : i ; no vuus fiez plus nu magistrat; ne dites point

votre secret h celle qui se repose dans Votre sein. Car le dis outrage son père; ia lille s'élève contre sa mère; le maître a pour

ennemis ceux de sa propre maison. » Toutes les l'amilles sont divisées, el les liaisons du sang n'ont point de lieu.

Si, dans ce désordre des choses humaines, vous croyez trouver un refuge dans la justice publique, vous vous trompez, fille n'a plus de règle ni de fermeté. « Tout ce qu'un grand ose demander, le juge se croit obligé de le lui donner comme une dette. » {Mich. vu, 3.) Le mal est appelé bien; et il ny a plus de loi parmi les hommes.

« Les magistrats (qui devaient soutenir les faibles) sont des lions rugissants qui les dévorent; les juges sont des loups ravissants, qui ne réservent pas jusqu'au matin la proie qu'ils ont prise le soir. » (Soph. m, 3.) Ils contentent sur-le-champ leur appétit insatiable.

C'est ainsi que sont les hommes, naturellement loups les uns aux autres. David s'en était plaint le premier. « Il n'y a plus de juste, » disait-il (Psal. xm, t, 3; Rom. m, 10 seq.), « il n'y a plus de juste sur la terre ; il n'y a plus d'homme intelligent, il n'y en a point qui cherche Dieu : tous se sont éloignés de la droite voie; tous sont inutiles, il n'y a pas un homme de bien, il n'y en a pas môme un seuil »

Contre ce débordement de l'iniquité il n'y a qu'une seule digue, qui est la fermeté de la justice.

IIIe Prop. Si la justice n'est ferme, elle est emportée par ce déluge d'injustice. — Si le devoir du juge est, comme dit V Ecclésiastique ( vu, 6), « d'enfoncer les cabales de l'iniquité , » comme un bataillon réuni ; il faut, pour accomplir ce devoir, que la justice ne soit pas seulement forte, mais encore qu'elle soit invincible et intrépide. Autrement il arrivera ce que disait Isaïe (Isa. lix, lk) : « Le jugement recule en arrière : ia justice (qui voulait entrer, repoussée par un si grand concours d'intérêts contraires) se lient éloignée; » et l'équité ne peut plus forcer de si grands obstacles.

Si le respect que l'on conserve pour le nom de la justice est affaibli, on ne la rend qu'à demi, et seulement pour sauver les apparences. Ainsi, disait le prophète Habacuc (Habac. i, 3, k), « l'injustice a prévalu; l'opposition à la vérité s'est rendue la plus puissante. La loi a été déchirée (on en a pris une partie, et méprisé l'autre); et le jugement n'arrive jamais à sa perfection. » La justice rendue à demi, n'est qu'une injustice colorée, et elle n'en est que plus dangereuse.

« La justice, » disait le Sage (Sap. i, 15), « est immortelle et perpétuelle. » L'égalité est l'esprit de cette vertu. C'est en vain que ce magistrat se vante quelquefois de rendre justice : s'il ne la rend en tout et partout,

n'avoue pas pour sien, môme ce qu'il fait selon les règles ; puisque la règle cesse d'être règle, quand elle n'est pas perpétuelle, et ne marche pas d'un pas égal.

Au milieu de tant de contrariétés, rendre la justice, c'est une espèce de combat, où « si l'on ne marche en face contre l'ennemi, et qu'on ne s'oppose [tas comme une muraille (c'est-à-dire, couinie une digue affermie) pour la maison d'Israël, et pour le peuple de Dieu (Ezcch. xm, 5), » on est vaincu.

Il faut être par une ferme résolution, et par une forte habitude, « comme une place fortifiée (et défendue de tous côtés), comme une colonne de fer, comme une muraille d'airain (Jercm. i, 18) : » autrement on est bientôt forcé.

Le prince doit donc, par sa constance et par sa fermeté, rendre aisé et facile l'exercice de la justice : car les choses difficiles ne sont pas de longue durée.

IV Prop. De la prudence , seconde vertu compagne de la justice. La prudence peut être excitée par les dehors, sur la vérité des faits ; mais elle veut s'en instruire par ellemême. — « Le cri contre Sodome el Gomorrhe s'est augmenté, et leurs crimes se sont multipliés jusqu'à l'excès. Je descendrai, dit le Seigneur, et je verrai si ia clameur qui est élevée contre ces villes est bien fondée, ou s'il en est autrement, atiu que je le sache. » (Gen. xvm, 20, 21.)

Celui qui sait tout , et ne peut être trompé, se rabaisse, disent les saints Pères, jusqu'à s'informer; afin d'instruire les princes, sujets à tant d'ignorances et à tant de surprises, de ce qu'ils ont à faire.

11 leurdonne trois instructions. Premièrement, quand il dit : «Je veux savoir ce qui en est, » il leur montre le désir qu'ils doivent avoir de connaître la vérité des fa ts dont ils doivent juger.

Secondement, en faisant connaître que le cri est venu jusqu'à lui, il leur apprend que leur oreille doit être toujours ouverte, toujours attentive, toujours prête à écouter ce qui se passe.

Enfin en ajoutant : « Je descendrai, et je verrai, » il leur montre qu'après avoir écoule il faut venir à une exacte perquisition, et n'asseoir son jugement que sur uue connaissance certaine.

Les rapports et les bruits communs doivent exciter le prince; mais il ne se doit rendre qu'à la vérité connue (65j.

Ajoutons qu'il ne suffit pas de recevoir ce qui se présente; il faut chercher de soimême, et aller au-devant do la vérité, si nous voulons la découvrir. Nous l'avons déjà vu (66).

Les hommes, et surtout les grands, ne sont pas si heureux que la vérité aille à eux d'elle-même, ni d'un seul endroit, ni qu'elle perce tous les obstacles qui les environnent. Trop de gens ont intérêt qu'ils ne sachent

{65) Ci-dev., 1. v. art. 2, 2" propos.

(Ou) Ibid., 5* propos.

CM I YRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

fi -8

- la vérité i ni enlière; et souvent ceux qoi les environnent, s'épargnent les uns les inities, pour ainsi dire, à la pareille. Sou- \ ni môme <>n craint de leur découvrir des vérités importunes, qu'ils ne veulent pas savoir, Ceui qui sont toujours avec eux se i r lient souvent obligés de les ménager, ou ; ar prudence ou par artifice. Il faul qu'ils descendent de ce liant faite de grandeur, n'eu rien n'approche qu'en tremblant; et i| l'iis <e mèienl en quelque façon parmi le peuple, pour reconnaître les choses de près, el recueillir île ça et de là les traces disper- - S île la vérité.

Saint Ambroise a ramassé tout ceci en peu de mots (67). «■ Quand Dieu dit qu'il descendra, il a parlé ainsi pour votre instruction, afin que vous appreniez à reehercher les choses avec soin. Je descendrai pour voir; c'est-à-dire : Prenez soin de descendre, vous qui êtes dans les hautes places. Descendez, par le soin de vous informer; de peur qu'étant éloigné, vous ne voyiez pas toujours ce qui se [visse. Approchez-vous, pour voir les choses de près. Ceux qui sont placés si haut, ignorent toujours beaucoup de choses. »

V* Prop. De la clémence, troisième vertu : et premièrement, quelle est la joie du genre humain. — v< La sérénité du visage du prince est la vie de ses sujets, et sa clémence est semblable à la pluie du soir (Prov. xvi. 15); » ou si l'on veut, peut-être plus conformément au texte original, à la pbiie « de l'arrière-saison. >■ A la lettre, il faut entendre que la clémence est autant agréable aux hommes, qu'une pluie qui vient sur le soir, ou dans l'automne, tempérer la chaleur du jour, ou celle d'une saison plus brûlante, et humecter la terre que l'ardeur du soleil a desséchée.

Il sera permis d'ajouter que comme le matin désigne la vertu, qui seule peut illuminer Ja vie humaine; le soir nous représente, au contraire, l'étal où nous tombons par nos fautes ; puisque c'est là en effet que Je jour décline, et que la raison cesse d'éclairer. Selon cette explication, la rosée du matin serait la récompense de la vertu; de même que la pluie du soir serait le pardon accordé aux fautes. Et ainsi Salomon nous ferait eniendre que pour réjouir la terre, el pour produire les fruits agréables de la bienveillance publique, le prince doit faire tomber sur le genre humain et l'une et l'autre rosée; en récompensant toujours ceux qui font bien , et pardonnant quelquefois à ceux qui manquent, pourvu que je bien public et la sainte autorité des lois n'y soient point intéressés.

Nous avons vu que David, le modèle des bons rois, promit sa protection à une mère, à qui on voulait ôter son second fils, le reste de Si n espérance el de sa famille, en punition de la morl qu'il avait donnée à son aîné, par un coup plus malheureux que mabu (08). Cesl ainsi que l'équité .empère

souvent la rigueur que la justice demandait (nuire celui qui avait ôté la vie à son frère. David avait compris que la justice doit être exercée avec quelque tempérament ;

qu'elle devient inique cl insupportable, quand elle use i m pitoyablement de tous ses droits; et que la honte, qui modère ses rigueurs extrêmes, est une de ses parties principales.

VI* Prop. La clémence est la gloire d'un règne. — Moïse, que l'Ecriture appelle roi {Exod. xi , 3), et un roi si ahsolu et si rigoureux quand il fallait, est renommé comme « le plus deux de tous les hommes. » (Num. xn, 3. ) Naturellement il eût pardonné : quand i! punissait, ce n'était pas lui, mais la loi qui exerçait la rigueur pour le bien commun.

« Souvenez-vous de David , et de toute sa douceur.» (Psal. cxxxi, 1.) C'est ce que chanta Salomon, son fils, à la dédicace du temple; et il semblait que la clémence de David eût fait oublier toutes ses autres vertus.

Heureux le prince qui peut dire avec Job ( Job xxxi, 18) : « La clémence est crue avec moi dès mon enfance ; et elle est sortie avec moi du ventre de ma mère I»

C'était un beau caractère donné aux rois d'Israël même par leurs ennemis : « Les rois de ,1a maison d'Israël sont cléments » (III Reg. xx, 31.)

VIIe Prop. C'est un grand bonheur de sauver un homme. — «Délivre ceux qu'on mène à la mort, ne cesse point d'arracher ceux que l'on entraîne au tombeau.» (Prov. xxiv,

C'est le plus beau sacrifice que 1 on puisse

offrir au Père de tous les vivants, que de lui sauver un de ses enfants; si ce n'est qu'il soit de ceux dont la vie est la mort des autres, ou par sa cruauté, ou par ses exemples.

VIII' Prop. C'est un motif de clémence que de se souvenir qu'on est mortel. — « Nous mourons tous, » disait à David celle femme sage de Thécué [II Reg. xiv, 13, \\) ; et, « comme les eaux, nous nous écoulons sur la terre, sans espérance de retour : et Dieu ne veut point qu'un homme périsse; mais il repasse en lui-même la pensée de ne perdre pas entièrement celui qui est rejeté. Pourquoi donc ne pensez - vous pas à rappeler un banni et un disgracié ? »

La vie est si malheureuse d'eile-mème, el s'écoule si vite, qu'il ne faut pas , s'il se peut, laisser passer dans l'accablement des jours si briefs. La mortalité nous rend lai blés, et dans celte fragilité on fait aisément des fautes; il faut donc se porter b l'indulgence, el excuser les faiblesses du genre humain.

IXe Prop. Le jour d'une victoire, qui nous rend maîtres de nos ennemis, est un jour propre à la clémence. — Saùl délit les Ammonites; et ses fidèles sujets, qui virent son trône atlërmi par cette victoire, indignés

(67; àaibs., De Abruti., I. x, c. 6, n. il, l. I.

(6S) Ci-Jev., 1. in, ri 5, l"2e propos.

Page 1