LIVRE X
SUITE DES SECOURS DE LA ROYAUTÉ.— LES RICHESSES OU LES FINANCES; LES CONSEILS; LIS INCONVÉNIENTS ET TENTATIONS QUI ACCOMPAGNENT LA ROYAUTÉ, ET LES REMÈDES QU'ON V DOIT APPORTER.
ARTICLE PREMIER
Des richesses, ou des finances. — Du commerce et des impôts.
Première Proposition. 7/ y a des dépenses de nécessité ; il y en a de splendeur et de dignité. — « Qui jamais fit la guerre à ses dépens ? Quel soldats ne reçoit pas sa paye ?» (7 Cor. ix, 7.)
On peut ranger, parmi ces dépenses de nécessité, toutes celles qu'il faut pour la guerre; comme la fortification des places, les arsenaux, les magasins et les munitions, dont il a été parlé.
Les dépenses de magnificence et de dignité ne sont pas moins nécessaires, à leurs manières, pour le soutien de la majesté, aux yeux des peuples et des étrangers.
Ce serait une chose infinie de raconter les magnificences de Salomon. (/// Reg. vi, vu, vin, ix ; 11 Pur. i-vn.)
Premièrement dans le temple, qui fut l'ornement comme la défense du royaume et de la vrlle. Rien ne l'égalait dans toute la terre, non plus que le Dieu qu'on y servait. Ce temple porta jusqu'au ciel, et dans toute la postérité, la gloire de la nation, et le nom de Salomon son fondateur. (1 Par. xxix, 23- 25. )
Treize ans entiers furent employés à bâtir le palais du roi dans Jérusalem, avec les bois, les pierres, les marbres et les matériaux les plus précieux, comme avec la plus belle et la plus riche architecture qu'on eût jamais vue. On l'appelait le Liban, à cause de la multitude de cèdres qu'on y posa, en hautes colonnes, comme une forêt, dans de vastes et de longues galeries, et avec un ordre merveilleux. (/// Reg. vu, 1 seq.)
On y admirait en particulier le trône royal, où tout resplendissait d'or, avec la superbe fealerie où il était érigé. Le siège en était d ivoire, revêtu de l'or le plus pur; les six de-rés par où Ton montait au trône, et les abeaux où posaient les pieds, étaient du môme métal ; les ornements qui l'environnaient étaient aussi d'or massif. (7/7 Rcq. x, 18-20; il Par. ix, 17-19.)
Auprès se voyait l'endroit particulier de
la galerie où se rendait la justice, tout construit d'un pareil ouvrage.
Salomon bâtit en même temps le palais de la reine sa femme, fille du roi Pharaon (III Reg. m, 1; ix, 24; II Par. vin, 11), où tout élincelait de pierreries, et où, avec la magnificence, on voyait reluire une propreté exquise.
Ce prince appela pour ces beaux ouvrages, tant de son royaume que des pays étrangers, les ouvriers les plus renommés pour le dessin, pour la sculpture, pour l'archiiecture [11 Par. ii, 13, 14), dont les noms sont consacrés à jamais dans les registres du peuple de Dieu, c'est-à-dire dans les saints Livres.
Ajoutons les lieux destinés aux équipages (III Reg. iv, 26 ; x, 16 ; II Par. i, 14; ix, 25), où les chevaux, les chariots, les attelages étaient innombrables.
Les tables, et les officiers de la maison du roi pour la chasse, pour les nourritures, pour tout le service, dans leur nombre comme dans leur ordre, répondaient à celte magnificence. [III Reg. iv, 22, 23.)
Le roi était servi en vaisselle d'or. Tous les vases de la maison du Liban étaient de lin or. (III Reg. x, 21 ; Il Par. ix, 20.) Elle Saint-Esprit ne dédaigne pas de descendre dans tout ce détail, parce qu'il servit, dans ce temps de paix, à faire admireret craindre, au dedans et au dehors, la puissance d'un si grand roi.
Une grande reine, attirée par la réputation de tant de merveilles, vint les voir dans le plus superbe appareil, et avec des chameaux chargés de toute sorte de richesses. (77/ Reg. x, 1 seq. ; Il Par. ix, 1 seq.) Mais quoique accoutumée à la grandeur où elle était née, elle demeurait éperdue à l'aspert de tant de magnificences de la cour de Salomon. Ce qu'il y eut de plus remarquable dans son voyage, c'est qu'elle admira la sagesse du roi plus que toutes ses autres grandeurs, et qu'il arriva ce qui arrive toujours à l'approche des grands hommes, qu'elle reconnut dans Salomon un mérite qui surpassait sa réputation.
Los présents qu'elle lui lit, en or, en pierreries et en parfums les plus exquis, furent