‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 110 sur 458 · IK · texte numérisé non relu

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V" Pb0P. Les femmes mêmes, dans le peuple saint, ont excellé en courage, et ont fait des actes étonnants. — Ainsi label, femme de Ilaber, perça «le part en part les tempes de Si sa r a avec un clou. Ainsi , sous les ordres de Barac et de Débora la prophétesse, se donna la sanglante bataille où Sisara fut taillé en pièces. (Judic. iv.)

La prophétesse chanta sa défaite par une ode (Judic. v, 1 seq.) dont le ton sublime surpasse celui de la lyre d'un Pindare et d'un Alcée, avec celle d'un Horace leur imitateur. Sur la fin, on y entend le discours de la mère de Sisara, qui regarde parla fenêtre, et s'étonne de ne pas entendre le bruit de son ebar victorieux ; pendant que la plus habile de ses femmes répondait ebantant ses victoires, et se le représentait comme un vainqueur à qui le sort destinait, de sa part d'un riche butin, la plus belle de toutes les femmes ( Ibid., 28-30), comme faisaient les peuples barbares. Mais, au contraire, il était tombé par la main d'une femme. « Ainsi périssent, Seigneur, conclut Débora (Ibid., 31, 32), tous tes ennemis : et que ceux qui t'aiment brillent comme un beau soleil dans son orient. » Telle fut donc la victoire qui donna quarante ans de paix au peuple de Dieu.

Tout le monde me prévient ici , pour y ajouter une Judith, avec la tête d'un Holoferne qu'elle avait coupée, et par ce moyen mis en déroute l'armée des Assyriens commandée par un si grand général.

Ce fut en vain qu'il assembla une redoutable armée , qu'il surmonta tant de montagnes , força tant de places, traversa de si grands tleuves, mit Je feu dans tant de provinces, reçut les soumissions de tant de villes importantes, où il choisissait ce qu'il y avait de braves soldats pour grossir ses troupes. (Judith i, h, m.)

Sa vigilance à mener ses troupes, à les augmenter dans sa marche, à visiter les quartiers, à reconnaître les lieux par où une place pouvait être réduite, et à lui couper les eaux, lui fut inutile : sa tête était réservée à une femme, dont ce lier général croyait s'être rendu le maître.

Cette femme, par ses vigoureux conseils, avait premièrement relevé le courage de ses citoyens; et par la mort d'un seul homme, elle dissipa le superbe camp des Assyriens. «Ce ne fut point une vigoureuse jeunesse , ce ne furent point les Titans hautains, ni les Géants, qui frappèrent leur capitaine : c'est Judith, iille de Mérari, qui le captiva par ses yeux, et le fit tomber sous sa main. Les Perses furent etfrayés de sa constance, et les Modes de son audace. » (Judith xvi, 8, 12.) Ainsi chantait-elle, comme une autre Débora , la victoire du Seigneur par une femme, qui, durant tout le reste de sa vie , lit l'ornement de toutes les fêles, et demeura à jamais célèbre (Ibid., 25-27), pour avoir su joindre la force à la chasteté.

Les Romains vantent leur Clélie et ses compagnes, dont la hardiesse à traverser le Meuve étonna et intimida le camp de Por-

senna. Voici, sans exagérer, quelque eboso de plus. Et je n'en dis pas davantage.

VI' Phop. Avec les conditions requises, la guerre n'est pas seulement légitime , mais encore pieuse et sainte. — « Chacun disait à son prochain : Allons; combattons pour notre peuple, pour nos saints lieux, pour nos saintes lois, pour nos saintes cérémonies.» (/ Mach. m, 43.)

C'est de telles guerres qu'il est dit véritablement : « Sanctifiez la guerre (Jer. vi, k); » au sens que Moïse disait aux lévites : «Vous avez aujourd'hui consacré vos mains au Seigneur (Exod. xxxn, 29),>: quand vous les avez armées pour sa querelle.

Dieu s'appelle ordinairement lui-même le Dieu des armées, et les sanctifie en prenant ce nom.

VIIe Prop. Dieu néanmoins , après tout, n'aime pas la guerre, et préfère les pacifiques aux guerriers. — « David appela son fils Salomon, et lui parla en cette sorte : Mon fils, je voulais bâtir une maison au nom du Seigneur mon Dieu; mais la parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : Vous avez répandu beaucoup de sang, et vous avez entrepris beaucoup de guerres; vous ne pourrez édifier une maison à mon nom. (1 Par. xxn, 6-8; xxvm, 3.) Je n'ai pas laissé de préparer pour la dépense de la maison du Seigneur cent mille talents d'or, et dix millions de talents d'argent, avec de l'airain et du fer sans nombre, et des bois et des pierres pour tout l'ouvrage, avec des ouvriers excellents pour mettre tout cela en œuvre. Prenez donc courage, exécutez l'entreprise, et le Seigneur sera avec vous. » (Ibid., H-16.)

Dieu ne veut point recevoir de temple d'une main sanglante. David était un saint roi, et le modèle des princes ; si agréable à Dieu, qu'il avait daigné le nommer l'homme selon son cœur. Jamais il n'avait répandu que du sang infidèle dans les guerres qu'on appelait guerres du Seigneur, et s'il avait répandu celui des Israélites, c'était celui des rebelles, qu'il avait encore épargné autant qu'il avait pu. Mais il suffit que ce fût du sang humain, pour le faire juger indigne de présenter un temple au Seigneur, auteur et protecteur de la vie humaine.

Telle fut l'exclusion que Dieu lui donna dans la première partie du discours prophétique. Mais la seconde n'est pas moins remarquable : c'est le choix de Salomon pour bâtir le temple. Le titre que Dieu lui donna est celui de Pacifique. Des mains si pures de sang sont les seules dignes d'élever le sanctuaire. Dieu n'en demeure pas 15, il donne la gloire d'affermir le trône à ce Pacifique (Ibid. ,9, 10), qu'il préfère aux guerriers par cet honneur. Bien plus, il fait, de ce Pacifique, une des plus excellentes figures de son Fils incarné.

David avait conçu le dessein de bâtir le temple par un excellent motif, et H parla en ces termes au prophète Nathan (II Reg. vu, 2; / Par. xvn, 1,2): « J'habite dans une maison de cèdre, et l'Arche de l'alliance

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qui étonne l'ennemi : et par ce moyen ils sont plus utiles à leur pairie, que s'ils demeuraien! en vie.

i eaut. i e saint prophète avait môme routé ce grand el pieui dessein, en lui disant :« Faites ce que vous «vei dans la Ces! ce qu opère 1 amour de la gloire. ir; car le Seigneur est avec vous. (Ibid., Mais il faut toujours se souvenir que c'est

la gloire de défendre son pays el sa liberté. Les Machabées s'étaient d'abord proposé cette fin, lorsqu'ils disaient : « Mourons tous dans notre simplicité : le ciel cl la lerre se-

; Mais la parole de Dieu fut adressée à Nathan la nuit suivante en ces termes ;// Reg. ,i ,. i\ |8 : Voici ce que dit le Seigneur : Vous tlirei point île temple en mon

nom. Quand tous aurai achevé le «ours do ront témoins que vous nous attaquez injus

votre vie, un des fils que .je ferai naître de votre sang, bâtira le temple, el j'affermirai

son trône I jamai

Dion refuse à David son agrément, en haine du sang dont il voit ses mains toutes trempées. Tant de sainteté dans ee prince n'en avait pu effacer la tache. Dieu aime les pacifiques, et la gloire de la paix a la préférence sur celle des armes, quoique saintes et religieuses.

ARTICLE V

Vertus, institutions, ordres et exercices militaires.

Première Proposition. La glo ire préférée à la vie. — Bacchides et Alcime avaient vingt mille hommes, avec deux mille chevaux, devant Jérusalem : et Judas était campé auprès avec trois mille hommes seulement, tirés îles meilleures troupes. Comme ils virent la multitude de l'armée ennemie, ils en furent effrayés. Cette crainte dissipa l'armée, où il ne demeura que huit cents hommes. (/ Maeh. ix, i-7.) Judas, dont l'armée s'était écoulée, pressé de combattre en cet état, sans avoir le temps de ramasser ses forces, eut le courage abattu. C'est le premier sentiment, qui est celui de la nature. Mais on le peut vaincre par celui de la vertu. « Judas dit à ceux qui restaient ( Ibid., 8- 10 seq.) : Prenons courage, marchons à nos ennemis, et combattons-les. Ils l'en détournaient en disant : Il est impossible, sauvonsnous quant à présent; rejoignons nos frères, et après nous reviendrons au combat. Nous sommes trop faibles et en trop petil nombre pour résister maintenant. Mais Judas reprit ainsi : A Dieu ne plaise que nous fassions une action si honteuse, et que nous prenions la fuite! Si notre heure est venue, et qu'il nous faille mourir, mourons courageusement en combattant pour nos frères, et ne laissons point cette tache a notre gloire. A ces mots il sort du camp : l'année marche au combat en bon ordre. » L'aile droite de Bacchides était la plus forte : Judas l'attaqua avec ses meilleurs soldats, et la mit en

tcmeiit. » (/ Alach. n, 37.) El après: n Nous combattrons pour nos vies, pour nos femmes, pour nos enfants, pour hos âmes, et pour nos lois. » (/ Mac h. ni, 20, 21.) Et encore : « Ne vaut-il pas mieux mourir en combattant, que de voir périr devant nos yeux notre pays, cl abolir nos saintes lois? Arrive ce que le ciel en a résolu. » (7 Mach. ii, 50, 00.) Et pour tout dire en un mot : Mourons pour nos frères, comme le dit le courageux Judas. Laissons-leur l'exemple de mourir pour nos saintes lois; et que la mémoire de notre valeur fasse trembler ceux qui voudront attaquer des gens si déterminés à la mort. Qu'il soit dit éternellecuent en Israël : Quelque faibles que nous soyons, qu'on ne nous attaque pas impunément.

II' Prop. La nécessité donne du courage. — « Il n'en est pas aujourd'hui comme hier et avant-hier. Nous avons l'ennemi en face, disait Jonalhas aux siens (/ Mach ix, kk seq.) ; le Jourdain deçà et delà, avec des rivages désavantageux, des marais, des bois, qui rompent l'armée ; il n'y a pas moyen de reculer : poussons nos cris jusqu'au ciel. » Eu même temps on marche à l'ennemi; Bacchides est poussé par Jonalhas, qui, le voyant ébranlé, passe le Jourdain à la nage pour le poursuivie, et lui lue mille hommes.

Ihe Prop. On court à la mort certaine. — Samson en avait donné l'exemple. Après lui avoir crevé las yeux, les Philistins assemblés louaient leur dieu Dagon, qui leur avait donné la victoire sur un ennemi si redoutable. l 's le faisaient venir dans leurs assemblées et dans leur banquet, pour s'en divertir; et le mirent au milieu de la salle, entre deux piliers qui soutenaient l'édifice, (Judic. xvi, 21 seq.)

Samson, qui sentait avec la renaissance de ses cheveux le retour de sa force, « dit au jeune homme qui le menait (Ibid., 26) : Laisse-moi reposer un moment sur ces piliers. » Toute la maison était pleine d'hommes et de femmes : et tous les princes des Philistins y étaient, au nombred'environ tro.s

tuile. Ceux de l'aile gauche, voyant la dé- mille, qui étaient venus pour voir Samson,

dont ils se jouaient. Alors il invoqua Dieu en celte sorle (Judic. xvi, 28, 2.9) : « Seigneur, souvenez-vous de moi : rendez-moi ma première force, ô mon Dieu 1 el que je me venge de mes ennemis (qui élaient ceux du peuple de Dieu, dont il élait le chef et le juge) ; et que, par une seule ruine, je nie venge des deux yeux qu'ils m'ont ôtés. » Ln même temps saisissant les deux colonne/* qui soutenaient l'édilice, l'une de sa main

roule, prirent Judas par derrière, pendant qu'i-i poursuivait l'ennemi : le combat s'échauffa; il y eut d'abord beaucoup de blessés de pari et d'autre : Judas fut lue, el le reste prit la fuite.

Il y a des occasions où la gloire de mourir courageusement vaut mieux que la victoire. La gloire soutient la guerre. Ceux qui savent courir pour leur pays a une mort assurée, y laissent une réputation de valeur

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