‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 105 sur 458 · TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIT. VIII · texte numérisé non relu

TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIT. VIII

excessive facilité eut les suites qu'on s ai assez.

On sait aussi l'indulgence d'Héli, sou-, rain pontife, homme saint d'ailleurs, et h manière étrange dont Dieu le punit. (/ Reg. m, 13; iv, 14 seq.)

Ce sont des fautes dangereuses, dont on voit que les gens de bien, portés naturellement à l'indulgence, ont plus à se garder que les autres hommes.

XIP Prop. Lorsque les crimes se multiplient, la justice doit devenir plus sévère. — C'est ce qui parait dès l'origine du monde, par ces paroles de Lantech, de la race de Cain, à ses deux femmes Ada et Sella (Gen. iv, 23) : « Ecoutez ma voix, femmes de Lantech; prêtez l'oreille à mon discours. J'ai tué un homme pour mon malheur; et un jeune homme dont la blessure me perce moi-même. On prendra sept fois vengeance de Cain, et de Lamech septante fois. »

Les hommes s'accoutument au crime, et l'habitude de lo voir le leur rend moins horrible. Mais il n'en est pas ainsi de la justice. La vengeance s'appesantit sur Lamech, qui, bien éloigné de profiler de la punition de Cain, un de ses ancêtres, et de s'éloigner du crime par cet exemple domestique, semble plutôt avoir pris Cain pour modèle.

La juste sévérité que Dieu fait éclater si visiblement dans les saints Livres, quand les crimes se sont multipliés, et sont parvenus jusqu'à un certain excès, doit être en quelque sorte le modèle de celle des prin-^ ces dans le gouvernement des choses hm* maines.

ARTICLE V

Les obstacles à la justice.

Première Proposition. Premier obstacle; la corruption et les présents. — « N'ayez point d'égard aux personnes ni aux présents, car les présents aveuglent les yeux des sages, et changent les paroles des justes. » (Veut, xvi, 19.)

Moïse ne dit pas, ils aveuglent les yeux des méchants, et ils en changent les paroles. Il dit : Ils aveuglent les yeux des sages, et ils changent la parole des justes. Auparavant, le juge parlait bien : le présent est venu, et ce n'est plus le même homme ; une nouvelle jurisprudence, que son intérêt lui fournit, le fait changer de langage. Ce ne sotit pas toujours les grands présents qui produisent cet effet; les petits, donnés à propos, marquent quelquefois un secret empressement d'amitié, qui incline et gagne le cœur.

Ceux qui sont, par leur dignité, au-dessus de ce genre de corruption, ont d'autres présents à craindre, les louanges et les flatteries. Qu'ils se mettent bien dans l'esprit celte parole du Sage (Eccli. xi, 30) : « Ne louez point l'homme avant sa mort. » Toute louange donnée aux vivants est suspecte. « Aimez la justice, ô vous qui jugez la terre. » (Sap. i, 1.) Ne soyez point le jouet d'un subtil flatteur.

OEUVRES COMPLETES ME BDSSl ET.

Les services rendus à l'Etal sont encore

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leur. Les services demandent une autre

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l>ense. Prince, vous la devez; maisnepayez

l as i aui dépens d'autrui.

H' Pr.or. la prévention : second obstacle. — C'est one espèce de folio qui empêche de raisonner. « Le ton n'écoute pas les parole» . h pm lenl [Prov. stvni, 2), » et ne veutentendre autre chose que ce qu'il a dans son i mur.

L'homme prévenu ne vous écoute pas; il ■ si souri : la place est remplie, et la vérité n'en trouve plus.

Salomon opposait à la prévention cette humble prière: « Donnez à votre serviteur un cœur docile. Et Dieu lui donna un cœur étendu comme le sable de la mer (III Reg. w, 9; iv, 29), » capable de tout.

L'esprit du princedoit être une glace nette el unie, où tout ce qui vient, de quelque rôle que ce soit, est représenté comme il est, M'Ion la vérité. Il est dans un parfait équilibra; il ne se détourne ni à droite ni à gauche. (Deut. v, 32.) C'est pour cela que Dieu l'a mis au faîte des choses humaines ; afin que, libre des attaques qui lui viendront <ie ce qu'il a au-dessous de lui, il ne reçoive des impressions que d'en haut, c'est-à-dire <e la vérité. « Apprenez-moi, Seigneur, la vérité, *et la discipline, et la science. » (Psal. < wui, 66.)

Ji y a deux moyens d'éviter les préventions. L'un est de considérer que nos jugements seront revus par celui qui dit: a Je jugerai les justices. » (Psal. lxxiv, 3.) Entrez dans l'esprit du juge supérieur, et dépouillez-vous de vos préventions.

« L'autre moyen : '< Jugez du prochain par vous-même. » (Eccli. xxxi, 18.) Ainsi sorti de vous-même, vous jugerez purement, et vous ferez comme vous voudriez qu'on vous fit.

IIIe Prop. Autres obstacles: la paresse et la précipitation. — « Ayez les yeux dans votre tête. Soyez attentif: et que vos paupières précèdent vos pas. » (Eccle. n, li; Prov.iv, ) D nnez vous le temps de considérer : ne précipitez pas votre jugement; ne craignez pas la peine de penser. « L homme imi atient ne peut rien faire à propos, cl n'opère que des folies. » (Prov. xiv, 17.)

A la paresse età la précipitation, le prince doit opposer l'attention et la vigilance. Nous avons déjà traité cette matière (69), et il est inutile de la répéter ici.

IV* Prop. La pitié et la rigueur. — N'ayez pitié de personne en jugement, pas même du pauvre. Nous l'avons déjà vu. «Rendez impitoyablement œil pour œil, dent pour dent, plaie pour plaie. » (Exod. xiii 2k.) Tournez votre pitié d'un autre côté. C'est de l'oppressé, et du peuple qui soutire par les hommes injustes el violents, qu'il faut avoir compassion.

D'autres penchent toujours à la rigueur.

Mais vous, prince, ne vous détournez ni à droite ni à gauche. On se détourne vers la gauche, lorsqu'en tendant au relâchement et a la mollesse, on affaiblit la sévérité de la loi.

On ne fait pas mieux en se détournant vers la droite, c esl-à-dire, en poussant trop loin la rigueur des lois.

Le zèle de trouver le tort fait souvent qu'on le donne à qui ne l'a pas. On veut déterrer les auteurs des crimes ; et plutôt que de les laisser impunis, on en charge l'innocent. La justice alors devient une oppres-' sion. Mais le Sage a dit : « Celui qui al>sout l'impie, et celui qui condamne le juste, l'un et l'autre est abominable devant Dieu. » (Prov. xvn, 15.)

Ve Prop. La colère. — La colère est une passion des plus indignes du prince. On doit s'exercer à la vaincre quand on aime la justice, dont elle est l'ennemie. « L'homme patient est préféré au courageux : et celui qui surmonte sa colère vaut mieux que celui qui prend des villes. » (Prov. xvi, 32.)

L'empereur Théodose le Grand avait bien compris cette maxime du Sage. Ce prince tant de fois victorieux, et illustre par ses conquêtes, encore qu'il fût naturellement d'une colère impétueuse, profita si bien des conseils de saint Ambroise, qu'à la lin, comme dit ce Père (70), il se tenait obligé quand on le priait de pardonner : et quand il était ému par un sentiment plus vif de la colère, c'était alors qu'il se porlaitplus facilement à la clémence.

Vlr Prop. Les cabales et la chicane. — « Rompez les liaisons des impies (des hommes injustes) : ne permettez pas qu'on accable l'innocent, et ôtez-Jui cette charge trop pesante à ses épaules. » (Isa. lyiii, 6.)

Soyez en garde contre la protection que trouvent les richesses. N'abandonnez pas le pauvre sous prétexte qu'il n'a personne qui prenne en main sa défense. C'est l'effet du crédit et delà cabale. « Le riche a fait quelque outrage (à un innocent), et il frémit. Il est le premier à se plaindre et à menacer. Le pauvre, au contraire, quoique offensé et outragé, n'osera ouvrir la bouche. » (Eccli. xin, 4.) Veillez donc et pénétrez le fond des choses, vous qui aimez la justice.

Pour les chicanes, il est écrit (Prov. xvn, 19) : « Qui aime les procès, aime sa ruine. » Et la justice les doit réprimer, pour son propre bien, aussi bien que pour celui des autres.

VIIe Prop. Les guerres, et la négligence. — Trop occupé de la guerre, dont l'action est si vive, on ne songe point à la justice. Mais il est écrit de David, au milieu de tant de guerres, et pendant qu'il combattait les Moabiles, les Ammonites, les Syriens, les Philistins, leslduméens, et tant d'autres ennemis : « David faisait jugement et justice à tout son peuple. » (11 Reg. vm, 15.) C'est là régner véritablement, que de faire régner la justice au milieu du tumulte de la guerre,

I ; dcT., !. v, art.

propos.

(70) Amlk., De obitu Tluudo»., Oral. n. 13, t. I.

PART. XIII. TBEOL. SOCIALE. - POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. IX. CM

en aorte qu'elle ne manque à qui que ce soit.

On est soigneux ordinairement de rendre

la justice dans les grands lieux : et on la néglige dans les villages, et dans les lieux déserts. Au contraire Isaïe écrit d'un bon roi, c'est Ezéchias dont il parle : « qu'en son temps le jugement habitait dans la solitude, et que la justice tenait sa séance dans lesgrands lieux [Isa. xxxn, 16),» qu'il appelle le Carme I, selon l'usage de la langue sainte. La justice éclairait jusqu'aux lieux les plus

écartés : les pauvres sentaient son secours, ci l'abondance ne corrompait point ceux qui

la rendaient.

VII T PROP. Il faut régler 1rs procédures de, la justice. — « Vous poursuivrez justement ce "qui est juste. » (Deut. xvi, 20.) Ce n'est pas assez d'avoir bon droit, il faut encore le poursuivre par les bonnes voies, sans fraudes, sans détour, sans violence, sans se bure justice à soi-même; mais en l'attendant de la puissance publique.

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