LES CONSEILS
ARTICLE PREMIER
Le la guerre et de ses justes motifs, généraux et particuliers.
Première Propositiox. Dieu forme les princes guerriers. — C'est ce qui fait dire à David : « Béni soit le Seigneur mon Dieu qui donne de la force à mes bras pour le combat et forme mes mains à la guerre. » (Psal. xvn, 35.)
IIe Prop. Dieu fait un commandement exprès aux Israélites de faire la guerre. — Dieu ordonne à son peuple de faire la guerre à certaines nations.
Telles étaient les nations, dont il est écrit (Deut. vu, 1, 2) : « Vous détruirez devant vous plusieurs nations : le Hétbéen , le Gergéséen, l'Arnorrhéen, leChananéen, le Phéréséen, le Hévéen et le Jébuséen : sept nations plus grandes et plus fortes que vous; mais Dieu les a livrées entre vos mains, afin que vous les exterminiez de dessus la terre. Vous ne ferez jamais de traités avec elles, et vous n'en aurez aucune pitié. »
Et encore : <v Vous ne ferez jamais de paix avec elles : et vous ne leur ferez aucun bien durant tous les jours de votre vie, dans toute l'éternité. » (Deut.\\iu,6.) Voilà une guerre à toute outrance, à feu et a sang, irréconciliable, commandée au peuple de Dieu.
C'est pourquoi Saùl est puni sans miséricorde, et privé de la royauté, pour avoir épargné les Amalécites (/ Reg. xv, 7, 8, 9 seq.), un de ces peuples chananéens maudits de Dieu.
IIIe Prop. Dieu avait promis ces pays à Abraham et à sa postérité. — Ce sont les peuples dont le Seigneuravait promis à Abraham de lui donner le pays , par ces paroles (G en. xin, Vi, 15) : « Lève les yeux, et regarde depuis le lieu où tu es. Je te donnerai toute la lèpre qui est devant loi, au midi et au nord, vers l'orient et vers l'occident, pour être ton héritage éternel etincommutable, et celui de ta postérité. »
Et encore : « Dieu fait un traité d'alliance
avec Abraham, et lui dit (Gen. xv, 18 seq.): «Je donnerai à la postérité toute cette terre depuis le Nil qui arrose l'Egypte , jusqu'au grand fleuve d'Euphrato ; les Cinéens, les Hélhéens, les Amorrhéens, » et les autres qu'on vient de nommer.
IVe Prop. Dieu voulait châtier ces peuple?, et punir leurs impiétés. — C'étaient des nations abominables, et dès le commencement adonnées à toutes sortes d'idolâtrie ^'injustices et d'impiétés; race maudite depuis Cham et Chanaan,à qui la malice avait passé en nature, par ses habitudes corrompues. Comme il est écrit dans la Sagesse (Sap. xn, 3 seq.) : « Seigneur, vous les aviez en horreur, parce que leurs actions étaient odieuses, et leurs sacrifices exécrables. Ces peuples immolaient leurs propres enfants à leurs dieux; ils n'épargnaient ni leurs hôtes ni leurs amis; et vous les avez perdus par la main de nos ancêtres, parce que leur malice était naturelle et incorrigible. »
Tels étaient, dit le Saint-Esprit dans ce divin livre, les anciens habitants de la Terre- Sainte. Et c'est pourquoi Dieu les en chassa par un juste jugement, pour la donner aux Israélites.
Ve Prop. Dieu avait supporté ces peuples avec unelongue patience. — « Les iniquités des Amorrhéens ne sont pas encore accomplies.» dit le Seigneur à Abraham. (Gen. xv, 16.)
Quelque volonté qu'il eût de donner à un serviteur si fidèle et si chéri, l'héritage qu'il avait promis à sa foi ; il en suspend la donation actuelle, par un conseil de miséricorde.
.Mais encore combien durera ce délai? « Quatre cents ;ms, » dit-il (Jbid., 13); pendant lesquels il exerce la patience de son peuple, et attend ses ennemis à la pénitence. En attendant, dit-il, « tes enfants seront affligée quatrecentsans. » Tant il ade peine à déposséder de leur terre des peuples méchants et maudits.
Arbitre de l'univers! qui vous obligeait" à tant de ménagements, vous qui ne craignes personne? comme il est marqué dans le livre
OKl'VliF.S COMPLETES DE BOSSUET.
de la Sagesse. (Sap. xu, 13- 16.) « Et qu'avait-
• ■il a vous dire, quand roua eussiez lait périr une dos Dations que vous avez (ailes? Mais
C esl que TOUS voulez montrer que vuii^ faites
tout avec juslicea et que plus vous Êtes puissant, i lus tous aimez à pardonner, »
\ I* Pnor. Ihcu ne nul pus (jurl'ou dépossède les anciens habitante des terres, ri que i m e mpte pour rie» les nuisons du sang. — Quoique maître absolu do toute la terre pour la donner a. qui il lui plaît, Dieu ne se sert pas de ce droit et de ce domaine souverain , pour déposséder de leur pays les peuples qui eu avaient la jouissance paisible; et il ne les en dépouille, pour ledonnerà son peuple, que par un juste châtiment de leurs crimes.
C'est par celle raison qu'il donne cet ordre exprès aux Israélites (Deut. n, h, 5, 6; Il Pur. w, 10) : « Vous passerez par les contins de vos i'rères, les enfants d'Esaù, qui occupent le mont de Séir, et qui seront effrayés de votre passade. Mais prenez garde soigneusement de ne faire aucun mouvement contre eux. Car je ne vous donnerai aucune parcelle de cette montagne que j'ai donnée en possession aux enfants d'Esaù; pas môme autant qu'en pourrait couvrir le pas d'un homme. » Vous garderez avec eux toutes les lois du commerce et de la société. « Vous achèterez leurs vivres argent comptant, et leur payerez jusqu'à l'eau que vous puiserez dans leurs pu ils, et que vous boirez (dans un pays où ( Ile est si rare). Vous ne passerez point sur leurs terres, mais vous prendrez un chemin détourné, »de peur d'avoir occasion de queje le avec eux.
« Usez-en de même avec les Moabites et les Ammonites,» desci ndants de Lot, cousin d'Abraham, et comme lui sorti de ïharé, leur père commun. « Ne combattez point contre eux; car je ne vous donnerai aucune partie de leur terre, parce que je l'ai donnée aux enfants de Lot. >- [Deut. n, 9,19.)
Les anciens habitants de ces terres, que Dieu avait données aux enfants d'Esaù et à ceux de Lot, sont appelés des géants, et d'autres noms odieux (Ibid., 10, 11, 12, 19seq.), qui, dans le style de l'Ecriture , signifient oes hommes robustes et de grande taille, mais sanguinaires, injustes, violents, oppresseurs et ravisseurs. Et l'Ecriture le marque, pour montrer que Dieu les avait livrés à une juste vengeance, quand il les chassa de leurs Unes; encore que ce ne fût pas avec un commandement aussi exprès, et une providence particulière, qui la lit paraître à son peuple dans la conquête de la Terre-Sainte.
En un mot, Dieu veut que l'on regarde Jes terres comme données par lui-même à ceux qui les ont premièrement occupées ; et qui en sont demeurés en possession tranquille et immémoriale; sans qu'il soit permis de les troubler dans leur jouissance, ni d'inquiéter le repos du genre humain.
Dieu veut aussi que l'on conserve le souvenir de. la parenté, et des origines communes, si éloignées qu'elles soient.
Ainsi, quelque éloignes que fussent les Israélites de Lot Ptd'E.-aù.el même sans con-
sidérer qu'Esaù avait été un mauvais frère, il veut toujours qu'on se souvienne de pères communs, el qu'Esaù, comme Jacob, venait d'Isaac; parce qu'il est le père et le protecteur de la société humaine, et qu'il veut faire respecter aux hommes toutes les liaisons du sang, pour rendre, autant qu'il se peut, la guerre odieuse par toute sorte de litres.
VIIe Pnor-. // y a d'autres justes motifs de faire, la guerre, les actes d'hostilités injustes, le refus de passage demandé à des conditions équitables, le droit des gens violé en la personne des ambassadeurs. — Outre le motif du commandement exprès de Dieu comme juste juge, qui ne paraît qu'une fois dans l'Ecriture, en voici encore d'autres :
Quatre rois conjurés entrèrent dans le pays du roi de Sodome, du roi de Uomorrbe, et de trois autres rois voisins. (Gen. xiv, 1 seq.) Les agresseurs furent victorieux , et se reliraient chargés de butin, et emmenant leurs captifs, parmi lesquels était Lot, neveu d'Abraham, qui demeurait dans Sodome. Mais Dieu lui avait préparé un libérateur. Son oncle Abraham poursuivit ces ravisseurs, les tailla en pièces, ramena Lot, les femmes captivesavecun peupleinnombrableet tout le butin. Dieu agréa sa victoire, et le fit bénir par son grand pontife, le célèbre Melchisédech, la plus excellente figure de Jésus-Christ.
Og, roi dcBasan, vint aussi à main armée à la rencontre des Israélites, pour les attaquer; et ils le taillèrent en pièces, comme un agresseur injuste, et lui prirent soixante villes, malgré la hauteur de leurs murailles et de leurs tours. (Deut. tu, 1 seq.)
Aussi ne doit-on pas épargner les agresseurs injustes : et pour le refus du passage, le traitement rigoureux, mais juste, qu'on lit à Séhon , roi d'Hésébon, est un exemple bien remarquable.
« Les Israélites envoyèrent des ambassadeurs à Séhon, roi d'Hésébon (Deut. u, 20, 27, 28) (pour lui faire cette paisible légation) : Nous passerons par votre terre, mais nous ne prendrons aucun détour suspect, ni à droite ni à gauche: nous marcherons dans le grand chemin. Arendez-nous nos aliments, et jusqu'à l'eau que nous boirons, nous ne vous demandons que le seul passage. »
Pour le rassurer davantage, on lui propose l'exemple de la conduite qu'on avait tenue avec les autres peuples (Jbid., 29, 30) : « C'est ainsi qu'en ont usé les enfants d'Esaù et des Ammonites. Nous ne voulons point arrêter; et nous ne voulons que venir jusqu'au Jourdain, à la terre que notre Dieu nous n donnée. »
Le grand chemin est du droit des gens, pourvu qu'on n'entreprenne pas le passage par la force, et qu'on le demande à condition équitable. Ainsi on déclara justement la guerre à Séhon, dont Dieu endurcit le cœur, pour ensuite lui refuser tout pardon; et il fut mis sous ie joug.
Voilà donc deux justes motifs de faire la guerre: l'injuste refus du passage demandé a des conditions équitables, et l'hostilité manifeste qui vous rend agresseur injuste.