‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 117 sur 458 · PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV · texte numérisé non relu

PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV

son successeur, Altia, l'appelle ignorant, et d'un cœur lâche. (// Par. xin, 7 )

En quatrième lieu, cette réponse orgueilleuse el inhumaine est attribuée à un aveuglement permis de Dieu, et regardé comme un effet de celte justice qui met l'esprit de vertige dans les conseils des rois. <t Le roi n'acquiesça pas à la prière de son peuple, parce que le Seigneur s'était éloigné de lui pour accomplir la parole d'Ahias Silonite ( 111 Reg. xn, 15; // Par. x, 15), qui avait prédit, du vivant de Salomon, la révolte des dix tribus et la division du royaume. » Ainsi, quand Dieu veut punir les pères, il livre leurs enfants aux mauvais conseils, et châtie tout ensemble les uns et les autres.

En cinquième lieu, la suite est encore plus terrible. Dieu permit que le peuple soulevé oubliât tout respect, en massacrant, comme aux yeux du roi, un de ses principaux ministres, et renonçant tout ouvertement à l'obéissance.

En sixième lieu , ce n'est pas que ce massacre et celte révulte ne fussent des crimes. On sait assez que Dieu en permet dans les uns, pour châtier ceux des autres. Le peuple eut tort, Roboam eut tort; et Dieu punit l'énorme injustice d'un roi qui se faisait un honneur d'opprimer son peuple, c'est-à-dire ses enfants.

En septième lieu, cette dureté de Roboam effaça par un seul trait le souvenir de David et de toutes ses bontés, aussi bien que celui de ses conquêtes et de ses autres grandes actions. « Quel intérêt, » dit le peuple d'Israël (111 Reg. xn, 10; Il Par. x, 16), « prenonsnous à David, et que nous importe ce que deviendra le fils d'Isaï? O David ! pourvoyez à votre maison et à la tribu de Juda. Pour nous, allons-nous en chacun chez nous, sans nous soucier de David ni de sa race. » Jérusalem, le temple, la religion, la loi de Moïse furent aussi oubliés, et le peuple ne fut plus sensible qu'à sa vengeance.

Enfin, en huitième lieu, quoique l'attentat du peuple fût inexcusable, Dieu sembla vouloir ensuite autoriser le nouveau royaume qui s'établit par ce soulèvement, et il défendit à Roboam de faire la guerre aux tribus révoltées, « parce que, » dit-il (/// Reg. xn, 23, 24; 11 Par. xi, 3, 4), « tout cela s'est fait par ma volonté, » par ma permission expresse, et par un juste conseil. Jéroboam paraît devenir un roi légitime, par le don que Dieu lui fit du nouveau royaume. Ses successeurs constamment furent de vrais rois, que Dieu fit sacrer par ses prophètes. Ce n'était pas qu'il aimât ces princes, qui faisaient régner toutes sortes d'idolâtries et de méchantes actions; mais il voulut laisser aux rois un monument éternel, qui leur lit sentir combien leur dureté envers leurs sujets était odieuse à Dieu et aux hommes.

VHP Prop. — Conduite de Joseph dans le temps de cette horrible famine dont toute l'Egypte et le voisinage furent affligés. — Joseph, en vendant du blé aux Egyptiens, mit tout l'argent de l'Egypte dans les co lires du roi. Par ce moyen il acquit aussi poul-

ie prince tous leurs bestiaux, et enfin toutes leurs terres, et même jusqu'à leurs personnes, qui furent mises dans la servitude. (fJcn. xlvii, 13seq.)

Loin de s'offenser de cette conduite, toute rigoureuse qu'elle paraisse, la gloire de Joseph fut immortelle. Ce sage ministre tourna tout au bien public. Il fournit au peuple do quoi ensemencer leurs terres, que Pharaon leur rendit; il régla les impôts qu'ils devaient au roi, à la cinquième partie de leursrevenus, et fit honneur à la religion, en exemptant de ce tribut les terres sacerdotales. C'est ainsi qu'il accomplit tout le devoir d'un zélé ministre envers le roi el envers le peuple, et qu'il mérita le titre de sauveur du inonde. (Gen. xu, 45.)

IX' Prop. — Remarques sur les paroles de Jésus-Christ et de ses apôtres touchant les tributs. — '< Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, » dit Jésus- Christ. (Matth. xxn, 21.) Pour prononcer celte sentence, sans demander comment et avec quel ordre se levaient les impôts, il ne regarde que l'inscription du nom de César, gravé sur la monnaie publique.

Son apôtre prononce de même (Rom. xm, 7) : « Rendez le tribut à qui vous devez Je tribut, et l'impôt à qui vous devez l'impôt (en argent ou en espèces, selon que la coutume l'établit) ; l'honneur à qui vous devez l'honneur, la crainte à qui vous devez la crainte. »

Saint Jean-Raptiste avait dit aux publicains chargés de lever les droits de l'empire : « N'exigez rien au delà de ce qui vous est ordonné. » (Luc. m, 13.)

La religion n'entre point dans les manières d'établir les impôts publiques, que chaque nation connaît. La seule règle divine et inviolable parmi tous les peuples du monde, est de ne point accabler les peuples, et de mesurer les impôts sur les besoins de l'Etat, el sur les charges publiques.

Xe Prop. Réflexions sur la doctrine précédente; et définition des véritables richesses. —On doit conclure, des passages que nous avons rapportés, que les véritables richesses sont celles que nous avons appelées naturelles, à cause qu'elles fournissent à la nature ses vrais besoins. La fécondité de la terre, el celle des animaux, est une source inépuisable des vrais biens ; l'or et l'argent ne sont venus qu'après, pour faciliter les échanges.

Il faut donc, à l'exemple des grands rois que nous avons nommes, prendre un soin particulier de cultiver la terre, et d'entretenir les pâturages des animaux, avec l'art vraiment fructueux d'élever des troupeaux, conformément à cette parole (Eccli. vu, 10) : « Ne négligez point les ouvrages, quoique laborieux, de la campagne, et le labourage que le Très-Haut a créé. >> Et encore (lbid.y 24; Prov. xxvii, 23) : « Prenez garde à vos bestiaux; ayez soin de les bien connaître. Considérez vos troupeaux. »

.Le prince qui veille à ces choses, rendra ses peuples heureux et son Etal florissant.

\r Puor. Le* traie* rickme* eTum royaume

tant les hommes On BSl rêfî quand «'il vint,

ia es bons rois, la inuliuu.lt' incroyable du peuple, par la grandeur étonnante des armées. \n contraire, on est honteux pour \ iebel pour le royaume d'Israël épuisé île peuple, quand on voit camper son armée, « comme deui petits troupeaui de chèvres (/// Rcg. xi, 27), » pendant que l'armée m rienne, qu'elle avait en tête, couvrait toute la fa< e de la terre.

Parmi le dénombrement dos richesses nnraenses de Salomon, il n'y a rien do plus beau que ces paroles (111 licg. iv, 20) : « Judas el Israël étaient innombrables comme le sal»le de la mer. »

Mais voici le comble de la félicité et de la richesse. C'est que « tout ce peuple innombrable mangeait et buvait du fruit de ses mains, et ch icun sous sa vigne et son figuier, et était en joie. >-. (111 Iieg. iv, 20, 25.) Car la joie rend les corps sains et vigoureux, et l'ait profiter l'innocent repas que l'on prend avec sa famille, loin de la crainte de l'ennemi, et bénissant, comme l'auteur de tant de biens, le prince qui aime la paix, encore qu'il soit en état de faire la guerre, et ne la craigne que par bonté et par justice. Un peuple triste et languissant perd courage et n'est propre à rien : la terre même se ressent de la nonchalance où il tombe, et les familles sont faibles et désolées.

XII" Moyens certains d'augmenter le peuple.— C'est qu'il soit un peu à son aise, comme on vient de voir.

Sous un prince sage, l'oisiveté doit être odieuse, et on ne la doit point laisser dans la jouissance de son injuste repos. C'est elle qui corrompt les mœurs et fait naître les brigandages. Elle produit aussi les mendiants, autre race qu'il. faut bannir d'un royaume bien policé, et se souvenir de cette loi (Veut, xv, k) : t Qu'il n'y ait point d'indigent ni de mendiant parmi vous. » On ne doit pas les compter parmi les citoyens, parce qu'ils sont à charge à l'Etat, eux et leurs enfants. Mais, pour ôter la mendicité, il faut trouver des moyens contre l'indigence.

Surtout il faut avoir soin des mariages, rendre facile et heureuse l'éducation des enfants, et s'opposer aux unions illicites. La fidélité, la sainteté et le bonheur des mariages est un intérêt public, et une source de félicité pour les Etats.

Celle loi est politique autant que morale et religieuse (Deut. xxm, 17) : « Qu'il n'y ait point de femmes de mauvaise vie .parmi les tilles d'Israël, 'ni de débauché parmi ses enfants. » Soient maudites de Dieu et des hommes les unions dont on ne veut point voir de fruit, et dont les yœnx sont d'être stériles, 'foules les femmes de la famille d'Abimélech le devinrent, par un exprès jugement de Dieu, à cause de Sara, femme d'Abraham. (G en. xx, 17, 18.) Au contraire, Dieu favorise et bénit les fruits des mariages

(80) Ci dev., 1. v, an. 1 el -2.

légitimes On voit croître ses enfants autour de sa table comme déjeunes oliviers, (/'.sa/. i:\wn, 3.) Lue femme ravie d'être mûre est regardée avec complaisance de celui qu'elle a rendu père de si aimables enfants. On leur apprend que la modestie, la frugalité, et l'épargne conduite par la raison, est la principale partie de la richesse; et nourris dans une bonne maison, mais réglée, ils savent mépriser la vanité qu'ils n'ont point vue chez leurs parents.

La loi seconde leurs désirs, quand elle réprime Je luxe. Les premiers qu'elle soulevait contre leurs enfants déréglés, étaient les pères et les mères, qu'elle contraignait à les déférer au magistrat, en lui disant : « Voilà noire fils désobéissant, qui, sans écouter nos avis et nos corrections, passe sa vie dans la bonne chère, dans le désordre et dans la débauche. » La peine de ce débauché incorrigible était « d'être lapidé; et tout Israël, saisi de crainte, se relirait du désordre. » (Deut. xxi, 18-21. ) On n'en était pas quitte en disant : Je ne fais tort à personne ; on se trompe : dans les dérèglements qui empêchent ou qui troublent les mariages, il faut éviter et punir, non-seulement le scandale, l'injure qu'on fait aux particuliers, mais encore celle qu'on fait au public, qui est plus grande et plus sérieuse qu'on ne pense.

Concluons donc, avec le plus sage de tous les rois : « La gloire du roi et sa dignité, est la multitude du peuple : sa honte est de le voir amoindri et diminué par sa faute. » (Prov. xiv, 28.)

ARTICLE IL

Les conseils.

Nous en avons déjà beaucoup parlé, et posé les principes (80), surtout quand nous avons traité des moyens dont un prince se doit servir pour acquérir les connaissances qui lui sont nécessaires pour bien gouverner. Mais l'on approfondit ici encore davantage ce qui regarde une matière de celte importance , et l'on réunit, sous un même point de vue, les préceptes et les exemples que l'Ecriture nous fournit, même quelques-uns de ceux qui se trouvent dispersés dans cet ouvrage, afin qu'après en avoir posé les principes, on en puisse voir dans un même lieu l'application et le détail dans toute son étendue.

Première Proposition. Quels ministres ou officiers sont remarqués auprès des anciens rois. — Sous David, Joalo commandait l'armée; Banaïas avait la conduite des légions Céréthi et Phéléthi, qui étaient comme la garde du prince, et semblaient être détachées du commandement général des armées, sous un chef particulier, qui ne répondait qu'au roi. Aduram était chargé des tributs ou finances. Josaphat était secrétaire et garde des registres. Siva, qu'on appelle ailleurs Saraïas, est appelé scribe, homme lettre au-

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