‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 109 sur 458 · S DE BOSSU KT · texte numérisé non relu

S DE BOSSU KT

sacs e! pleurez dans les funérailles d'Abner. David lui-même suivait le cercueil. Et quand on eut enterré Abner, David éleva sa voix, et dit en pleurant ; Abner n'est pas mort comme un lâche : tes mains n'ont pas été liées, ainsi qu'on fait aux vaincus ; ni les pieds n'ont pas été mis dans les entraves : lu es tombé comme il arrive aux plusbraves, devant des entants d'iniquité. A ces mots tout Israël redoubla ses pleurs. El comme toute la multitude venait pour manger avec le roi pendant le jour: A Dieu ne plaise, dit David, que j'interrompe le deuil, el que je goûte un morceau de pain, avant le coucher du soleil. Ainsi Dieu me soit en aidel Tout le peuple entendit ce serment ; el louant ce que fit David, le reconnut inuocentdu meurtre d'Abner. »

Il (il plus, et « disait tout haut à ses serviteurs (Ibid., 38, 39) : Ne voyez-vous pas qu'Israël perd aujourd'hui un grand capitaine ? Pour moi je suis faible encore, et sacré depuis peu de temps. Ces enfants de Sarvia (c'était Joab et Abisaï son frère) me sont durs : le Seigneur rende aux méchants suivant leurs crimes 1 » C'est tout ce que permettait la conjoncture des temps.

Pour ce qui regarde lsboselh, quand ces deux chefs de brigands, Baana et Kéchab, lui en apportèrent la tête, croyant lui rendre un grand service : « Vive le Seigneur,» dit-il (// Reg. iv, 9-11), « qui m'a toujours délivré de toute angoisse I Celui qui vint nfannoncer la mort de Saùl, dont il se vantait d'être l'auteur, et qui croyait m 'apporter une nouvelle agréable, dont il attendait récompense, fut mis à mort par mon ordre. Combien plus redemanderai-je à deux traîtres le sang d'un homme innocent, qu'ils ont tué sur son lit, et qui ne leur avait fait aucun mal 1 » Ainsi périrent ces deux voleurs, comme avait péri celui qui se glorifiait d'avoir tué le roi Saùl. La différence qu'y mit David, c'est que celui-ci fut puni comme meurtrier de l'oint du Seigneur, et ceux-là furent tués comme coupables du sang d'unhommeinnocent qui ne leur faisait aucun mal, sans l'appeler l'oint du Seigneur, parce qu'en effet il ne l'était pas.

On voit, par la conduite de David, que dans une guerre civile un bon prince doit ménager le sang des citoyens. S'il arrive des meurtres, qu'on pourrait lui attribuer à cause qu'il en profite, il doit s'en justifier si hautement, que tout le peuple en soit content.

Ve Prop. Cinquième et sixième exemple. La guei re civile d'Absalon et de Séba, avec l'histoire d'Adonias. — Jamais prince n'était né avec de plus grands avantages naturels, ni plus capable de causer de grands mouvements, et de former un grand parti dans un Etat, qu'Absalon fils de David. Outre lesgrâces qui accompagnaient toute sa personne (II Reg. xiv, 25 , c'était le plus accueillant et le plus prévenant de tous les hommes, il faisait piioilre un amour immense pour la

l'AJU. XIII. Ï1IL0L. SOCIALE. - l'OL

(ustice, et savait flatter, par cet endroit-là, ions ceux qui paraissaient avoir le moindre sujet de se plaindre. (// lieg. xv, 2.) Nous l'avons observé ailleurs :etje ne sais si nous avons aussi remarqué que David s'était peutêtre un peu ralenlide eecôtô-là, durant qu'il était occupé de Bethsabée. Quoi qu'il en soit, Âbsalon sut profiter de la conjoncture où la réputation du roi son père semblait être entamée par celle faiblesse, et encore plus par le meurtre odieux d'Urie, un si brave homme, si attaché au service, et si fidèle à son maître.

Il était le fils aîné du roi, le trône le regardait ; cl i! en était si proche, qu'à peine lui restait-il un pas à faire pour y monler.

Pour se donner un relief proportionné à une si hante naissance, « il se fit des chariots et des cavaliers, avec cinquante hommes qui le précédaient (Ibid., 1} ; » et il imposait au peuple avec cet éclat. Ce fut uue faute conire la bonne politique; et i! ne fallait rien permettre d'extraordinaire à un esprit si entreprenant. Le roi, peu déliant de sa nature, et toujours trop indulgent à ses enfants, ne le reprit pas de cette démarche hardie. Absalon le savait gagner par les flatteries; et privé dans une disgrâce de la présence du roi, ii lui lit dire (// Reg. xiv, 32) : « Pourquoi m 'avez-vous retiré de (ïessurjoù j'étais banni? Il m'y fallait laisser achever mes jouis. Que je voie lu face du roi, ou qu'il me donne la mort. »

Quand il eut assez établi ses intelligences par tout le royaume, et qu'il se crut en élat d'éclater, il choisit la ville d'Hébron, l'ancien L'iégedela royauté, qui lui était tout acquise, pour se déclarer. Le prétexte de s'éloigner de la cour ne pouvait être plus spécieux, ni plus flatteurlpour le roi : « Pendant que, j'étais banni de votre cour, j'ai l'ait vœu, si je venais à Jérusalem pour y jouir de votre présence, de sacrifier au Seigneur dans Hébron. » (II Reg. xv, 7, 8.)

Absalon ne fut pas plutôt à Hébron, qu'il fil donner le signal de la révolte à toutlsraël. lit on s'écria de tous côtés : « Absalon règne dans Hébron. » (Ibid., 10.)

Ce prince artificieux engagea dans ce vovage deux cents hommes des principaux de Jérusalem (Ibid., Il), qui ne pensaient à rien moins qu'à faire Absalon roi; mais ils se trouvèrent cependant forcés à se déclarer pour lui. En môme temps on vit paraître à la tête de son conseil, « Acirilophel, le principal ministre et le conseiller de David (Ibid., 12), cpie l'on consultait connue Dieu, et sous David, et depuis sous Absalon. » (II lieg. xvi, 23.) Lu même temps Amasa, capitaine renommé, fut mis à la tête de ses troupes (Il Reg. xvn, 25); et ce prince n'oublia rien pour donner de la réputation à son parti.

l'our imprimer dans tous les esprits que laffaire était irréconciliable, Achitcphel conseilla à Absalon, aussitôt qu'il fut arrivé à Jérusal-em, d'entrer en plein jour dans

ITulL flREE DE L'ECRITURE. LIT. IX. 7:0

l'api arlemcntdesfemmcsdu roi (//' Heg xu, 20, 21), afin que quand on verrait l'ouli qu'il faisait au roi. dont il souillait la < ehe, tout le monde sentît aussitôt qu'rl était engagé sans retour, et qu'il n'y avait plus de ménagement.

Tel était l'état des affaires du côté des rebelles. Considérons maintenant la conduite de David.

Il commença d'abord par se donner du temps pour se reconnaître ; et abandonnant Jérusalem, où le rebelle devait venir bientôt le plus fort, pour l'ai câbler sans ressource, il se retira dans un lieu caché du désert, avec l'élite de ses Iroupes. (// Reg. xv, 14, 18, 28.)

Comme il sentit la main de Dieu qui le punissait, selon la prédiction de Nathan, il entra à la vérité dans l'humiliation qui convenait à un coupable que son Dieu frappait, se retirant à pied en pleurant avec toute sa suite, la tête couverte, et reconnaissant le doigt du Seigneur. (Ibid., 16, 23, 30.) .Mais en même temps il n'oublia pas son devoir. Car ayant vu que tout le royaume était en péril par cette révolte, il donna tous les ordres nécessaires pour s'assurer tout ce qu'il avait de plus fidèles serviteurs ; comme I- s lésions entretenues de Phéléti et de Céréthi ; comme la troupe étrangère d'Elhaï Géthéen ; comme Sadoc et Abialliar avec leur famille. (III Reg. xv, 17, 22, 27.) Il songea aussi à être averti des démarches du parti rebelle, en diviser les conseils, et détruire celui d'Achitophel qui était le plus redoutable. (I':!d., 31, seq.)

Après avoir ainsi arrêté le premier feu de la rébellion, et pourvu aux plus pressants besoins, par des ordres qui lui réussirent, il se mil en élat de combattre. Il partagea luimême son armée en trois (ce qu'il faut une fois observer); parce que cette division était nécessaire pour faire combattre sans confusion, surtout de grands corps d'armées telles qu'on les avait alors. Il en nomma les officiers, et h s commandants, et leur dit? « Je marcherai à votre tète. » (II Reg. xvm, 1 seq.) I! vit bien qu'il y allait du tout pour la royauté : et crut qu'il n'avait point à se ménager, comme on a vu qu'il avait fait contre Isboseth.

Tout le peuple s'y opposa, en lui disant « qu'il le comptait lui seul pour dix mil ,e hommes: et que quelque malheur qu'il I ur arrivât dans le combat, ils ne seraient point sans ressource, tant que le roi leur resterait. » (Ibid., 3.)

Nous avons remarqué ailleurs (7i), qu'il ne lit point le faux brave à contre-temj s, ( l qu'il céda aux sages conseils qui avaienlpour objet le bien du royaume.

II n'oublia pas le devoir de père, et recommanda tout faut à Joal),,et aux autres chefs, de sauver Absalon. (Il Reg. xvm, 5, 12.) Le sang royal est un bien de tout l'Eta , que David devait ménager, non-seulemei.t comme père, mais encore comme roi.

("*) Ci dev , J. ni, art. 3. IV

prop s.

OEUVRES COMPLETES Dr. BOSSl ET.

Ou sait .'événement de la bâtante; comme

\. saloa 3 i ôrit, malgré les ordres de Da-

nine, |>our épargner les cilop ensi

ou cessa de poursuivre lesfuyards. (// Reg-

ww.r. seq.)

David cependant fil une faute consiuera-

i le jeta sou bon naturel, Il s'affligeait

suréuienl «io la perte de son fils, s é-

iuI sans i Bsse d'un Ion lamentable : « Mon

s Absal< d, Absalon mon tils, qui me don-

uora de mourir en votre place! 0 Absajon

i cher li s, mon (ils bien aimé I » [Ibid.%

La nouvelle en vint alarmée, ei la victoire fut changée en deuil : le peuple était ; et comme un peuple ballu, et n i- en uéroule, il n'osait paraître devant le roi. // Reg. m\. 1 seq.) Ce qui obligea entin Joab a lui donner le conseil que nous avons remarqué ailleurs (75). Et ce qui doit faire entendre aux princes, que dans les guerres civiles, malgré sa propre douleur, contre laquelle il faut faire eilort, on doit savoir prendre part à la joie publique que la victoire inspire ; autrement on aliène les es- I nts, et l'on s'attire et au royaume de nouveaux malheurs.

Cependant la rébellion ne fut pas sans suite. Séba, fils de Bochri, de la famille de Jémini, qui était celle de Saùl, souleva, par ces parolesde mépris, le peuple encore ému ( 11 lier/, xx, 1 seq. ) : « Nous n'avons rien de commun avec David, et le fils dlsaï ne nous touche en. rien. Le roi connut le péril, et dit à Amasa : Hûlez-vous d'assembler tout Juda. 11 exécuta cet ordre lentement; et David dit à Abisaï : Le fils de Bochri nous va faire plus de mal qu'Absalou ; bâtez-vous donc, et prenez ce qu'il y a de meilleures troupes, sans lui laisser le temps de se reconnaître, et de s'emparer de quelque ville.» Abisaï prit les légions de Céréthi et de Phéiélhi, avec ce qu'il y avait de meilleurs soldats dans Jérusalem. Joab, de son côté, poursuivait Séba, qui allait de tribu en tribu soulevant le peuple, et emmenant ce qu'il pouvait de troupes choisies. Mais Joab lit entendre à ceux d'Abéla, où le rebelle s'était renfermé, qu'il ne s'agissait que de lui seul. A sa persuasion, une femme sage du pars, qui se plaignait qu'on voulait perdre une si belle ville, sut la délivrer en faisant jeter à Joab la tête de Séba par-dessus les murailles.

Ainsi linil la révolte, sans qu'il en coûtât de sang que celui du chef des rebelles. La diligence de David sauva l'Etat. Il avait raison de penser que celte seconde révolte, qui venait comme du propre mouvement ilu peuple, et d'un sentiment de mépris, était plus à craindre que celle qu'avait excitée la présence du bis du roi. 11 connut aussi combien il était utile d'avoir de vieux corps de troupes sous sa main : et tels furent les remèdes qu'il opposa aux rebelles.

On peut rapporter, à ce propos, ce qui ar-

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riva a Adonias lîls (Je David. (/// Reg. i, 1 seq.) Ce prince se prévalant de le vieillesse

du toison père, dont il était l'aîné, voulait malgré lui s'emparer du royaume, et s'entendait pour esta avec Joab, et avec Abialhar, grand sacrificateur. Mais Sadoc, le prince des piètres après lui, et Banaïas avec les troupes dont il avait le commandement, et la force de l'année de David, n'était point pour Adonias. David, avec ce secours, prévint la guerre civile qu'Adonias, soutenu d'un grand parti, méditait: et laissa le royaume paisible a Salomon, à qui il le destinait par ordre de Dieu.

Ainsi l'on continua à reconnaître l'utilité des troupes entretenues, par lesquelles un roi demeure toujours armé, et le plus fort.

VI' Prop. Dernier exemple des guerres civiles : celle qui commença sous lioboam, par la division des dix tribus. — La cause de celle révolte, dans laquelle le royaume d'Israël, ou des dix tribus, fut érigé, viandra plus à propos ci-après dans d'autres endroits. Nous remarquerons ici seulement:

En premier lieu, que les rois de Juda, après unesigrande révolte qui partagea le royaume, obligés à se défendre non-seulement contre l'étranger (111 Reg. xiv, 26 ), mais encore contre leurs frères rebelles, bâtirent dans le territoire de la tribu de Juda un grand nombre de nouvelles forteresses, et des arsenaux où il y avait des magasins de vivres en abondance, et à la fois de toutes sortes d'armures. (11 Par. xi, 5 seqq.)

En second lieu, ils se préparèrent à reconquérir par les armes le nouveau royaume que la rébellion avait élevé contre la maison de David. Mais Dieu qui voulut montrer combien le sang d'Israël devait être cher à leurs frères, et que même après la division il ne fallait pas oublier la source commune, fit défendre par son prophète à ceux de Juda de faire la guerre à leurs frères (III Reg. xn, 24-; // Par. xi, 4), quoique rebelles et schismatiques.

11 arriva même, dans la suite, et c'est ce qu'on remarque en troisième lieu, que le royaume de Juda s'unit par une étroite alliance avec le royaume rebelle. Car encore que, contre la volonté de Dieu, et peut être plus par la faute de ceux d'Israël que de ceux de Juda, il y eut durant quelques règnes une guerre continuelle entre les deux royaumes (111 Reg. xiv, 30; xv, 32), néanmoins par la suite des temps l'alliance fui établie si solidement entre eux, que le pieux roi Josaphat, invité par Achab, roi d'Israël, à joindre ses armes avec celles des Israélites, pour les aider à recouvrer sur le roi de Syrie une place forte qu'ils prétendaient, vint en personne pour lui dire (/// Reg. xxu, 5) : « Vous et moi nous ne sommes qu'un. Voire peuple n'est qu'un même peuple avec le mien ; ma cavalerie est la vôtre. »

L'alliance se continua dans la suile; et le même Josaphat répondit encore àJoram, roi d'Israël, qui le priait de le secourir conlie

C'o. Ci- e*

O' pV I» •-,.

-715 PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. L1V. IX. 711

le roi do Moab (IV Reg. m, 7) : '(J'irai avec imitateurs de sa piété. Le royaume de Juda vous : ce qui est à moi, esta vous ; mon peuple eut le bonheur de conserver la loi do Moïse est votre peuple, et ma cavalerie est la et la religion de ses pères. Il est vrai que, vôtre. » pour leurs péchés, ceux de Juda furent

On voit par là que, pour le bien de la transportés dans Babylone, et le trône de paix et pour la stabilité des choses humai- David lut renversé ;.mais Dieu ne laissa pas nés, les royaumes fondés d'abord sur la ré- sans ressource le peuple de Juda, à qui il bellion, dans la suite, sont regardés comme promit son retour dans la terre de ses pèdevenus légitimes, ou parla longue posses- res après soixante et dix ans de captivité. sion, ou par les traités et la reconnaissance Mais pour le royaume d'Israël, outre qu'il des rois précédents. tomba plus tôt, il l'ut dissipé sans ressource

Et remarquez que la loi de la possession par les mains de Salmanasar, roi d'Assyrie a eu lieu dans un royaume qui avait joint la ( IV Reg. xvii, xvm ), et se perdit parmi les révolte contre la religion véritable à la défection.

En quatrième lieu, les rois légitimes se doivent toujours montrer les plus modérés, en tâchant de ramener par la raison ceux qui s'étaient écartés de leur devoir. Ainsi en usa le roi Abia, fils de Roboam, avant d'en venir aux mains avec les rebelles ; et les armées étant en présence, il monta sur une éminence où il fit aux Israélites, avec autant de force que de douceur, ce beau discours q.ui commence ainsi : « Ecoutez, Jéroboam et tout Israël ; » leur remontrant par vives raisons le tort qu'ils avaient contre Dieu et contre leurs rois. [Il Par. xm, 4, 13 seq.)

gentils

Telle fut la constitution et la catastrophe de ces deux royaumes. Celui que la révobe avait élevé malgré les rois légitimes, quoique ensuite reconnu par les mômes rois, eut en lui-même une perpétuelle instabilité, et périt enfin sans espérance, par ses fautes.

ARTICLE IV

Encore que Dieu fit la guerre pour son peuple, (Vune façon extraordinaire et miraculeuse, il voulut qu'il s'aguerrît, en lui donnant des rois belliqueux et de grands capitaines.

Première Proposition. Dieu faisait la

Jl était le plus fort, sans comparaison ; mais guerre pour son peuple du haut des deux, plus soigneux encore de ramener les rebel- d'une façon extraordinaire et miraculeuse. — les, que de profiter de cet avantage, il ne Ainsi l'avait dit Moïse sur les bords de la s'aperçut pas que Jéroboam l'environnait mer Rouge : « Ne craignez point ce peuple par derrière. Il se trouva presque enveloppé immense dont vous êtes poursuivi. Le Seiparscs ennemis. Dieu prit son parti, et ré- gneur combattra pour vous, et vous n'aurez pandit l'a terreur sur les rebelles, qui pri- qu'à demeurer en repos.» ( Exod. xiv, 13,

Outre qu'il ouvrit la mer devant eux, s il mit son ange, pendant qu'ils passaient, entre eux et les Egyptiens, pour empêcher Pharaon de les approcher. >> [lbid., 19, 20. )

A la fameuse journée où le soleil s'arrêta à la voix de Josué, pendant que l'ennemi était en fuite, Dieu fit tomber du ciel de grosses pierres, comme une grêle (-Josur x, 10-13), afin que personne ne pût échapper, et que ceux qui avaient évité l'épée

rent la fuite.

Nous donnerons pour cinquième et dernière remarque, que le royaume d'Israël, quoique rendu par la suite légitime et trèspuissant, n'égale jamais la fermeté du royaume de Juda, d'où il s'était séparé.'

Comme il s'était établi par la division, il fut souvent divisé contre lui-même. Les rois se chassaient les uns lesaukes. Baasa chassa la famille de Jéroboam, qui avait fondé le royaume, dès la seconde génération. Zara-

bri, sujet de Baasa, se souleva contre lui, et fussent accablés des coups d'en hauL

ne régna que sept jours. Amiï prit sa place, et le contraignit à mettre lui-même le feu dans le palais, où il se brûla. Le royaume se divisa en deux. Amri, dont le parti prévalut, et qui semblait avoir relevé le royaume d'Israël en bâtissant Samarie ( /// Reg. xv,

Les murailles tombaient devant l'arche; les fleuves remontaient à leur source pour lui donner passage ( Josue vi, ni ), et tout lui cédait.

Quelquefois Dieu envoyait à leurs ennemis, dans leurs songes, des pronostics at-

27; xvi, 9, 10, 10, 18, 21,24), y régna peu , freux de leur perte. Ils voyaient l'épée de

et sa famille périt sous son petit-fils. Les fa- Gédéon qui les poursuivait de si près qu'ils

milles ro\ales les mieux établies virent à ne pouvaient échapper, et ils fuyaient en

peine quatre ou cinq races. Et celle de Jéhu, désordre avec de terribles hurlements, au

que Dieu même avait fait sacrer par Elisée, bruit de ses trompettes et à la lumière de

tomba bientôt par la révolte de Sellum, qui ses flambeaux, et tiraient l'épée l'un contre

tua le roi et s'empara du royaume. [IV Reg. l'autre, ne sachant à qui se prendre de leur

ix ; x, 30; xv, 10, 12.) déroule. ( Judic. vu, 13 seq.)

Au contraire, dans le royaume de Juda, Une semblable fureur saisit les Philistins,

où la succession était légitime, la famille de quand Jonathas les attaqua, et ils firent un

David demeura tranquihe sur le trône, et il carnage horrible de leurs propres troupes,

n'y eut plus de guerre civile; on aimait le (/ Reg. xiv, 19, 20.)

nom de David et de sa maison. Parmi tant Dieu faisait gronder son tonnerre sur les

de rois qui régnèrent sur Israël, il n'y en fuyards {I Reg. vu, 10; Eali. xlvi, 20, 2! ;,

eut pas un seul que Dieu approuvât : mais qui, glacés de frayeur, se laissaient tuer

il sortit de David de grands et de saints rois sans résislauce. •

OE'.VRl'S compl. te Bossu et XL -3

Q l VRI S COMPLETES DE BOSS1 ET

Quelquefois on entendit un bru il de chevaux,etde chariots armés, rjui épouvantait

l\ un. 'un , ri lui foisait croire qu'un grand «c. ours était arrivé aui Israélites ; en sorte qu'il se mil en fuite, et abandonne le camp

avec tous le* équipages.^/ F Reg. mi, (5, 7.) ii iutres fois , au lieu de ce bruit, Elisée faisait ap|»araltre des chariots enflammés à son compagnon effrayé(/l Rae/.Yi, 1G, 17), qui

crut \<>ir autour d'eux une .-innée invincible, plus forte que celle ''es Syriens leurs ennemis. Le même prophète frappa tesSyriens d'aveuglement, et les conduisit jusqu'au [eu ne Samarie. [Ibid.t 1S, 19.)

Ou sait le carnage que lit un ange de Dieu

en une nuit, à la prière d'Ezéchias, de cent

quatre-vingt-cinq mille hommes de l'armée

de Sennacnérib, qui assiégeait Jérusalem.

/i Reg. an, 35.)

.Mais il faut Unir ces récits par quelque spectacle encore plus surprenant.

Jjsaphal, qui ne voyait aucune ressource contre l'armée effroyable dé la ligue des Iduméens, des Moabites et des Ammonites, soutenus par les Syriens (// Par. xx, 1,2 seq.), ciprès avoir imploré le secours de Dieu, et en avoir obtenu les assurances certaines par la bouche d'un saint prophète, comme il a été remarqué ailleurs , marche contre l'ennemi par le désert de Théeué, et donne ce nouvel ordre de guerre (Ibid., 21) : «qu'on mît à la tête de l'armée les chantres du Seigneur, qui tous ensemble chantassent ce divin psaume : Louez le Seigneur, p<;rce qu'il est bon , parce que ses miséricordes sont éternelles. » Ainsi l'armée change en chœur de musique : à peine eutelle commencé ce divin chant , que les ennemis, qui étaient en embuscade, se tournèrent l'un contre l'autre, et se taillèrent eux-mêmes en pièces ; en sorte que ceux de Juda, arrivés à une hauteur vers la solitude, virent de loin tout le pays couvert de corps morts, sans qu'il restât un seul homme en vie parmi les ennemis ; et trois jours ne suffirent pas à ramasser leurs riches dépouilles. Celle -vallée s'appeia la vallée de Bénédiction; parce (pie ce fut en bénissant Dieu qu'ils (iélirent une armée qui paraissait invincible. Josaphat retourna à Jérusalem en grand triomphe, et entrant dans la maison du Seigneur, au bruit de leurs harpes, de leurs guitares et de leurs trompettes, on continua les louanges de Dieu, qui avait montré sa bouté daus la punition de ces injustes agresseurs.

C'est ainsi que s'accomplissait ce qu'avait chanté la prophétesse Débora (Jud. v, 8, 20) : «Le Seigneur a choisi une nouvelle manière de faire la guerre : on a combattu du ciel pour nous; et les étoiles, sans quitter leur poste, ont renversé Sisara. » Toute la nature était pour nous : les astres se sont déclarés; et les anges, qui y président sous l'ordre de Dieu, et à la manière qu'il sait, ont lancé d'en haut leurs javelots.

Il' Prop. Celle manière extraordinaire de faire la guerre n'était pas perpétuelle : le peuple ordinairement combattait à main

armée, et Dieu n'en donnait pan moine la victoire. — La plupart des batailles de David Bedonnèrent a la manière ordinaire. lien fut de même des autres rois : et les guerres des Machabées ne se firent pas autrement. Dieu voulait former des combattants, et quo la vertu militaire éclatât dans son peuple.

Ainsi fut conquise la Terre-Sainte par les valeureux exploits des tribus. Ils forçaient l'ennemi dans ses camps et dans ses villes, parce qu'ils étaient de vigoureux attaquants. (I Par. vu, 2, k seq.) C'était Dieu toujours qui donnait aux chefs, dans les occasions, les résolutions convenables, et aux soldats l'intrépidité et l'obéissance : au lieu qu'il envoyait au camp ennemi l'épouvante, la discorde et la confusion. Jabès, le plus brave de tous ses frères, invoqua le Dieu d'Israël, et lui fit un voeu qui lui attira son secours (I Par. iv, 10; ; mais ce fut en combattant vaillamment. Ainsi Caleb, ainsi Juda, ainsi les autres. Ruben et Cad conquirent les Agaréens et leurs alliés, « parce qu'ils invoquèrent le Seigneur dans le combat; et il écouta leurs prières, à cause qu'ils eurent confiance en lui en combattant.» (1 Par. v, 20.)

IIIe Prop. Dieu voulait aguerrir son peuple : et comment. — « Je ne détruirai pas entièrement les nations que Josué a laissées en état avant sa mort.» (Judic. h, 21, 23.) Dieu donc les a laissées en état, et ne les a pas voulu exterminer tout à fait, ni les livrer aux mains de Josué, «afin qu'Israël fût instruit par leur résistance, et que tous ceux qui n'ont pas vu les guerres de Chanaan , apprissent, eux et leurs enfants, à combattre l'ennemi, et s'accoutumassent à la guerre.» (Judic. m, 1, 2.)

IVe Prop. Dieu a donne' à son peuple de grands capitaines, et des princes belliqueux. — C'était un nouveau moyen de le former à la guerre. Et il ne faut "que nommer un Josué, un Jephté, un Cédéon, un Saiil et un Jonalhas; un David, et sous lui un Joab, un Abisaï, un Abner et un Amasa ; un Josaphat, un Osias, un Ezéchias; un Judas le Macbabée, avec ses deux frères Jonathas et Simon ; un Jean Hircan, fils du dernier; et tant d'autres, dont les noms sont célèbres dans les saints livres et dans les archives du peuple de Dieu : il ne faut, dis-je, que les nommer, pour voir dans ce peuple plus de grands capitaines et de princes belliqueux, de oui les Israélites ontappris la guerre, qu'on n en connaît dans les autres nations.

On voit même, à commencer par Abraham, que ce grand homme , si renommé par sa loi, ne l'est pas moins dans les combats.

Tous les saints livres sont remplis d'entreprises militaires des plus renommées, faites non-seulement en corps de nation, mais aussi par les tribus particulières, dans la conquête de la Terre-Sainte; ainsi qu'il paraît par les neuf premiers chapitres du premier livre des Paralipomènes; si bien qu'on ne peut douter que la vertu militaire n'ait éclaté par excellence daus le peuplj saint.

717 FAUT. Ali!. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIY. IX.

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