LIVRE XIII
CHARLES VIII. [An 1483. j Aussitôt après la mort de Louis, on tint les états généraux à Tours, afin de pourvoir au gouvernement de l'Etat durant la jeunesse do Charles VIII, qui n'avait encore que treize ans et deux mois. Louis avait nommé par son testament Anne, sa fille aînée , gouvernante du jeune roi. Louis, duc d'Orléans, prétendait à c< tte place, comme premier prince du sang; et Jean, duc de Bourbon, frère aîné du seigneur de Beaujeu el beaufrère d'Anne de France, la lui contestait, soutenant que ce prince, qui n'avait que vingt -trois ans, étant lui-même mineur et en tutelle, n'était pas capable de lui disputer la principale autorité dans le gouvernement. [148+] Le roi fut reconnu majeur dans les étals suivant la déclaration de Charles V, qui, comme nous avons dit en son lieu, fixa la majorité des rois à quatorze ans commencés. On établit un conseil, où il fut résolu
que le roi présiderait, le duc d Orléans en son absence, et à son défaut le due de Bourbon , qui fut aussi fait connétable. Anne, sœur de Charles, eut le gouvernement de la personne du roi, suivant la disposition du roi défunt.
Le duc d'Orléans, très-mécontent de la résolution des états, voyait avec regret croître le pouvoir d'Anne, sœur du roi ; cette princesse, sous prétexte du gouvernement de la personne de Charles, se rendait maîtresse des affaires et des conseils. Cette jalousie l'obligea à rechercher l'amitié de François II, duc de Bretagne.
Les états de ce duc, dès le temps de l'assemblée de Tours, étaient dans une grande agitation. Il avait élevé un nommé Landais, homme de la plus vile extraction, et s'abandonnait aveuglément à ses conseils. Les barons de Bretagne, qui baissaient ce. favori, s'étaient révoilés contre leur duc.
Cl PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.
Le duc d'Orléans, plein d'ambition et dégoûté des a d'il ires de Fiance, se rail dans l'esprit d'épouser Anno, fille aîné*; et héritière du duc de Bretagne; et songeant à se servir de Landais dans ce dessein, il alla en Bretagne pour le soutenir. Les rebelles, de leur côté, eurent recours à la gouvernante , qui embrassa leur protection, par opposition pour Louis. Après la (in des états, Charles avait été mené à Reims pour y être sacré, et ensuite à Paris, où il lit son entrée solennelle.
Cependant Olivier le Daim, chirurgien et confident du roi défunt, convaincu de crimes énormes, fut condamné à être pendu. Jean Doiac, homme de basse naissance, un des favoris du même prince, qui l'avait l'ait gouverneur d'Auvergne, fut fouetté par la main du bourreau, et eut les oreilles coupées. Ainsi les méchants qui abusent de la faveur des rois et leur donnent de mauvais conseils, ou se rendent les instruments de leurs passions, trouvent à la fin le juste supplice de leurs crimes.
Le jeune roi faisait paraître de belles inclinations et se plaisait à la lecture des bons livres : il se mit même à étudier le latin, que le roi, son père, avait négligé de lui faire apprendre [1485]. Comme il avait été nourri loin du commerce des honnêtes gens, et renfermé au château d'Amboise avec peu de personnes de basse naissance, une si mauvaise éducation l'avait accoutumé à se laisser gouverner par ses valets. II s'abandonna entièrement à leur conduite, et Anne de France, sa sœur et sa gouvernante, fut contrainte de se servir d'eux pour maintenir son crédit. Les favoris de Charles, qui voyaient le duc d'Orléans ennuyé du gouvernement présent, cherchèrent quelqu'un qui pût les appuyer contre lui.
Dans ce même temps, René, duc de Lorraine, petit-fils, par sa mère Yolande d'Anjou, de René, roi do Sicile, étant venu à la cour, il se plaignait de ce qu'on lui retenait son duché de Rar, et il prétendait avoir droit sur la Provence, du côté de sa mère, fille de ce roi. On n'avait aucune envie de lui donner cette province, où le roi avait un droit si certain; mais on lui rendit son duché de Rar, et pour ce qui concernait la Provence, on l'entretint toujours d'espérance, dans le dessein de l'opposer au duc d'Orléans, qui, excité par François, comte de Dunois, aulanf hardi qu'habile, gagnait à Paris les peuples et les grands.
La gouvernante, avertie de ses desseins, résolut de le faire arrêter; il le sut et se sauva. Le duc de Rourbon, connétable sans autorité,. se joignit à lui avec d'autres princes, et Landais engagea son maître dans ce parti. I.a gouvernante, sans perdre de temps, assiégea le duc d'Orléans dans Bcaugency, place de son domaine où il s'était retiré, et le pressa si fort, qu'il fut contrainl de rechercher les voies d'accommodement.
La paix fut négociée et conclue par l'entremise du duc de Lorraine et de Jean de Châlons, prince d'Orange, fils d'une sœur du
-II. IIIST. DE FRANCE. LIT. XIII. ci
duc de Bretagne. Le traité en fut fait à Beaugency; mais le duc de Bretagne ne voulut pas y être compris. Par cet accord, le comte de Dunois, fort redouté par la gouvernante, fut obligé (Je se retirer à A^t, où il ne demeura guère: cette ville appartenait au duc d'Orléans, et avait été donnée en dot à Valenline, sa grand'mère, lorsqu'elle épousa Louis, son aïeul.
Après la paix, le duc d'Orléans envoya ses troupes au duc de Rretagne. Le roi marcha contre le dernier avec son armée, et continua à proléger les barons contre Landais, qui les allait perdre. Ils obligèrent le chancelier de Rretagne à faire informer contre co favori, et à le demander au duc pour lui faire son procès. Le duc fut contraint de le.' livrer, en exigeant cependant qu'on lui sau- j vât la vie, et déclarant qu'il lui donnait grâce, quelque crime qu'il eût commis ; ce qui n'empêcha pas que peu après il ne fût condamné et pendu. Par ce moyen les barons firent leur paix avec leur duc.
La gouvernante ayant appris que le duc d'Orléans faisait de nouvelles entreprises [i486], le manda à la cour, et envoya du côté d'Orléans le maréchal de Gié, de la maison de Rohan, avec des troupes pour l'obliger à venir. Il n'avait garde '\eî se livrer entre les mains de son ennemi. Il amusa le maréchal, en lui promettant qu'il serait plus tôt que lui à la cour, et, sous prétexte d'aller à la chasse du vo', il se relira en Rreta-ne. Il y fut trèsbien reçu par le duc, et se lia d'une amitié très-étroite avec Guibé, neveu de Landais, qui commandait la gendarmerie.
Cependant, le comte de Dunois ayant quitté Ast, avait engagé plusieurs princes dans le parti de Louis. René, duc de Lorraine, fatigué des remises dont la gouvernante le payait, se joignit à eux. Les seigneurs abordaient de tous côtés en Rretagne, les uns par amitié pour Louis, et les autres dans l'espérance d'épouser Anne, fille et héritière du duc de Rretagne. Les Prêtons entrèrent en jalousie contre le duc d'Orléans et contre les Français qu'ils voyaient si puissants dans leur pays. Les seigneurs qui s'étaient révoltés craignirent que leur duc ne voulût se servir de Louis pour les châtier, et se jetèrent entre les bras de la gouvernante, qui les assura de la protection du roi.
Le comte de Rieux, maréchal de Rretagne, était à leur tête. Il se fit un traité par lequel le roi pouvait entrer en Rretagne pour se rendre maître des princes rebelles, avec quatre mille hommes de pied ei quatre cents lances. Le roi, de son côté, promit d'en sortir aussitôt que le duc d'Orléans et ses associés en seraient dehors. Cependant lés comtes d'Angoulême et de Dunois, avec quelques amis iics ducs d'Orléans et de Rretagne , excitèrent de grands mouvements dans la Guyenne : le roi marcha contre eux en diligence; les amis que le duc d'Orléans avait à la cour tirent un complot pour l'enlever. Quelques évoques et Connues entré-
r.-ni dam iia > i » 1 1 lui découvert, el
les • : Mil arrêtés,
I g pour ei ise |ue le roi, las
iiï roé l'a ir, avail consenti
| leur i oinplol ; el la chose n'esl pas sans
i >uvernante Gt
quun nr faire leur pro
e| - : : m convaincus par leurs lettres
;i intelligence ave- le < i 1 1 * - d'Or-
j i imines, après avoir été tenu huit
lis » ! .t t i s les cages de fer <.le l'invention de
:i maître, fut condamné par arrêt
oenl à perdre u ie parti • de ses
biens el à être dix ans sans paraître à la
\ 'égard des évoques, la difficulté qui
les juger lit qu'on les tint deux
ans en prison, a, rès quoi, on les relâcha, à
la i Hère un Pape.
Le roi s'avança ensuite en Guyenne; à sa pr< sence, toutes les villes se rendirent, et la province se soumit. Il tourna du côté de la Bretagne, et en passant, il prit Parthenay en Poitou, où était lo comte de Dunois : il I artagea son armée en quatre, pour entrer dans la Bretagne, et s'arrêta à Laval, où il attendait l'événement. Ses troupes étaient beaucoup plus fortes qu'on n'était convenu, et les seigneurs, étonnés de voir une si grande puissance , s'aperçurent trop lard qu'ils avaient appelé leurs maîtres. Le roi avait déclaré «pie la Bretagne lui appartenait par une cession des héritiers de Pentliièvre, laite en faveur de Louis XI, et quelques Baigneurs étaient bien aises de celle prétention, dans la confusion où étaient h* affaires de Bretagne.
L'armé.' royale prit d'abord plusieurs places importantes, entre autres Vannes et Dinan, Le duc fut assiégé dans Nantes, où, pressé par un ennemi si puissant, il demanda (ju secours àMaximilien, faii depuis peu roi des Romains, àquiquelques historiens disent qu'il avait promis sa fille, et envoya le comte de Dunois en Angleterre.
Henri VII, comte de Richemont, descendu d'une tille de Lancastre, y régnait alors. Il avait été longtemps prisonnier en Bretagne, où la tempête l'avait jeté, après la dernière défaite de Henri VI. Le duc le garda soigneu- ..ienl durant toulle règned'Euouard. Après sa mort, il fui relâché et entreprit quelque chose contre Richard ; son parti fut battu, et il retourna en Bretagne, où Landais, gagné ! ar Richard, résolut de le livrer. L'ayant su, il se sauva en France, où Charles le reçut très-bien, et lui donna trois ou quatre mille hommes des plus méchantes troupes qu'il eût, avec lesquelles ayant joint quelques Anglais fugitifs, il eut le courage de repasser en Angleterre. Avec ces troupes ainsi lassées, Richard fut défait et périt dans le combat, et Henri fut reconnu roi, comme chef de la maison de Lancastre.
Le duc se persuada que les progrès de
Charles causeraient de la jalousie au roi
u Angleterre, et que son intérêt le porterait
ecourir la Bretagne [1487]; mais le comte
Dunois, qu'il lui envoyait, avant été re-
l'oussé par la tempête, ne put jamais abor-
QEUVRI COMJ ■ DEBOSSuET. Os
lier en Angleterre, et fut jeté sur les cj)les de Basse-Bretagne. Il n'y demeura pas sans
rien faire; car ayant ramassé les communes au nombre de soixante mille hommes, il alla a Nantes, où il jeta du secours, el obligea les français à lever le siège.
Quant à Maximilien, il était trop occupé dans les Pays-Bas, pour ètro en état d'assister ses alliés. Les maréchaux des Cordes et de (iié lui avaient enlevé par* intelligence Saint-Oruer et Thérouane. Ils gagnèrent aussi sur lui une bataille rangée, et ce prince, dépourvu d'hommes et d'argent, l'ut réduit à faire ses plaintes à Charles, qui n'en lit [tas beaucoup d'état.
Environ dans ce même temps, ceux de Gand se révoltèrent contre lui, parce qu'il leur avait ôlé son tils, qu'il avait mené à Malines. Plusieurs villes de Flandre suivirent cet exemple : Maximilien lui-même fut arrêté prisonnier à Bruges, par le peuple soulevé, qui lit mourir plusieurs de ses créatures. Malgré les menaces de l'empereur, son père, ils le voulaient livrerai! roi, leur souverain seigneur; il ne s'en défendit, que par ses larmes, et par les serments qu'il lit de tout oublier.
Aussitôt qu'il fut en liberté, il se retira en Allemagne, et donna le gouvernement, tant de ses lerres que de Philippe, son fils, à Albert, duc de Saxe. Ce fut alors, selon quelques historiens, que l'empereur Frédéric III, ou IV, selon d'autres, érigea l'Autriche en archiduché, pour relever par ce titre la dignité de son petit-fils, qu'on appela dès lors J'archiduc Philippe; mais d'autres auteurs disent que son père Maximilien en avait été décoré auparavant.
[14-881 Cependant le roi joignit contre les rebelles les procédures de justice à la force des» armes. Séant en son parlement, il fit ajourner les ducs d'Orléans et de Bretagne avec les seigneurs de son parti, contre lesquels les défauts fureut pris selon la coutume. C'était un nouveau titre pour autoriser la saisie de la Bretagne, dont il avait raison de priver un vassal rebelle et contumace. Quand les Bretons virent qu'il allait beaucoup au delà qu'il ne lui était permis par le traité, ils l'envoyèrent supplier de retirer ses armes, et lui offrirent en même temps de faire sortir de leur pays le duc d'Orléans; uiais la gouvernante, tière du succès désarmes françaises, répondit que le roi était le maître, e't qu'il ne prétendait pas s'arrêter en si beau chemin.
Cette parole fit un mauvais effet, le maréchal de Rieux, suivi de la plupart des seigneurs, fit son accord avec le duc, et reprit plusieurs places, entre autres Vannes. Ceux de la maison de Rohan demeurèrent attachés au roi, qui se servit des prétentions qu'ils avaient sur la Bretagne pour avancer ses affaires. La Trémouille qu'on appelait « le chevalier sans reproche, » entra en Bretagne avec l'armée du roi, donl il avait le commandement. Il prit, entre autres places,
Fougères, regardée alors comme une
des
plus importantes de Bretagne, el Saint-Àu*