PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. —POLIT QUE TIREE DE L'ECRITURE. LIY. IX
Il faut rapporter à ce dernier motif ce qu'a fait le (toupie de Dieu pour s'affranchir «l'un joug injustement imposé, pour venger sa liberté opprimée, et pour défendre sa religion par l'ordre exprès do Dieu. El tel a été Je motif des guerres dos Mao lui bées ; ainsi qu'il a été rapporté ailleurs (71).
Enfin celui du droit dos gens violé en la personne des ambassadeurs, est un des plus importants.
« Naas, roi des Ammonites, étant mort, et son fils étant monté sur le trône, David dit : Je montrerai de l'amitié a Hanon, comme son père m'en a fait paraître. » (// Reg. x, 1 seq.) Les Ammonites, qui connaissaient peu le cœur généreux et reconnaissant de David, persuadèrent a leur roi que ses ambassadeurs étaient des espions, qui venaient reconnaître le faible delà place et exciter les peuples à la rébellion. Ainsi il leur (it un traitement indigne ; et sentant combien ils avaient offensé David, ils se liguèrent contre lui avec les rois voisins. Mais David envoya contre eux Joab avec une armée, et marcha lui-môme en personne, pour achever cette guerre qui lui fut heureuse.
C'est à quoi se réduisent les motifs de la guerre, qu'on nomme étrangère , qui sont marqués dans l'Ecriture.
ARTICLE II
Des injustes motifs de la guerre.
Première Proposition. Premier motif: les conquêtes ambitieuses. — Ce motif paraît bientôt après le déluge en la personne de Nemrod, homme farouche, qui devint, par son humeur violente, le premier des conquérants. (Gen. x, 8-11.) Mais il est expressément marqué, qu'il était des enfants de Chus, fils de Cham, le seul des enfants de Noé qui ait mérité d'être maudit par son père.
Le litre de conquérant prend naissance dans cette famille; et l'Ecriture exprime cet événement, en disant « qu'il fut le premier puissant sur la terre; » c'est-à-dire qu'il fut le premier que l'amour de la puissance porta à envahir les pays voisins.
IV Prop. Ceux qui aiment la guerre, et la font pour contenter leur ambition, sont déclarés ennemis de Dieu. — «Je redemanderai votre sang de la main de loutes les bêtes et de celles de tous les hommes qui auront répandu le sang humain , qui est celui de leurs frères. Qui répandra le sang humain, son sang sera répandu; parce que l'homme est fait à l'image de Dieu. » (Gen. ix, 5, 6. j
Dieu a tant d'horreur des meurtres et de li cruelle effusion du sang humain , qu'il veut en quelque façon qu'on regarde comme coupables jusqu'aux bêtes qui le versent. Il semblerait, à entendre ces paroles, que Dieu voudrait obliger les animaux farouches à respecter l'ancien caractère de domination qui nous avait été donné sur eux, quoique presque effacé par le péché. Le violement en
est réputé aux bêles comme un attentat; et c'est une espèce de punition où il les assujettit, de les rendre si odieuses, qu'on ne
cherche qu'à les prendre et à les faire mourir.
La raison de cotte défense est admirable :
« C'est, » dit-il, « que l'homme est fait à l'imago de Dieu. » Cette belle ressemblance ne peut trop paraître sur la terre. Au Mou do la diminuer par les meurtres, Dieu veut au contraire que les hommes se multiplient : « Croissez, » leur dit-il (Gen. ix,7). « et remplissez la terre. »
Que si ravir à un seul homme le présent divin de la vie, c'est attenter contre Dieu , qui a mis sur l'homme l'empreinte de son visage, combien plus sont détestables à ses yeux ceux qui sacrifient tait de millions d'hommes et tant d'enfants innocents à leur ambition I
IIP Prop. Caractère des conquérants ambitieux, tracé par le Saint- Esprit. — Après que Nabuchodonosor, roi de Ninive eld'Assyrie, eut défait et subjugué Arptiaxade, roi des Mèdes (Judith i, 5 seq.) , « son empire fut élevé, el son cœur s'enfla : et il envoya à tous les peuples qui habitaient dans la Cilicie, à Damas, vers le Liban et le Carmel , aux Arabes, ans Galiléens, dans les vastes phines d'Ksdrélon, aux Samaritains, et aux environs du Jourdain, et à toute la terre de Jessé jusqu'aux limites de l'Ethiopie. Il dépêcha ses envoyés à tous ces peuples pour les obliger de "se soumettre à sa puissance. Mais ces nations (jaiousos de leur liberté) renvoyèrent ses ambassadeurs les mains vides, et sans leur rendre aucun honneur. Alors le roi d'Assyrie entra en indignation, et jura qu'il se défendrait contre tous ces peuples, » ou plutôt qu'il se vengerait de leur résistance.
Voilà le premier trait d'un conquérant injuste. Il n'a pas plutôt subjugué un ennemi puissant qu'il croit que tout est à lui ; il n'y a peuple qu'il n'oppresse; el si on refuse le joug, son orgueil s'irrite. Une parle point d'atiaquer, il croit avoir sur tous un droit légitime. Parce qu'il est le plus fort, il ne se regarde pas comme agresseur ; et il appelle défense , le dessein d'envahir* les terres des peuples libres. Comme si c'était une rébellion de conserver sa liberté contre son ambition, il ne parle plus que de vengeance; et les guerres qu'il entreprend ne lui paraissent qu'une juste punition des rebelles.
11 passe outre: et non content d'envahir tant de pavs qui ne relèvent de lui p r aucun endroit, il croit ne rien entreprendre digne de sa grandeur, s'il ne se rend maître de tout l'univers. C'est la suite du caractère de cet injuste conquérant. « La parole fut répandue "dans le palais du roi d'Assyrie, qu'il se défendrait et se vengerait. El appelant ses vieux conseillers, ses capitaines et ses guerriers, il leur déclara, dans une assemblée tenue exprès on particulier avec
(7!) Ci-Jev., 1. v:, art. 3, 2' prop.
u;i VHLS COMPLETES DE BOSSUET.
e ii, que m volonté était Je soumettre a son empira toute la terre habitable. » [Judith u,
Ce n était poinl un conseil qu il demandait à ce te grau le assemblée : H n'a pour conseil que son orgueil indomptable ; el sans consulter davanla^e( pour en venirà l'exéculion , ■ il donne ses ordres à Holopberne, ef général rie sa milice (grand homme de u :: : et, dit-il , ne pardonne à aucun aume, ni à aucune plai e feirte : que vos \t-u\ pe soient touchés d'aucune pitié, et que tout Ûéchisse sous ma loi. » (ibid. , i-ti.)
cond trait de cet orgueilleux cara 1ère. Co superbe roi n'a pas besoin de conseil ; l'assemblée de ses conseillers n'est qu'une cérémi nie, pour déclarer d'une manière plus solennelle ce qui est déjà résolu, il pour mettre tout en mouvement.
Mais voici un dernier trait. C'était de ne respecter ni connaître ni Dieu ni homme, et de n'épargner aucun temple, pas môme celui du vrai Dieu, qu'il eût voulu mettre en cendres avec tous les autres, au milieu de Jérusalem, Car « il avait commandé à Holopherne d'exterminer tous les dieux, afin quMl n'y eût de dieu (pie le seul Nabucho- (i ■ nosor, dans toutes les terres que ses armes auraient subjuguées. » (Judith m, 13.)
Cela se fait de deux manières: ouens'attribuant ouvertement les honneurs divins, ainsi qu'il est arrivé presqu'à tous les conquérants du paganisme; ou par les effels, lorsqu'avec un orgueil outré, sans songer qu'il 3 lit un Dieu, on se rapporte ses victoires à s ù-môme, à sa force et à ses conseils, et que l'on semble dire en son cœur: « Je suis un dieu, >» et je me suis fait moi-même, comme il est écrit dans le prophète. [Ezech. xxvm , 2, 9.)
Ou, pour répéter les pa mies d'un autre Nabucho ionosor (Dan. iv, 27) : «N'est-ce pas là cette grande Babylone que j'ai bâtie dans la force de ma puissance, et dans l'éclat de ma gloire, pour être le siège de mon empire ?» Sans songer qu'il y a un Dieu, à qui on doit lo i t.
Tel est le caractère des conquérants ambitieux, qui, enivrés du succès de leurs armes victorieuses, se disent les maîtres du monde, et que leur bras est leur dieu.
IV' Prop. Lorsque Dieu semble accorder tout à de tels conquérants, il leur prépare un châtiment rigoureux. — « J'ai donné toutes les terres et toutes les mers à Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur (Jer. 5-xvii, G), » et ministre de mes justes vengeances. Ce n'est pas à dire qu'il les ait données afin qu'il en fût le légitime possesseur : c'est-à-direque, par un ser.reljugemenl, il les a abandonnées à son ambition, pour les occuper et les envahir. Bien n'échappera de ses mains : « el jusqu'aux oiseaux du ciel (c'est-à-dire ce qu'il y a de plus libre), y tombera. » (Dan. n, 38.)
'\ oilà en apparence une faveur bien déela-
ree : mais le retour est terrible « I.e marteau qui a brisé les nations de l'univers, e t brisé lui-même. (Jerem. l, 23.) Le S igneur a rompu la verge, dont il a frappé le reste du moule d'une plaie irrémédiable. (Isa. \iv , 5,6.) Je tombe sur toi, ô superbe I dit le Seigneur des armées : ton jour est venu, et le temps où tu sera? visité (par la justice divine). Dieu renversera Babylone, comme il a fait Sodome et Gomorrhe, et ne lui laissera aucune ressource. (Jerem. l, 31, 4-0.) Il n'y a plus de remède à ses maux ; son jugement est monté jusqu'aux cieux, et a percé ! s nues. » ( Ibid. 9.)
Y* Prop. Second injuste motif de la guerre: le pillage. — Ainsi s'armèrent les quatre mis dont on vient de parler (72): et ils enlevèrent le riche butin, et les captifs qu'Abraham délivra.
Si l'on souffre de telles guerres, il n'y aura plus de royaume ni de province tranquille. C'est pourquoi Dieu oppose à ces ravisseurs la magnanimité d'Abraham, qui ne se réserve rien du butinqu'ilavailreconquis que ce qui appartenait à ses alliés, compagnons de son entreprise. Et au surplus , il ne veut pas que personne se pût vanter sur la terre « d'avoir enrichi Abraham. » (G en. xiv, 23, 2fr.j
Souvent aussi Dieu livre ceux qui pillent à d'autres pillards. Ecoutez Isaïe ( Isa. xxxin, 1) : « Malheur à vous qui pillez ! ne serez-vous pas pillés vous-mêmes? Et vous qui méprisez (toutes les lois de la justice, et croyez pouvoir tout voler impunément), ne serez-vous pas méprisés par quelque autre plus puissant que vous ? Oui , quand vous aurez cessé de piller, on vous pillera. Et quand las de combattre, vous cesserez de mépriser vos ennemis (au milieu 'les périls d'une guerre injuste), vous tomberez dans le mépris. »
Vie Prop. Troisième injuste motif: la jalousie.— « Isaac s'enrichit, et sa puissance allait toujours croissant, jusqu'à ce qu'il devint très-grand : et alors les Philistins lui portant envie, exercent contre lui des hostilités et des violences injustes. Et le roi du pays lui fit dire : Ketirez-vous, parce que \ous êtes devenu beaucoup plus puissant que nous. » (Gen. xxvi, 12seq.)
Quoique cette raison de lui nuire fût basse et injuste, il céda pour le bien de la paix, se retirant dans le voisinage : et J'affaire se termina par un traité de paix solennel, où ses ennemis reconnurent le tort qu'ils avaient, et le bon droit d'Isaac.
VIIe Prop. Quatrième injuste motif : la gloire des armes, et la douceur de la victoire. Premier exemple. — Il n'y a rien de plus flalteur que celte gloire militaire : elle décide souvent d'un seul coup des choses humaines, et semble avoir une espèce de toute-puissance, en forçant les événements; et c'est pourquoi elle tenle si fort les rois de la terre. Mais on va voir combien elle est vaine.
(72) Gcn. xiv, 9,ii> 12; ci d:vjot,art i,"p propos.
701 PAfiT. Xlll. THEOL SOCIALE.— POLITIQUE TIREE DE L'EQRlTWtS. LIV. IX.
Amasias, roi ilo Juda, avait remporté des victoires signalées contre l'Idumée, et en ,-ivait pris les forteresses les plus renommées. Enflé de ce sucrés, < il envoya dos ambassadeurs à Joas, roi d'Israël , pour lui dire (IV lïeg. xiv, 7 scq.) : Venez, et voyons - nous ("à main armée; éprouvons nos forces). Joas (plus modéré) lui lit répondre : Vous avez prévalu contre les enfanls d'Edom , et votre cœur s'est enflé : c nlentez-vous de cette gloire, et demeurez en repos. Pourquoi voulez-vous vous attirer h ii grand mal , et tomber vous et votre peuple sous ma main? Amasias n'acquiesça pas à ce sage conseil. Le roi d'Israël marcha : ils se virent, comme Amasias l'avait proposé, à Bethsamès, ville de Juda. Ceux de
niére plus déterminée et plu.? hardie. On a même sujet de présumer qu'on a Dieu pour soi; parce qu'on y a la justioe, dont il est le protecteur naturel. On perd cet avantage, quand on fait la gin rre sans nécessité, et de gaieté de cœur: de sorte (pie, qm-l que puisse être l'événement , selon les terribles et profonds jugements de Dieu, qui distribue la victoire par des ordres et par des ressorts Irès-cacnés; lorsqu'on ne met pas la justice de son côté, on peu t dire, par cet endroit- la, que l'on combat toujours avec des forces inégales.
C'est déjà môme un effet de la vengeance de Dieu, d'être livré à l'esprit de la guerre. Et il est écrit d'Amasias, d.ms l'occasion que nous venons de voir, que ce prince ne
Juda furent battus, et prirent la fuite : Joas voulut pas écouter les sages conseils du roi
prit Amasias et le remena à Jérusalem, et d'Israël, qui le détournait d'une guerre in-
Iit démolir quatre cents coudées de murailles justement entreprise : « parce que c'était la
de cette ville royale; et en enleva l'or et volonté du Seigneur qu'il fût livré aux
tout l'argent qui s'y trouva, et tous les vais- mains de ses ennemis, à cause des dieux
seaux de la maison du Seigneur (de celle d'Idumée qu'il avait servis. » (// Par. xxv,
d'Obédédom, où l'arche avait reposé du 20.)
temps de David) et du palais; et prit des otages, et retourna à Samarie. » Tel fut le fruit de la querelle que fit Amasias à Joas, sans autre sujet que celui d'une vaine gloire, et de faire paraître ses forces et le courage des siens.
Xe Pbop. On a sujet d'espérer quon met Dieu de son côté, quand on y met la justice. — « Seigneur, » disait Josaphat (11 Par. xx, 10 seq. ) , « les enfants d'Animon et de Moab, et les habitants de la montagne de Séir, ont été épargnés par nos ancêtres,
VIIIe Prop. Second exemple du même motif, lorsqu'ils sortaient de l'Egypte: et ils s<
qui fait voir combien la tentation en est dan- sont détournés à côté, pour ne passer point
gercuse. — '< Néchao, roi d'Egypte, marcha sur ces terres, et n'avoir pas occasion do
en bataille contre les Charcamites le long combattre ces peuples. Et eux, au contraire,
de l'Euphrale : et Josias alla à sa rencontre, ils assemblent une armôe immense pour
(// Par. xxxv, 20 seq.) Mais Néchao lui n us chasser de la terre que vous nous avez
envoya des ambassadeurs pour lui dire: donnée. Vous donc, notre Dieu, ne les ju-
Ou'ai-je à démêler avec vous, roi de Juda? ger< z-vous pas, puisque nous n'avons point
Ce n'est pas à vous que j'en veux : j'attaque assez de force pour nous opposer a cette
un autre pays, où Dieu m'a commandé de prodigieuse multitude qui tombe sur nous?
marcher en diligence : ne combattez plus Nous ne savons que faire pour leur résister,
contre Dii u qui est avec moi , de peur que et il ne nous reste que de lever les yeux
je ne vous fasse périr. Josias ne voulut point vers vous. »
s'en retourner; mais il se mit en état de Ainsi pria Josaphat : et il reçut dans le
faire la guerre, et ne voulut point écouter moment des assurances de la protection de
Néchao. qui lui parlait de la part de Dieu. Dieu.
Il s'avança donc pour combattre dans la XIe Prop. Les plus forts sont assez souvent
plaine de Mageddo. Blessé par les archers, les plus circonspects à prendre les armes. —
il dit à ses serviteurs : Retirez-vous du On en a vu les exemples dans les guéries
combat, car je suis blessé. On l'enleva de d'Amasias et de Josias. J'en ajouterai encore
son chariot pour le transporter dans un au- un dans un fait particulier. tre qui le suivait, selon la coutume des rois, Dans une déroute des enfants d'Israël du
ot on le ramena à Jérusalem, où il mourut parti dTsboseth, conduit par Abncr contre
pleuré de tout le peuple, et principalement David (// Reg. u, 17 seq.), « Asaël , un
de Jérémie, dont les lamentations se chan- des frères de Joab, qui se fiait e î la légèreté
tent encore aujourd'hui par tout Israël. » de ses pieds plus vites que ceux des ehe-
Si un si bon roi se laisse tenter par le vreuils habitant les forêts, poursuivait Abner
désir de la victoire, ou en tout cas par celui sans se détourner à droite ni à gauche, et
de faire la guerre sans raison, que ne doit- allant toujours sur ses pas. Abner regarda
on pas craindre pour les autres? un moment derrière, et iui dit : Etes vous
IXe Prop. On combat toujours avec une Asaël ? Oui , répondit-il. Abner poursuivit :
sorte de désavantage, quand on fait la guerre Retirez-vous d'un côté ou d'un autre, et
sans sujet. — On peut remarquer, sur ces attachez-vous à qui vous voudrez parmi la
deux exemples, que c'est un désavantage de jeunesse fugitive, pour en avoir la dépouille.
faire la guerre sans raison. Asaël ne cessa point de le presser; et Abner
Une bonne cause ajoute aux autres avan- répéta encore : Retirez-vous, je vous prie,
tages de la guerre le courage et la confiance, et cessez de me poursuivre; autrement je
L'indignation contre l'injustice augmente serai contraint de vous percer, et de vous
la force, et fait que l'on combat d'une ma- laisser attaché à la terre : ci comment pour-
rni-je «près col.» lever les yeux deranl votre frère loabl Asaëî méprisa ce discours; el \ i n »r le frappa dans l'aine, et le perça d'outre en outre. Il mourut sur-le-champ de - blessure : el tous les passants s'arrêtaient pour voir As.ii'l couché par terre. »
On ne pouvait garder plus de mo lération, dans sa supériorité, que le faisa t Abncr, un
- vaillants hommes de son temps, ni ménager davantage Joab el Asaël.
Xi!" Prop. Sanglante dérision des conquérants )>nr le prophète haie. — «Comment êtes-TOUS tombé, bel astre qui luisiez au .■ iel comme l'étoile du matin ? vous qui frappiei les nations, et disiez eu voire cœur : Je monterai jusqu'au ciel; je m'élèverai audessus des astres; je prendrai séance sur la raonlagne.dn temple où Dieu a fixé sa demeure" à coté du nord; je volerai au-dessus i\es nu s, et je serai semblable au Très- Haut. .Mais je vous vois plongé dans les enfers , dans l'abîme profond du tombeau.
Ceux qui vous verront, se baisseront pour vous considérer dans le creux, et diront en vous regardant : N'est-ce pas là celui qui troublait la terre, qui ébranlait les royaumes, qui a fait du monde un désert, qui en a désolé les villes et renfermé ses captifs dans des cachots. Les rois des gentils sont morts dans h gloire, et enterrés dans leurs sépulcres : mais vous, ou vous en a arraché, et vous êtes resté sur la terre, comme une branche inutile et impure, sans laisser de postérité. » (Isa. xiv, 12seq.)
Et un peu devant (Ibid., G. seq) : « Quand vous êtes tombé à terre, tout l'univers est demeuré dans l'élonnement et dans le silence : les pins mêmes se sont réjouis, et ont dit que depuis votre mort personne ne ne les coupe plus (pour en construire des vaisseaux, et en faire des machines de guerre). L'enfer a été troublé par votre arrivée, et a envoyé au-devant de vous les géants. Les rois de la terre se sont élevés , et tous les princes des nations; et tous vous • lisent : Quoi donc, vous avez été blessé comme nous? vous êtes devenu semblable à nous? Votre orgueil est précipité dans les enfers, votre cadavre est gisant dans le tombeau ; vous êtes couché sur la pourriture, el votre couverture sont les vers 1 »
XlIP Prop. Deux paroles du Fils de Dieu qui anéantissent la fausse gloire, et éteignent l'amour des conquêtes. — Il n'y a rien audessus de ces expressions, que la simplicité de ces deux paroles du Fils de Dieu {Mat th. vvi, 2G) : « Que sert à l'homme de conquérir le monde, s'il perd son âme? Et qu'est-ce qu'on donnera en échange pour son âme? »
Et encore , pour foudroyer d'un seul mot la fausse gloire : « Ils ont reçu leur récompense. » (Matth. vi, 2, 5.) Ils ont prié dans les coins des rues ; ils ont jeûné ; ils ont fait l'aumône. » Ajoutons : il ont exercé ces grandes vertus militaires, si laborieuses et si éclatantes, pour faire parler les hommes. « Eu vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur
récompense. » Ils ont voulu qu'on parlât d'eux : ils sont contents; on en parle par tout l'univers, ils jouissent de ce bruit confus dont ils étaient enivrés : et vains qu'ils étaient , ils ont reçu une récompense aussi vaine que leurs projets : Receperunl mercedem sumn , rani vanum , comme dit saint Augustin (73),
Que de sueurs , que de travaux, disait Alexandre (ma s (pie de sang répandu), pour faire parler les Athéniens ! Il sentait la vanité de cette frivole récompense ; et en même temps il se repaissait de cette fumée.
ARTICLE III
Des guerres entre les citoyens, avec leurs motifs, et des règles qu'on y doit suivre.
Première Proposition. Premier exemple :
On résout la guerre entre les tribus par un faux soupçon; et en s' expliquant on fait la paix. — Ceux de la tribu de Ruben et do Cad, et la moitié de la tribu de Manassé, étaient séparés de leurs frères par le Jourdain ; et ils érigèrent sur les bords de ce fleuve un autel d'une grandeur immense.
Le reste des enfants d'Israël, ayant appris qu'oi érigeait contre eux cet autel dans la terre de Chanaan, s'assemblèrenL tous en Silo pour combattre contre eux ; et en attendant envoyèrent un député de chaque tribu, avec Phinéès, fils d'Eléazar, souverain sacrificateur. Comme ils furent arrivés dans la terre de Gaiaad, où ils trouvèrent les Rubénistes, et les autres qui élevaient cet autel, ils leur parlèrent ainsi (Josue xxn, 10 seq.) : « Quelle est cette transgression de la loi de Dieu ? Pourquoi abandonnez-vous le Dieu d'Israël et bâtissez-vous un autel sacrilège pour vous éloigner de son culte? Que si vous croyez que la terre que vous habitez est immonde (faute d'être sanctifiée par un autel), venez plutôt avec nous dans la terre où est établi le tabernacle du Seigneur, et y demeurez. Nous vous prions seulement de ne pas délaisser le Seigneur ni notre société, en établissant un autre autel que celui du Seigneur notre Dieu; et de ne point attirer sur nous tous sa juste vengeance, comme ht Achab par son blasphème.
«Ceux de Ruben et les autres répondirent à ce discours : Le Seigneur, le très-puissant Dieu sait, et tout Israël en sera témoin, que nous n'élevons cet autel que pour être un mémorial éternel du droit que nous avons nous et nos enfants sur les holocaustes ; de peur qu'un jour vous ne leur disiez : Vous n'avez point de part au culte de Dieu. Phinéès, qui était le chef de la légation, ayant ouï cette réponse prononcée par les Rubénistes et les autres, avec exécration du sacrilège qu'on leur imputait, en fit rapport à tout le peuple qui en fut content, et le nouvel autel lut appelé : Témoignage que le Seigneur éia't Dieu. »
On voit là que les tribus allaient armer
(79; In ptal. cxviii, scriur. 12, n 2. t. IV.
•or;
PA41T. XIII. TKEOL. SOCIALE. - rouiiyiE TIREE UE L'ECRIT! RE. L1V. IX.
rue
contre leurs frères, qu'ils estimaient prévaricateurs; niais que, sans rien précipiter,
on en vint a un entier éclaircissement , comme la prudence et la charité le voulaient ; et la paix fut faite.
11e Prop. Second exemple : Le peuple arme pour la juste ounition d'un crime, faute d'en livrer les aut Airs. — Un lévite faisant son chemin, loge 1 en passant dans la ville de Gabaa, qui appartenait à ceux de Benjamin : il en fut indignement traité,' lui el sa femme, qui mourut entre leurs bras impudiques.
(Judic. xix, 1 seq.) Le lévite, pour exciter la vengeance publique, en partagea le corps mort en douze morceaux, qu'il dispersa dans tous les confins d'Israël. A ce spectacle, chacun s'écriait (Ibid., 30) : < On n'a jamais vu une telle chose en Israël. Assemblez-vous, dit-on aux tribus, et ordonnez en commun ce qu'il faut faire. »
Les tribus étant assemblées, il fut ordonné qu'avant toutes choses on demanderait les coupables. (Judic. xx, 1 seq.) Mais, au lieu de les livrer, ceux de Benjamin en entreprirent la défense, et se jetèrent dans Gabaa, au nombre de ving-cinq mille combattants, tous gens de main et de courage, et trèsinstruits dans l'art de la guerre. Cependant les tribus entreprirent une guerre si difficile; et après divers combats avec un événement douteux, la tribu de Benjamin fut exterminée , à la réserve de six cents hommes, qui avaient échappé à tant de sanglantes batailles.
Outre la difficulté de celle guerre, il y avait encore à considérer l'extinction d'une tribu dans Israël. C'est de quoi toutes les tribus étaient affligées : « Quoi donc, disaiton (Judic. xxi, 3, G, 7 seq.), il périra une des tribus, une des sources d'Israël? «Mais la justice l'emporta : et tout ce qu'obtint le regret d'une perte considérable, fut d'aider celte misérable tribu, autant qu'on pouvait, à se rétablir par le mariage.
IIIe Prop. Troisième exemple. On procédait par les armes à la punition de ceux qui ne venaient pas à l'armée, étant mandés par ordre public. — C'est ce qui parait dans la même guerre, où l'on introduisit une accusation en demandant : « Qui sont ceux qui ne se sont pas rendus à l'assemblée générale? On trouva que ceux de Jabès-Galaad y avaient manqué : et on choisit dix mille des meilleurs soldats pour les passer au til de l'épée.ji (lbid., 8-10.)
Gédéon avait puni à peu près de même ceux de Soccoth, qui, par un esprit de révolte, refusèrent des vivres à l'armée qui marchait à l'ennemi. 11 prit la tour de Phanuel, où ils mettaient leur espérance; il la démolit, et en fit mourir ies habitants. (Judic. Vin, 5 seq.)
C'est ainsi qu'on ôte aux rebelles et aux mutins les forteresses dont ils abusent; et on laisse un exemple à la postérité du châtiment qu'on en fait.
On voit clairement, par ces exemples, que la puissance publique doit être armée,
afin que la force demeure toujours au souverain.
IV Piiop. Quatrième exemple. La guerre entre David cl lsboseth, fils de Saùl. — Tout Je royaume de Saùl, après la mort de ce prince, appartenait à David. Dieu en était non-seulement le maître absolu, p r son domaine souverain et universel, mais encore le propriétaire, par ses titres particuliers sur la famille d'Abraham, et sur tout le peuple d'Israël. Dieu donc avant donné ce royaume entier a David, qu'il avait lait sacrer par Samuel, et à sa famille, on ne peut douter de son droit : et néanmoins Dieu voulait qu'il conquît ce royaume qui lui appartenait à si juste titre.
Ce droit de David avait été reconnu par tout le peuple, et même par la famille de Saùl. Jonalhas, fils deSaùl, dit à David (IReg. xxiii, 17) : « Je sais que vous régnerez sur Israël, et je serai le second après vous : et mon père ne l'ignore pas. » Kn effet , Saùl lui-même, dans un de ses bons moments, avait parlé à David en ces termes (/ Reg. xxiv, 21, 22) : « Comme je sais que vous régnerez très-certainement, et que vous aurez en main le royaume d'Israël , jurez-moi que vous conserverez les restes de ma race. >» Ainsi le droit de David élail conslant.
Ce qui retarda l'exécution de la volonté de Dieu, fut qu'Abner, fils de Ner, qui commandait les armées sous Saùl, fit valoir le nom de ce prince, et mil son fils lsboseth sur le trône pendant sept ans (II Reg. n, 8 seq.), pendant que David régnait à Hébron sur la maison de Juda.
Quelque certain et reconnu que fût le droitde David, il n'usa pas de ses avantages durant celte guerre, et ménagea le sang des citoyens. En ce temps, les Philistins, ennemis du peuple de D;eu , n'entreprenaient rien, el David n'avait rien à craindre du côté des étrangers : ainsi il ne [ire.- sait pas fsboseth, et le laissa deux ans paisible, sans taire aucun mouvement. La guerre s'alluma ensuite; et il y eut un combat assez riu.e entre les deux partis. » (Ibid., 17.) Mais Abner, d'une hauteur où il s'était rallié, avec ce qu'il avait de troupes plus affectionnées à la maison de Saùl, qui étaient celles de la tribu de Benjamin, d'où il élait, « ay nt crié à Joab,qui poursuivait âprement l'armée en déroule (II Reg. n, 20, 27, 28): Jusqu'à quand poursuivrez- vous des fugitifs? el voulez-vous les | asser tous au fil de l*é| éeî Ignorez-vous ce que peuvent de braves gens dans le désespoir, et ne vaut-il pas mieux empêcher vos troupes de pousser à bout leurs frères? » Joab ne demandait p:is mieux, et n'eut pas plutôt ouï le reproche d'Ahner, qu'il lui répondit: « Vive le Seigneur ! si vous aviez parlé plus lot, le peuple dès le matin aurait cessé de poursuivre son frère. 11 fit en même temps sonner la retraite; et le combat, qui avait duré jusqu'au soir, cessa à l'instant. »
On voit, en celte conduite, l'esprit où l'on élait d'éj 'arguer le sang fraie nel, e'est-à.-