PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. X
immenses, et demeurèrent cependant beaucoup au-dessous de ceux que Salomon lui rendit. (Ibid.) Par où le Saint-Esprit nous fait entendre qu'on doit trouver dans les grands rois une grandeur d'âme qui surpasse tons leurs trésors, et que c'est la ce qui l'ait véritablement une âme royale.
Les grands ouvrages de Josaphat, d'Ozias, d'Ezéchias et des aulres grands rois de Juda, les villes, les aqueducs, les bains publics et les antres choses qu'ils firent, non-seule- ■ ment pour la sûreté et pour la commodité publique, mais encore pour l'ornement du palais et du royaume, sont marqués avec soindans l'Ecriture. (// Reg. xx,13,20;// Par. xvu, xxvi ; xxxu, 27, 28.) Elle n'oublie pas les meubles précieux qui paraient leurs palais, et ceux qu'ils y faisaient garder, non plus que les cabinets des parfums, les vaisseaux d'or et d'argent, tous les ouvrages exquis, et les curiosités qu'on y ramassait.
Dieu défendait l'ostentation que la vanité inspire, et la folle enflure d'un cœur enivré de ses richesses ; mais il voulait cependant que la cour des rois fût éclatante et magnifique-, pour imprimer aux peuples un certain respect.
Et encore aujourd'hui, au sacre des rois, comme on a déjà vu, l'Eglise fait cette prière (78) : « Puisse la dignité glorieuse, et la majesté du palais, faire éclater aux yeux de tous la grande splendeur de la puissance royale ; en sorte que la lumière, semblable à celle d'un éclair, en rayonne de tous côtés 1 » Toutes paroles choisies pour exprimer la magnificence d'un cour royale, qui est demandée à Dieu comme un soutien nécessaire de la royauté.
IIe Prop. Un Etat florissant est riche en or et en argent, et c'est un des fruits d'une longue paix. — L'or abondait tellement durant Je règne de Salomon, «qu'on y comptait l'argent pour rien, et qu'il était (pour ainsi parler) aussi commun que les pierres, et les cèdres aussi vulgaires que les sycomores qui croissent (fortuitement) dans la campagne. » (111 Reg. x, 21,27; 11 Par. :x, 20,27.)
Commec'était là le fruit d'une longue paix, le Saint-Esprit le remarque, pour faire aimer aux princes la paix, qui produit de si grandes choses.
IIIe Prop. La première source de tant de richesses est le commerce et la navigation. — «Car les navires du roi allaient en Tharsis et en pleine mer, avec les sujets d'Hiram, roi de Tyr, et rapportaient tous les trois ans de l'or, de l'argent et de l'ivoire, avec les animaux les plus rares. » (111 Reg. x, 22; 11 Par. îx, 21. j
Salomon avait une flotte à Asiongaber auprès d'Ailalh, sur le bord de la mer Rouge ; et Hiram, roi de Tyr, y joignit la sienne, où étaient les Tyriens, peuples les plus renommés de toute la terre pour la navigation et pour le commerce, qui rapportaient d'Ophir (quel qu'ait été ce pays), pour le compte de Salomon, quatre cent vingt talents d'or, sou-
vent même quatre cent cinquante, avec les bois les plus précieux et des pierreries. (/// Reg. ix, 2G-28 ; // Par. vm, 17, 18.)
La sagesse de Salomon parait ici par deux endroits : l'un, qu'après avoir connu la nécessité du commerce, pour enrichir son royaume, il ait pris, pour l'établir, le temps d'une paix profonde, où l'Etat n'était point accablé des dépenses de la guerre; l'autre, que ses sujets n'étant point encore exercés dans le négoce et dans l'art de naviguer, il ait su s'associer les habiles marchands et les guides les plus assurés dans la navigation qui fussent au monde, c'est-à-dire les Tyriens, et faire avec eux des traités si avantageux et si sûrs.
Quand les Israélites furent instruits par eux-mêmes dans les secrets du commerce, ils se passèrent de ces alliés, et l'entreprise quoique malheureuse du roi Josaphat, dont la flotte périt dans le port d'Asiongaber (111 Reg. xxn, 49; 11 Par. xx, 36, 37), fait voir que les rois continuaient le commerce et les voyages vers Ophir, sans qu'il y soit fait mention du secours des Tyriens.
IVe Prop. Seconde source des richesses : le domaine du prince. — Du temps de David il y avait des trésors dans Jérusalem, et Azmolh, fils d'Adiel, en était le garde. (7 Par. xxvn, 25-28.) Pour les trésors qu'on gardait dans les vitles, dans les villages et dans les châteaux ou dans les tours, Joathan , fils d'Ozias, en avait la charge. Ezri, fils de Chélub, avait soin de ceux qui étaient occupés au labourage et aux travaux de la campagne. Il y avait un gouverneur particulier pour ceux qui faisaient les vignes et prenaient soin des celliers : et c'étaient Séméias et Zahdias. Balanan était préposé pour la cuiture des oliviers et des figuiers, et Joas veillait sur les réservoirs d'huile. On voit par là que le prince avait des fonds, et des officiers préposés pour les régir.
On marque aussi les villages qui étaient à lui, et le soin qu'il eut de les entourer de murailles. (/// Reg. ix, 19.) On faisait des nourritures dans les pâturages de la montagne de Saron, et sur les vallons qui y étaient destinés. L'Ecriture spécifie les bêtes à cornes, les chameaux et les troupeaux de brebis. Chaque ouvrage avait son préfet : « et tels étaient les gouverneurs, ou les intendants qui avaient soin des biens et des richesses du roi David. » (/ P ar. xxvn, 29- 31.)
La même chose continue sous les autres rois. Et il est écrit d'Ozias (// Par. xxi, 10) , «qu'il creusa beaucoup de citernes, parce qu'il nourrissait beaucoup de troupeaux dans les pâturages, et dans les vastes campagnes ; qu'il prenait grand soin de la culture des vignes, et de ceux qui y étaient employés, dans les coteaux et sur le Carmei : et qu'il était fort affectionné à l'agriculture. »
Ces grands rois connaissaient le prix des richesses naturelles, qui fournissent les né-
(78j Cérém. franc., p. 19, 55, 61,
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eessités'dc la rie, rt enrichissent les peuples plu* que les mines d'or el d'argent.
i es Isra i!es avaient appris dès leur origine ces utiles exercices. Kl il est écrit 'Abraham G*n. mi, 2), qu'il était « très- Ne en or el en argent ■ Ce qui , sans cônes lieui « ù la nature resserre ces i - : étauz . lui provenait seulement des s ins de la nourriture el des troupeaux. D'où est venue aussi la réputation de la vie pas- I b e, que ce patriarche et ses descendants , dt embrassée.
\ ' Phop. — Troisième source des richesses : les tributs imposes aux rois et aux nations Hum m*, qu'on appelait des présents. — Ainsi i id imposa tribut aux Moabiteset à Damas, el y établit des garnisons pour leur faire payer ces ; résents. (/ Par. xvm, 2, 6.)
Salomon avait soumis tous les royaumes depuis le fleuve de la terre >\es Philistins jusqu'aux confins de l'Egypte. Et tous les rois de ces pays lui offraient des présents, et lui devaient certains services. [/// Reg. iv, 21.)
Le poids de l'or, qu'on payait tous les ans à Salomon, était de six cents talents; outre ce qu'avaient accoutumé de payer les ambassadeurs de diverses nations, et les riches marchands étrangers, et tous les rois d'Arabie, et les princes des autres terres, qui lui apportaient de l'or et de l'argent. (111 Reg. x, IV, 15; 11 Par. îx, 13, 14.) C'est ainsi qu'on l'avait chanté par avance sous le roi David (Psal. xuv, 13), que les filles de Tyr (c'est-à-dire les villes opulentes), et leurs plus riches marchands, apporteraient leurs présents à la cour de Salomon.
Tous les rois des terres voisines envoyaient chaque année leurs présents à Salomon, qui consistaient en vases d'or et d'argent, en riches habits, en armes, en parfums, en chevaux et en mulets (7/ Par. ix, 23, 24); c'està-dire ce que chaque pays avait de meilleur.
Les Ammonites apportaient des présents à Ozias, et son nom était célèbre jusqu'aux confins de l'Egypte. (11 Par. xxvi, 8.)
On comptait parmi ces présents non-seulement l'or et l'argent , mais encore des troupeaux : el c'est ainsi que les Arabes payaient par an à Josaphat sept mille sept cents béliers, et autant de boucs ou de chevreaux. (// Par. xxvi, 11.)
NTProp. — Quatrième source des richesses: les impôts que payait le peuple. — Dans tous les Etals , le peuple contribue aux charges publiques, c'est-à-dire à sa propre conservation ; et celte partie qu'il donne de ses biens lui en assure le reste, avec sa liberté et son ref'os.
Lordre des finances, sous les rois David et Salomon, était qu'il y avait un surintendant préposé à tous les impôts, pour donner .les ordres généraux. (// Reg. xx, 24; 111 Req. iv, G; xu, 18; Il Par. x, 18.)
Il y avait, pour le détail, douze intendants distribués par canton, et ceux-ci étaient cliar-
(79) Ci-dev., I. jv, art. 2, 2< prop.
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ces, r.hacun à son mois, ()x^ contributions nécessaires à la dépense du roi et de sa maison. (/// Reg. iv, Tseq.) Leur département était grand i puisqu'un seul avait à sa charge soixante grandes villes environnées de murailles, avec des serrures d'airain. (ibid., 13.)
On lit aussi de Jéroboam (/// Reg. xi, 28) : que « Salomon, qui le voyait, dans sa jeunesse, homme do courage, appliqué et industrieux (ou agissant, comme parle l'original), le préposa aux tribus de la maison de Joseph; » c'est-à-dire des deux tribus d'Ephraïm et de Mariasse. Co qui montre, en passant, les qualités qu'un sage roi demandait pour de telles fonctions, encore que sa prudence ait élé trompée dans le choix de la personne.
VIIe Prop. Le prince doit modérer les impôts el ne point accabler le peuple. — « Qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait, en l'échauffant et la tourmentant, lire du beurre : qui se mouche trop fortement, fait venir le sang : qui presse trop les hommes, excite des révoltes et des séditions. » C'est la règle que donne Salomon. (Prov. xxx , 33.)
L'exemple de Roboam apprend sur cela lo devoir aux rois.
Comme cette histoire est connue, et qu'elle a déjà été touchée ci-devant (79), nous ferons seulement quelques réflexions.
En premier lieu, sur les plaintes que le peuple fit à Roboam contre Salomon qui avait fait des levées extraordinaires. (111 Reg. xu, 1-4; // Par. x, 2-4. ) Tout abondait dans son règne, ainsi que nous avons vu. Cependant, comme l'histoire sainte ne dit rien contre ce reproche, et qu'il y passe au contraire pour avéré, il est à croire que, sur la fin de sa vie, abandonné à l'amour des femmes, sa faiblesse le portait à des dépenses excessives, pour contenter leur avarice et leur ambition.
C'est le malheur, ou plutôt l'aveuglement, où sont menés les plus sages rois, par ces déplorables excès.
En second lieu, la réponse dure et menaçante de Roboam poussa le peuple à la révolte, dont l'effet le plus remarquable fut d'accabler à coups de pierres Aduram, chargé du soin des tributs, quoique envoyé par le roi pour l'exécution de ses rigoureuses réponses. Ce qui effraya tellement ce prince, qu'il monta précipitamment sur son char, et s'enfuit vers Jérusalem (/// Reg. xu, 18; 11 Par. x, 18), tant il se vit en péril.
En troisième lieu, la dureté de Roboam à refuser toul soulagement à son peuple, et la menace obstinée d'en aggraver le joug jusqu'à un excès insupportable, a mis ce prince au rang des insensés. «A Salomon succéda la folie de la nation, » dit le Saint-Esprit (Eccli. xi.vii,27), « et Roboam, destitué de prudence, qui aliéna le peuple par le conseil qu'il suivit, » jusque-là, son propre tils et