PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II.IIIST. 1>£ FRANCK. LIV. XII
d'espril et la mémo habileté dans les a flaires. Il proposa alors a Maximilien de con- • cluKi le mariage du dauphin avec sa fille. Environ dans ce môme temps, Aire fut rendue pour de l'argent à des Cordes, par le commandant; la reddition d'une place si forte et si importante, qui (Hait l'entrée de l'Arlois, mil le trouble et la terreur dans tout le pays.
Tout le monde y souhaitait le mariage que le roi avait propose" , comme l'unique moyen de l'aire la paix; il se tint une assemblée à Alost, où était le due d'Autriche et les députés des états do Flandre et de Brabant. Le duc était sans conseil aussi bien que sans crédit, il n'était environné que de jeunes gens comme lui, qui n'entendaient pas les affaires ; ainsi les Gantois se rendirent les maîtres de l'assemblée.
Après avoir ôlé d'auprès du prince Phiippe ceux que le duc son père y avait mis, ils lui déclarèrent que les peuples étaient las de la guerre, et qu'il fallait assurer la paix par le mariage. Ainsi l'a fia ire fut résolue , et il fut arrêté que les duchés de Bourgogne, d'Artois, d'Auxerrois, de Maçonnais et de Charolais, seraient donnés en dot à la princesse.
Louis n'en avait jamais tant espéré ; mais les Gantois voulurent que tous ces pays lui fussent cédés ; et ils auraient ajouté les comtés de Namur et de Hainaut, tant ils avaient envie de diminuer l'autorité de leur prince. Après la paix conclue, il vint des ambassadeurs au Plessis pour la faire jurer à Louis. Jl eut peine à se montrer dans l'état où il était, sentant sa faiblesse extrême, qu'il craignait de faire paraître; mais il s'y résolut, et après avoir juré la paix, la princesse fut mise à Hesdin, entre les mains de des Cordes, suivant le traité.
Le mariage fut célébré avec beaucoup de solennité, quoique le dauphin n'eût que douze ans, et la princesse que trois. Quand cette nouvelle fut portée en Angleterre, Edouard en fut vivement touché : il savait bien en lui-même qu'il y avait longtemps que Louis le méprisait; mais la peine d'entreprendre une grande guerre, et cinquante mille écus qu'il ne voulait pas hasarder, faisait qu'il se flattait toujours de l'espérance du mariage de s'a fille avec le dauphin.
Quand il le vit tout à fait rompu, la honte et le mépris qu'on avait pour lui, tant au dehors qu'au dedans de son royaume, le jetèrent dans une si profonde mélancolie, qu'il en mourut quelque temps après. Ce ne fut pas le seul malheur de sa famille; il laissa deux enfants mineurs, sous la tutelle de son frère Richard, duc de Glocester; ce méchant oncle tua ses deux neveux et s'empara du royaume.
Louis ne dit rien du tout sur la mort d'Edouard, et n'en témoigna n.i douleur ni joie, il craignait toujours de choquer par quelque parole indiscrète une nation glorieuse et qui voulait être ménagée. Quant à Richard, aussitôt après qu'il se fut fait couronner, il écrivit en France en qualité de roi d'Angleterre;
mais Louis ne voulut point recevoir ses lettres, ni son ambassade, ni avoir communication avec un si méchant nomme. Richard ne jouit pas longtemps du royaume qu'il avail usurpé, et il périt sous un ennemi dont la faiblesse extrême ne lui aurait jamais pu donner aucun soupçon , comme nous le remarquerons en son lieu.
Louis, après avoir conclu le mariage qu'il avait tant désiré, avait élevé sa puissance au plus haut point: il voyait les Flamands dans sa dépendance, et la maison de Bourgogne, qui lui avait donné tant d'inquiétudes, faible et impuissante; le duo de Bretagne^ qu'il haïssait, hors d'état de rien entreprendre, et tenu en bride par le grand nombre de gens de guerre qu'il avait sur la frontière; l'Espagne en paix, avec lui , et en crainte de ses f armes, tant du côté du Roussillon qui lui avait été donné en gage, que du côté du Por- t tugal et de la Nava.re, qui étaient dans ses intérêts; l'Angleterre affaiblie et troublée en elle-même; l'Ecosse absolument à lui; en Allemagne beaucoup d'alliés; les Suisses aussi soumis que ses propres sujets; enfin son autorité si établie dans son royaume el si respectée au dehors, qu'il u'avait qu'à vouloir pour être obéi.
C'était au milieu de tant de gloire qu'il défaillait tous les jours, et il ressentait une crainte de la mort pire et plus insupportable que la mort même. Il tomba dans une faiblesse où il perdit la parole : lorsqu'elle lui fut un peu revenue, il jugea qu'il allait mourir, el il résolut d'envoyer chercher le dauphin, qu'il n'avait point revu depuis son retour de Saint-Claude, c'est-à-dire, depuis environ trois ans. Il fit appeler Pierre de Bourbon son gendre, et lui ordonna d'aller chercher le roi (car il appela ainsi le dauphin), en lui déclarant qu'il avait nommé par testament, Anne, sa femme, pour être sa. gouvernante pendant son bas âge.
Quand ce jeune prince fut venu, il lui répéta ce qu'il lui avait dit à Amboise, louchant les maux qui lui étaient arrivés pour avoir changé tous les officiers du roi' son père, et lui défendit encore de faire de tels changements, qui lui seraient ruineux. Il lui représenta l'état du royaume, et lui ordonna de soulager le peuple, épuisé par lant d'exactions. Il lui recommanda aussi de vivre en paix , du moins pendant cinq ou six ans, parce que le royaume, épuisé par lant de guerres, avait besoin de ce repos, et qu'il était dangereux de rien entreprendre avant qu'il fût dans un âge plus mûr.
IJ déclara qu'il avait fait avec des Cordes une entreprise secrète sur Calais; mais ii détendit do l'exécuter, parce qu'il nefallai: pas émouvoir les Anglais dans les commencements d'un nouveau règne, surtout ?ous un roi si jeune. Après qu'il eut renvoyé le dauphin, il ordonna au chancelier d'alfer le trouver avec son conseil et de lui porter les sceaux; tous ceux qui venaient lui parler d'affaires, il les renvoyait à sou lils, qu'il continuait d'appeler le roi, les exhortant do le bien servir, et lui faisant dire des choses
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I irait toujours appréhendé une pareille - ■ •;,-,.. el arail souvent ordonné que lorsqu'il serait en cet état, on lui dtt seulement
parler peu el le songer à se confesser, mais qu'on ne lui prononçât jamais cette furueste pai oie de mort.
II écouta pourtant patiemment ces paroles; mais il ne put s'empêcher de dire au il espérait que Dieu lui rendrait la santé , et qu'il -•• portait mieux qu'on ne pensait. Il ne laissa pas aussitôt après de demander les sa-
ements; il faisait des prières convenables à ebaque sacrement qu'il recevait. Il parla toujours de grand sens jusqu'au dernier soupir. Il ordonna lui-même sa sépulture, qu'il choisit à Notre-Dame deCléri, ei nomma tous ceux qui devaient assister à ses funérailles, en prescrivant ce que chacun avait à faire.
Il attendait en cet état l'heure de sa mort, el disait toujours qu'il espérait que la sainte \ ierge, qu'il avait particulièrement honorée durant sa vie, lui obtiendrait la grâce de mourir au jour qui lui était dédié. La chose arriva ainsi , et il mourut le samedi 30 août, comme il l'avait désiré.
Il avait toujours dit qu'il ne croyait point passer soixante ans, et que depuis longtemps aucun roi de Fiance n'avait été au delà. Il mourut en effet à sa soixante et unième année, et fut enterré au lieu où il l'avait ordonné. Il est certain qu'il avait l'esprit d'une
LETES DE BOSSUET l>>
grande étendue, prévoyant, actif, pénétrant, supérieur aux affaires et très-habile à les démêler, quelque embarrassées qu'elles fussent, adroit à connaître et ménager les humeurs et les intérêts des hommes. Il avait inoutré beaucoup de valeur à la bataille de Montlhéri; et s'il craignait les combats, ce n'était pas manque de courage, mais par la connaissance qu'il avait des hasards do la guerre, auxquels il ne voulait point exposer son Ktat.
Ce prince était naturellement libéral ; il eût été seulement à souhaiter que dans les dons qu'il faisait , il eût plus considéré la nécessité de ses peuples accablés. Il savait admirablement se faire obéir, et il était pins disposé à [tousser trop avant l'autorité qu'à la aisser affaiblir. 11 n'était pas sans lettres, et il avait plus d'érudition que les rois n'ont accoutumé d'en avoir. Il augmenta la Bibliothèque royale, que les rois ses successeurs, et principalement Louis le Grand, ont tellement enrichie, que le monde n'a rien de plus curieux ni plus beau.
Ce prince favorisait les gens de lettres, qu'il attirait avec soin des royaumes étrangers, et il recueillit généreusement ceux qui s'étaient sauvés de la Grèce après la prise de Constantinople. Il eut soin des études publiques, et réforma l'université de Paris. Il a beaucoup augmenté le royaume par l'acquisition de la Provence et la réunion de la Bourgogne avec l'Anjou, et presque toute la Picardie. Cela est grand et illustre; mais d'avoir tourné la religion en superstition, de s'être si étrangement abandonné aux soupçons et à la défiance, d'avoir été si rigoureux dans les châtiments, et d'avoir aim/> le sang, sont des qualités d'une âme basse et indigne de la royauté.