PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. — POI
près du prince. Ira (Hait prêtre de DaVid. (Jllieg. vin, 16, 17, 18; xx, 23-26.) Jonathan, oncle de David, son conseiller, homme intelligent et lettré; il était, avec Jahiel, gouverneur des enfants du roi. Achitophcl fut le conseiller du roi; et après lui, Joïada et Abiathar; et Cbusaï était l'ami du roi. (/ Par. xwii, 32, 33, 34.)
On marque, auprès de Salomon, des personnes appelées gens de lettres : Banaïas, commandant les troupes. Azarias, fils de Nathan, était à la tête de ceux qui assistaient auprès du roi. Zabud était prêtre, et l'ami du roi. Ahisar, s'il était permis de traduire ainsi, était grand-maître de sa maison ; et Adoniram était chargé des finances. (III Reg. iv,2-G.)
On nomme aussi les grands piètres, ou los principaux d'entre les prêtres qui étaient alors (Ibid.), pour montrer que leur sacré ministère leur donnait rang parmi les officiers publics, et que, sous les rois, ils se mêlaient des pius grandes affaires : témoin Sadoc, qui eut tant de part à celle où il s'agissait de donner un successeur au royaume. {III Reg. i, 8, 32, 44.)
La dignité de leur sacerdoce était si éminente, que cet éclat donnait lieu à dire que « les enfants de David étaient prêtres (// Reg. vin, 18); » quoiqu'ils ne pussent pas l'être n'étant pas de la race sacerdotale, ni de la tribu d'où les prêtres étaient tirés. Mais on leur donnait ce grand nom, pour montrer la part qu'ils avaient dans les grandes affaires. Ce qui semble être la même chose que ce que l'Ecriture remarque ailleurs (/ Par. xvm, 17) : « Les enfants de David étaient les premiers sous la main du roi; » c'est-à-dire, étaient les premiers à porter et à exécuter ses ordres.
Le soin qu'on prenait à les élever dans les lettres, paraît par la qualité d'homme lettré, qu'on donne à Jonathan, leur gouverneur.
Il est aussi marqué sous Ozias, que les troupes étaient commandées par Jéhiel et Maasias (// Par. xxvi, 11), qui sont appelés scribes, docteurs, ou gens de lettres ; pour montre tpie les grands hommes ne dédaignaient pas de joindre la gloire du savoir à celle des armes.
.Ce qu'on appelle lettrés, étaient ceux qui étaient versés dans les lois, et qui dirigeaient les conseils du prince à leur observance.
Le soin de la religion se déclare, nonseulement par la part qu'avaient les grands prêtres dans le ministère public, mais encore par l'office de prêtre du roi, qui semble être celui qui réglait dans la maison du prince les affaires de la religion. Tel était, comme on a vu, Ira, sous David, et Zabud, sous Salomon, dont il est encore appelé l'ami.
Cette qualité d'ami du roi , qu'on a vue dans le dénombrement des ministres publics, appelés et caractérisés par un terme particulier, est remarquable, et faisait souvenir le roi qu'il n'était pas exempt des be-
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soins et des faiblesses communes de la nature humaine; et qu'ainsi, outre ses autres ministres, qu'on appelai ses conseillers, ?. cause qu'ils lui donnaient leurs avis sur les affaires, il devait choisir avec soin un ami, c'est-à-dire un dépositaire de ses peines secrètes et de ses autres sentiments les plus intimes.
La charge de secrétaire et de garde des registres publics, semble originairement venir de Moïse, à qui Dieu parla ainsi (F.xod. xvn, 14) : « Ecrivez ceci dans un livre (la défaite des Amalécites), pour servir de monument éternel ; car je détruirai de dessous le ciel le nom d'Amalec. » Comme s'il disait : Je veux que l'on se souvienne des faits mémorables, afin que le gouvernement des hommes mortels, conduits par l'expérience et les exemples des choses [tassées, ait des conseils immortels.
C'est par le moyen de ces registres qu'on se souvenait de ceux qui avaient servi l'Etat, pour en marquer la reconnaissance envers leur famille.
Une des maximes les plus sages du peuple de Dieu, était que les services rendus au public ne fussent point oubliés. Ainsi, dans le sac de Jéricho, on publia cet ordre (Josue vi, 17) : «Que cette ville soit anatlième : que la seule Rahab vive, elle et toute sa famille, parce qu'elle a sauvé nos envoyés. »
Lorsqu'on passa au fil de l'épée tous les habitants de Luza, on eut soin de sauver, avec toute sa parenté, celui qui avait montré le passage par où l'on y aborda. (Judic.
Le public ordinairement passe pour ingrat ; et il était de l'intérêt de l'Etat de h. purger de cette tache, afin qu'on fût invité à bien servir.
Personne n'ignoro comme Assuérus, roi de Perse, dans une insomnie qui le travaillait, se fit lire les archives, où il trouva le service de Mardochée, qui lui avait sauvé la vie, enregistré suivant la coutume (Esther vi, 1 seq.) ; et comme il fut excité par une lecture à le reconnaître par une récompense éclatante, mais plus glorieuse au roi qu'à Mardochée même.
Lorsqu'on informa Darius, roi de Perse, de la conduite des Juifs retournés dans leur pays, ses officiers les interrogèrent pour en rendre compte au roi, et lui racontèrent ce que leurs vieillards avaient répondu touchant les ordonnances de Cyrus dans la première année de son règne. Après quoi ils ajoutaient ces paroles : "Maintenant, s'il filait au roi, il fera rechercher dans la bibliothèque royale, et dans les registres publics qui se trouveront à Babylone, ce qui a été ordonné par Cyrus sur la rééditication du temple; et il nous expliquera ses volontés. » (1 Esdr. v, 7, 17.) Les registres se trouvèrent, non point à Babylone, comme on avait cru, mais dans Ecbatanes (/ Esdr. vi, t, seq.) ; tout y était conforme à la prétention des Juifs, qui aus;.i fut autorisée par le roi.
OMPLETES DE BOSSl ET.
ait l'usage dos registres publics et ae la charge établie pour les garder. Kilo oonst rvail la mémoire des services rendus, elle immortalisai! les conseils; el ces archivosdes rois, en leur proposant lesexems passés, étaienl des conseils toujours prêts l\ leur dire la vérité, et qui ne pouvaient être Batteurs.
Au reste, on ne prétend pas proposer pour invariables ces pratiques des anciens royaumes, el ce dénombrement «les officiers David el de Salomon; c'-est assez qu*ils poissent donner des vues aux grands rois, dont la ; rudence se gouvernera selon les lieux el les temps.
H" Prop. Les conseils des rois de Perse, par fui diriges. — « Le roi consulta les sages (|ui étaient toujours auprès de sa personne, qui savaient les lois et le droit, et les coutumes des ancêtres; el il faisait tout par leur conseil.» {Estheri, 13, IV.) Les premiers et les plus intimes étaient les sept chefs, ou, si l'on veut traduire ainsi, les sept dues, ou les princes des Perses el des Mèdes qui voyaient le roi ; car le reste, môme des seigneurs, ne le voyaient guère.
fil' Prop. Réflexions sur l'utilité des registres publics, joints aux conseils vivants. — L'utilité des registres publics était appuyée sur cette sentence du Sage (Eccle. i, 9, 10) : « Qu'est-ce qui a été? ce qui sera. Qu'est-ce qui a élé tait ? ce qui se fera encore. Il n'y a rien de nouvevU sous le soleil, ci personne ne peut dire : Cela est nouveau ; car il a déjà précédé dans les siècles qui ont été avant nous : » et les grands événements des choses humaines ne font, pour ainsi parler, que se renouveler tous les jours sur le grand théâtre du monde. Il sembiequ*iln'ya qu'à consulter le passé, comme un tidèle miroir de ce qui se passe à nos yeux.
D'autre côté, le Sage ajoute que, quelques registres qu'on tienne, il échappe des circonstances qui changent les choses. Ce qui lui fait dire [Eccle. i, 11) : « La mémoire des choses passées se perd; la postérité oubliera ce qui est arrivé auparavant. » Et il est rare de trouver des exemples qui cadrent juste avec les événements sur lesque^ il se faut déterminer.
Il faut donc joindre les histoires des temps passés avec le conseil des sages, qui, bien instruits des coutumes et du droit ancien, comme on vient de dire des ministres et des rois de Perse, en sachent faire l'application à ce qu'il faut régler de leurs 'ours.
Le tels ministres sont des registres vivants, qui, toujours portés à conserver les antiquités, ne Ses changent qu'étant forcés par des nécessités imprévues el particulières, avec un esprit de profiter à la fois, et de l'expérience du passé, et des conjonctures du présent. C'est pourquoi leurs conseils sages et stables produisent de? lois qui ;»nl toute la fermeté, et, pour ainsi dire, l'immobilité dont les choses humaines sont «capables. «Si vous l'avez, agréable, disent
ces ministres à Assuérus (Eslhêr i, 19, :
qu'il parle un édit de devant le roi, selon la loi des* Perses et des Mèdes, qu'il ne soil point permis de changer, el qui soil publié, pour être inviolable dans toute l'étendue de votre empire. »
C'était l'esprit de la nation : et tant les rois que les peuples tenaient pour maxime celle immutabilité des décrets publics.
Les grands, qui voulaient perdre Daniel, vinrent dire au roi (Dan. vi, 12) : « N'avezvous pas défendu de faire durant trente jours aucune prière aux dieux el aux hommes, sous peine d'être jeté dans la fosse aux lions? Il est ainsi, répondit le roi ; et il a été prononcé par un édit qui'doit être inviolable k jamais. »
Quand après il voulut chercher une excuse en faveur de Daniel, qui avait prié trois fois le jour, tourné vers Jérusalem, on osa lui dire : « Sachez, prince, que c'est la loi des Mèdes et des Perses, qu'il n'est pas permis de changer les ordonnances du roi.»
(iotd.,7, 15.)
C'étail en effet la loi du pa}rs; maison abuse des meilleures choses. La première condition de ces lois, qu'on doit regarder comme sacrées el inviolables, c'est qu'elles soient justes ; et on [apercevait du premier regard une impiété manifeste à vouloir faire la loi à Dieu même, et à lui défendre de recevoir les vœux de ses serviteurs. Le roi de Perse devnit donc connaître qu'il avait été surpris dans cette loi, comme il est expressément marqué [Dan. v", 6) ; et que c'était Jà une cabale des grands contre son service, afin de perdre Daniel, le plus fidèle et le plus utile de tous ses ministres, dont le crédit leur donna de la jalousie.
IVe Prop. Le prince se doit faire soulager. — C'est le conseil que donna Jéthro à Moïse, qui, par un zèle de la justice et une immense charité, voulait tout faire par luimême. «Que failes-vous, lui dit-il (Exod, xviii, lh seq.), en tenant le peuple du matin au soir à attendre voire audience? Vous vous consumez par un travail inutile, vous et le peuple qui vous environne : vous entreprenez un ouvrage qui passe vos forces. Réservez-vous les grandes affaires, et choisissez les plus sages et les plus' craignant Dieu, qui jugent le peuple à chaque moment (qui expédient les affaires à mesure qu'elles viennent), et qui vous fassent rapport de ce qu'il y aura de plus important. »
Remarquez trois sortes d'affaires : celles que le prince se réserve expressément, et dont il doit prendre connaissance par luimême; celles de moindre importance, dont la multitude l'accablerait, et aussi qu'il laisse expédier à ses officiers ; enfin, celles dont il ordonne qu'on lui fera le rapport, ou pour les décider lui-même, ou pour les faire examiner avec plus de soin. Par ce moyen, tout s'expédie avec ordre et distinction.
Ve Prop. Les plus sages sont les plus dociles à croire conseil. — Moïse nourri dès
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son enfance dans (oulo la sagesse des E..> ptiens, et de plus inspiré de Dieu dans le degré le plus éminent de la prophétie, nonseulement consulte Jélhro, etdui donne la liberté de lui reprocher dans l'immensité de son travail une espèce de folie ; mais encore il reçoit son avis en bonne part, et il exécule de point en point tout ce qu'il lui conseillait. C'est ce (pii vient d'être dit.
N'avons -nous pas aussi déjà vu avec quelle docilité David, trop accablé de douleur de la mort de son tils Absalon, écouta les reproches amers de Joab, se rendit à son conseil, et changea entièrement de conduite? Et Salomon, le plus sage des rois, ne demandait-il pas à Dieu un cœur docile, en lui demandant la sagesse ?j
VIe Pkop. Le conseil doit être choisi avec discrétion. — « Ayez plusieurs hommes avec qui vous viviez en paix (à qui vous donniez accès auprès de vous); mais pour conseiller, choisissez-en un entre mille. » (Eccli. vi, G.)
Vll'Pnop. Le conseiller du prince doit avoir passé par beaucoup d'épreuves. — « Celui qui n'a point été éprouvé, que sait-il ?» {Eccli. xxxiv, 9.) Il ne sait rien: il ne se connaît pas lui-même; et comment d'imêlera-t-il les pensées des autres, qui est le sujet des plus importantes délibérations? Au contraire, « celui qui est exercé, pensera beaucoup, » continue le Sage. Il ne fera rien légèrement, et ne marchera point à l'étourdi.
C'est ce qui faisait dire au saint homme Job : « Où se trouvera la sagesse? On ne la trouvera pas dans la terre de ceux qui vivent doucement (Job xxvm, 12, 13), »
et nonchalamment parmi les plaisirs.
Et encore (Ibid. 21, 22) : « Elle est cachée aux veux des hommes : les oiseaux (les esprits'sublimes qui semblent percer les nues) ne la connaissent pas. La mort (l'extrême vieillesse) a dit : Nous en avons ouï la renommée. » C'est à force d'expérience, en pâtissant beaucoup, qu'à la lin vous en acquérez quelque petite lumière.
V1IL Piiop. Quelque soin que le prince ait pris de choisir et d'éprouver son conseil, il ne s'y doit point livrer. — « Si vous avez un ami, acquérez- le avec épreuve; et ne vous livrez point à lui par trop de facilité. » (Eccli. vi, 7.)
Le caractère d'un prince livré le fait connaître et mépriser.
« Hérode (Agrippa, roi de Judée) était irrité contre ceux de Tyr et de Sidon. Ils le vinrent trouver d'un commun accord; et ayant gagné Blaste, qui était chambellan du roi, ils demandèrent la paix, parce que leur pays tirait sa subsistance des terres du roi. Hérode donc, ayant pris jour pour leur parler, parut vêtu d'une robe royale, et étant sur le trône il les haranguait (dans une audience publique , selon la coutume du temps); et le peuple disait : C'est un dieu qui parle, et non pas un homme. » (Act. xn, 21, 22.)
On voit ici une ambassade solennelle, une audience publique ayee tout l'appareil de la
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VM
royauté, les acclamations de tout le peuple pour le prince qui croit avoir tout fait : mais on savait le fond : c'est enfin que les Tyriens avaient mis Blaste dans leur intérêt, qui était grand dans celte affaire; et peutêtre l'avaienl-ils corrompu par leurs présents. Quoi qu'il en soit, tout était fait avant le traité solennel ; et si l'on en fit l'honneur au roi, tout le monde savait, et on se nommait à l'oreile le vrai auteur du succès.
Le Saint-Esprit n'a pas dédaigné de marquer en un mot ce caractère d'Hérode Agrippa, pour apprendre aux princes qui ne sont que vains l'estime qu'on fait d'eux, et comme on les repaît d'une fausse gloire.
IX'Prop. Les conseils des jeunes gens, qui ne sont pas nourris aux affaires , ont une suite funeste, surtout dans un nouveau règne. — Sur la plainte de Jéroboam faite à lloboam fils et successeur de Salomon, à la tête des dix tribus, pour lui demander quelque diminution des impôts du roi son père, ce prince leur répondit (/// Reg. xn, 5 seq.) : « Venez dans trois jours. El le peuple s'étant retiré, il tint conseil avec les vieux conseillers du roi son père, et leur dit : Quel conseil me donnez-vous ; et quelle réponse ferai-je à ce peuple? Ils lui dirent : Si (aujourd'hui, et dans le commencement de votre règne) vous déférez à leur prière, et que vous leur disiez des paroles douces, ils vous serviront le reste de vos jours. Roboam méprisa le conseil de ces sages vieillards, et appela les jeunes gens, qui avaient été élevés auprès de lui, et qui le suivaient toujours. Ils lui parlèrent comme des jeunes gens nourris avec lui dans les plaisirs, et ils lui dirent : Répondez ainsi à ce peuple. Mon petit doigt est plus gros que tout le corps de mon père : mon père vous a imposé un joug pesant, et moi je l\iugmen!erai : mon père vous a frappés avec des fouets, et moi je vous frapperai avec des verges de ter. Roboam, selon ce conseil, lorsque Jéroboam avec tout le peuple revint à lui au troisième jour, leur répondit durement, leur répéta les mêmes paroles que les jeunes gens lui avaient inspirées, et rejeta le conseil des vieillards. Il ne déféra donc point aux prières de son peuple : parce que le Seigneur s'était retiré de lui, pour accomplir la prophétie d'Ahias le Silonite, sur la division du royaume. Quand les dix tribus eurent ouï celte réponse, ils se retirèrent, en se disant les uns aux autres : Quel intérêt avons-nous à la maison de David ? Et que nous importe de conserver l'héritage au lils d'isaï? Retirons-nous chacun dans nos pavillons, el que David gouverne sa maison, a Ce fut d'abord à Roboam une sage précaution, de prendre un temps pour demander conseil, el de se tourner xevs les ministres expérimentés qui avaient servi sous Salomon. Mais ce prince ne trouva pas sa puissance et sa grandeur assez Qaltée par des conseils modérés. La jeunesse impétueuse et vive lui plut davantage; mais son erreur fut extrême. Ce que les sages vieillards conseillaient le plus, c'étaient des paroles
"i DVKES COMPLÈ
aïs nu i onlraire, la Qère el impruntc jeunesse, au lieu qu'en conseillant le devait du moins en m père r la rigueur par la douceur des expressions, joignit l'insulte au refus, el affecta de rendre les discours plus superbes et plus deux que la chose mè ne. C'est aussi qui perdit tout. Le peuple qui avait fait -i requête avec quelque modestie, eh demandant seulement une légère diminution du fardeau (/// Reg. xn, V; Il Par. \, 4), lut | oussé à bout par la dureté des menasdontla réponse fut accompagnée.
I - téméraires conseillers ne manquaient s de prétextes. Il faut, disaient-ils, abattre d'abord un peuple qui commence à lever la tête, sinon c'est le rendre plus insolent. Mais ils se trompèrent, faute d'avoir su connaître la secrète pente des dix tribus à faire on royaume à part, et à se désunir de celle luda, dont ils étaient jaloux. Les vieux conseillers qui avaient vu si souvent, du temps de David, les tristes effets de cetto jalousie, les voulaient remettre devant les yeux de Roboam, et les lui auraient pu faire on tendre ; el bien instruits de ces dangereuses dispositions, ils conseillaient une douce réponse. La jeunesse flatteuse et bouillante méprisa ces tempéraments, et porta la jalousie des dix tribus, jusqu'à leur faire dire avec amertume et raillerie : Que! intérêt avons-nous à la grandeur de Juda? David, contentez-vous de votre tribu. Nous voulons un roi tiré des nôtres.
La puissance veut être flattée, et regarde les ménagements comme une faiblesse, ftlais, nuire cette raison, les jeunes gens, nourris dans les plaisirs, comme remarque le texte sacré, espéraient trouver, dans les richesses du roi, de quoi entretenir leur cupidité, et craignaient d'en voir la source tarie par la diminution des impôts. Ainsi, en flatttant le nouveau roi, ils songeaient à ce secret intérêt.
Le caractère de Roboam aidait à l'erreur. « C'était un homme ignorant, et d'un couicge timide, incapable de résister aux rebelles (Il Par. xiii, 7) : » comme son fils Abia est contraint de l'avouer. Ignorant, qui ne savait pas les maximes du gouvernement, ni l'art de manier les esprits. Timide, el du naturel de ceux qui, fiers et menaçants d'à*
i I, lâchent le pied dams le péril; comme on a vu que (il Roboam, lorsqu'il prit la fuite au premier bruit. Un homme vraiment courageux est capable de conseils modérés; niais quand il est engagé, il se soutient u x .
>LC Puop. Il faut ménager les hommes d'importance, et ne les pas mécontenter. — Après la mort de Saùl, lorsque tout le monde allait à David, « Abner, fils de Ner (qui commandait les armées de Saiil), prit Isboselh, fils île ce roi, le munira à l'armée de rang en rang, el le fit reconnaître roi par les dix tri-'
DE iU^Si . ,
bus. »(// Reg. ni, H, 9.) l'n .seul homme, j ,-ir Sun grand crédit, lit un si grand ouvrage.
Le même Aimer, maltraité par Isboselh sur un sujet-peu important, dit à ce prince (// Reg. ni, 7, II)) : «Suis-ieù mépriser, moi qui, seul Ddèle à voire père Saiil, vous ai fait régner? Et vous nu; traitez comme un malheureux, pour une femme 1 Vive h; Seigneur, j'établirai le trône de David. » 11 lo fil. et Isboselh fut abandonné.
Ce n'est pas seulement dans les règnes faibles, el sous Isboselh, « qui craignait Abner, et qui n'osait lui répondre (lbid. 11), » qu'on a besoin de tels ménagements : nous avons vu que David ménagea Joab et la famille de Sarvia, quoiqu'elle lui fût à charge.
Quelquefois aussi il faut prendre do vigoureuses résolutions, comme fit Salomon.
Tout dépend de savoir connaître les conjonctures , et de ne pas pousser toujours les braves gens sans mesure et à toute outrance.
XIe Puop. Le fort du conseil est de s'attacher à déconcerter son ennemi, et à détruire ce quil a de plus ferme. — Les conseils ne font pas moins que le courage dans les grands périls.
Ainsi, dans la révolte d'Absalon, où il s'agissait du salut de tout le royaume, David ne se soutint pas seulement par courage, maisi! employa toule sa prudence [III Reg. xv, 31 , 33 seq.) : comme on a déjà remarqué ailleurs (83)< Et pour aller à la source il tourna tout son esprit à détruire le conseil d'Achilophel, où était toute la force du parli contraire. Pour s'y opposer utilement, il envoya Chusaï, qu'il munit des instructions et des secours nécessaires; lui donnant Sadoc et Abiathar, comme des hommes de confiance, pour agir sous lui. Par ce moyen Chusaï l'emporta sur Achitophel, qui, se voyant déconcerté, désespéra du succès, et se donna la mort. (// Reg. xvii, 14, 23.)
L'adresse de Chusaï contre Achitophel paraît, en ce que, sans attaquer la réputation de sa prévoyance, trop reconnue pour être affaiblie, il se contente de dire ( bid.t 7)-: '< Pour cette fois Achitophel n'a pas donné un bon conseil. » Ce qui ne l'accuse que d'un défaut passager, et comme par accident.
XIIe Puop. // faut savoir pénétrer el dissiper les cabales, sans leur donner le temps de se reconnaître. — Par cela on doit observer tout ce -qui se passa dans la révolte d'Adonias, fils de David, qui, contre sa volonté, voulait monter sur le trône destiné à Salomon. Celte histoire est déjà rapportée ailleurs (8'0 dans toute son étendue. Voici ce qu'on remarque seulement ici.
A la fin de la vie du roi son père, Adonias fit un festin solennel à la famille royale, et à tous les grands de sa cabale. (/// Reg. i , 1, 5, 9, 19 seq.) Ce festin fut à Joab, el à ceux de son intelligence, comme un signal de ,1a
Ci-devant, i. v, art. I, M' prop. ; et 1. ix,
(8-i) Ci-dev., I. ix, an.
pr;>j).
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non contents d'assurer le repos de l< . alliés par leur protection oui ne leur manquait jamais, ifs savaient les enrichir et les agrandir: comme ils firent le roi Eum< en augmentant son royaume des provinci qu'ils avaient conquises. Ce qui faisait d rcr leur amitié à tout le monde.
Le troisième trait: c'est qu'ils gagnai de proche en proche, soumettant première ment les royaumes voisins, et se conten tant pour les pays éloignés de les remplir leur gloire, et d'y envoyer de loin leur réputation , comme l'avant-courrier de leui victoires. (Ibid., 13.)
On remarque aussi que, pour régler toutes leurs démarches, « et faire des choses dignes d'eux, ils tenaient conseil tous le jours, sansdivision et sans jalousie [lbid., 15, 16) ; » et uniquement attentifs à la patrie au bien commun.
Au reste , dans ces beaux temps de 'a république romaine , au milieu de lanl de grandeurs, on gardait l'égalité et la modestie convenable à un état populaire, « sans que personne voulût dominer sur ses
rébellion; mais il ouvrit lus yeux au roi. Il prévint Adonias ; et dans ce festin, où ce ' jeune prince avait espéré de s'autoriser, on lui vint annoncer sa perte, et que Salomon était couronné. A ce moment l'effroi se répand dans le parti, la cabale est dissipée, « chacun s'en retourna dans sa maison. » Le coup est frappé; cl la trahison s'en va avec l'espérance.
La vigilance et la pénétration des fidèles ministres de David, qui avertirent ce prince a propos ; la fermeté de ce roi, et ses ordres exécutés avec promptitude, sauvèrent l'Etat, et achevèrent ce grand ouvrage sans effusion de sang.
XIIIe Prop. Les conseils relèvent le courage du prince. — «Ezéchias, menacé parle roi d'Assyrie, tint conseil avec les grands du royaume, et avec les gens de courage. (// Par. xxxn, 3, seq.) » Et ce concert produisit les grands ouvrages et les généreuses résolutions qui relevèrent les cœurs abattus, et qui firent dire à Isaïe (Isa. xxxn, 8): « Ce prince aura des pensées dignes d'un prince. »
Le peuple doit ressentir cet effet. Et Judith avait raison de dire à Osias, et aux chefs qui défendaient Réthulie (Judith vin, 21) : « Puisque vous êtes les sénateurs, et que l'âme de vos citoyens est en vos mains, élevez leur courage par vos discours. »
XIVe Prop. Les bons succès sont souvent dus à un sage conseiller. — « Joas, roi de Juda, régna quarante ans. 11 fit bien devant le Seigneur, tout le temps que Joïada vécut, et lui donna ses conseils. (IV Reg. xn, 1 2; II Par. xxiv, 1, 2.) Après la mort de Joïada, les grands du royaume vinrent à ses pieds : et gagné par leurs flatteries, il suivit leurs mauvais conseils (Ibid., 17, 18 seq.), » qui à la fin le perdirent!
XVe Prop. La bonté' est naturelle aux rois; et ils n'ont rien tant à craindre gue les mauvais conseils.— «. Les mauvais ministres, disait le grand roi Artaxarès (Esther xvi , G) (dans la lettre qu'il adressa aux peuples de cent vingt-sept provinces soumises à son empire), en imposent par leurs mensonges artificieux aux oreilles des princes , qui sont simples, et qui, naturellement bienfaisants, jugent des autres hommes par euxmêmes. »
XVIe Prop. La sage politique, même des gentils et des Romains, est louée par le Saint-Esprit. — Nous en trouvons ces beaux traits dans le livre des Machabées.
Premièrement, « qu'ils ont assujetti l'Espa- ont de plus éminent
concitoyens ; sans pourpre , sans diadème. et sans aucun titre fastueux. On obéissait au magistrat annuel (Ibid., 14, 1G), » c'éîailà-direaux consuls, dont chacun avait son année, avec autant de soumission et de ponctualité qu'on eût fait dans les monarchies les plus absolues.
Il ne reste plus qu'à remarquer que quand ce bel ordre changea, le peuple romain vit tomber sa majesté et sa puissance.
Tels sont lès conseils qu'on peut prendre de la politique romaine, pourvu qu'on sache d'ailleurs mesurer tous ses [tas par la règle de la justice.
XVIIe Prop. La grande sagesse consiste à employer chacun selon ses talents. — « Je sais que votre frère Simon est un homme de conseil ; écoulez-le en tout, il sera comme votre père. Judas Machabée est brave et courageux dès sa jeunesse : qu'il marche à la tête des armées, et qu'il fasse la guerro pour le peuple. » (/ Mac h. n, Go, GG.)
C'est ainsi que parla Mathathias, prêt à rendre les derniers soupirs; et il posa dans sa famille les fondements de la royauté à laquelle elle était destinée, bientôt après , su;' tout le peuple d'Israël.
Au reste Simon était guerrier comme Judo; et la suite le fit bien paraître. Mais ce n'était pas au même degré; et le Saint-Esprit nous enseigne à prendre les hommes parce qu'ils
gne, avec les mines d'or et d'argent dont elle abondait, par leur conseil et leur patience. » (/ Mach. vm, 3.) Où l'on l'ait cette réflexion importante: que sans jamais rien précipiter, ces sages Romains, tout belliqueux qu'ils étaient, croyaient avancer et affermir leurs conquêtes, plus encore par conseil et par patience que par la force des armes.
Le second trait de la sagesse romaine, loué par le Saint-Esprit, dans ce divin livre : c'est que leur amitié était sûre (Ibid., 12) ; et que,
XVIIIe Prop. // faut prendre garde aux qualités personnelles, et aux intérêts caci de ceux dont on prend conseil. — «. Ne traitez point de la religion avec l'impie; ni du la justice avec l'injuste : ni avec la femme jalouse, des affaires de sa rivale. Ne consul) pointlescœurslimides sur la guerre ; ni celui i] ni trafique, sur le prix du transport des marchandises (qu'il fera toujours excessif); ni sur la valeur des choses à vendre, celui qui a dessein de les acheter; ni les envieux de quelqu'un, sur la récompense que vous de-
.... fES DE BOSSUET.
\ s sen s. N mlei i ■ ir dur
. mi itoyable, surla largesse et sur les bien- I a ju'il roudra toujours restreindre) ; ni
sur les i - <!«• l'honnôlelé ci de la vertu, celui dont les mœurs >onl corrompues j ni les ouvriers de la campagne, sur le prix do , . rail journalier; ni celui que vous pour un an, sur la tin de son ouvrage [qu'il roudra toujours tirer en longueur et m v mettre jamais de lin1; ni un serviteur paresseux, sur les ouvrages qu'il faut entreprendre (85). » N'appelex jamais do telles . aucun conseil.
L'abrégé de tout ce sage discours est de rrir l'aveuglement de ceux qui prennent des conseils intéressés et corrompus, ou même douteux et suspects, pour se dëterminer dans le> affaires importantes.
XIX.' Puop. La première qualité d'un toge conseiller, c'est qu'il soit homme de bien. — « Ayez toujours auprès de vous un homme saint; celui que vous connaîtrez craignant Dieu et observateur de la Loi, dont l'âme sera conforme à la vôtre (Eccli. xxxvii, 15): » sensible à vos intérêts, et dans les mêmes dispositions pour la vertu.
«L'&me d'un homme de bien (sans fard, qui ne saura point vous flatter) vous instruira de la vérité, plus que ne feront sept sentinelles que vous aurez mises en garde sur une tour, ou sur quelque lieu éminent, pour tout découvrir, et vous rapporter des nouvelles, a' (Ibid., h.)
ARTICLE III
On propose au prince divers caractères des ministres ou conseillers : bons, mêlés de bien et de mal, et méchants.
Prem!Èke Proposition'. On commence par le caractère de Samuel. — Je ne veux pas tant remarquer ce qu'un si grand caractère a de surnaturel et de prophétique, que ce qui Je rapproche de nous et des voies ordinaires.
Samuel a ce'a de grand et de singulier, qu'ayant durant vingt ans, et jusqu'à sa vieillesse, jugé le peuple en souverain, il se \ïl comme, dégradé sans se plaindre. Le peuple lui vient demander un roi. On ne lui cache pas le sujet de cette demande. « Vous êtes vieux, lui dit-on 1 1 Reg. vin, k, 5), et vos enfants ne marchent pas dans vos voies. Donnez-nous un roi qui nous juge. » Ainsi on lui reproche son grand âge, et le mécontentement qu'on avait de ses enfants. Quoi de plus dur è un père, qui, bien loin de l'espérance qu'il pouvait avoir en récompense d'un si long et si sa^e gouvernement, de voir ses enfants succéder à sa dignité, s'en voit dépouillé lui-même de son vivant?
Il sentit l'affront : « Ce discours déplut aux yeux de Samuel. » ( Ibid., 6.) Mais, sans se indre ni murmurer, son recours fut de «venir prier le Seigneur, qui lui ordonne d'acquiescer au désir'du peuple.» (Ibid., 7.) <.e qui était le réduire à la vie privée.
Il ne iui reste qu'à se soumettre au roi
qu'il avail établi, c'était Saùl, et de lui rendre compte de sa conduite devant tout le peuple, ce peuple qu'il avait vu durant tant d'années recevoir ses ordres souverains. « J'ai toujours été sous vos yeux depuis ma jeunesse. Dites, devant le Seigneur et devant son Christ, si j'ai pris le bœuf ou l'Ane de quelqu'un, ousi j'ai opprimé quelqu'un, ou si j'ai pris des présents de la main do qui que ce soit : et je le rendrai. » On n'eut' rien à lui reprocher. Et il ajouta : « Le Seigneur et son Oint seront témoins contre vous de mon innocence (I Reg. xu, 3, k, G), » et que ce n'est point pour mes crimes que vous m'avez déposé.
Ce fut là toute sa plainte : et tant qu'il fut écouté, il n'abandonna pas tout à fait le soin des affaires. On voit le peuple s'adresser à lui dans les conjonctures importantes ( I Reg. xi, 12 ), avec la même confiance que s'il ne l'avait point offensé.
Loin de dégoûter ce peuple du nouveau roi qu'on avait établi à son préjudice, il profita de toutes les conjonctures favorables pour affermir son trône. Et le jour d'une glorieuse victoire de Saùl sur les Philistins, il donna ce sage conseil : « Venez, allons tous en Galgala ; renouvelons le royaume. Et on reconnut Saùl devant le Seigneur, et on immola des victimes; et la joie fut grande dans tout Israël.» (I Reg. xi, 14, 15.)
Depuis ce temps, il vécut en particulier ; se contentant d'avertir le nouveau roi de ses devoirs, de lui porter les ordres de Dieu, et de lui dénoncer ses jugements. (/ Reg. xv.)
Comme il vit ses conseils méprisés, il n'eut plus qu'à se retirer dans sa maison à Ramatha, où, nuit et jour, il pleurait Saùl devant Dieu, et ne cessait d'intercéder pour ce prince! ingrat. « Pourquoi pleures -tu Saùl, que j'ai rejeté de devant ma face? » lui dit le Seigneur. (IReg. xvi, l.)Va sacrer un autre roi. Ce fut David. Il semblait que , pour récompense du souverain empire qu'il avait perdu sur le peuple, Dieu le voulût faire l'arbitre des rois, et lui donner la puissance de les établir.
La maison de ce souverain dépossédé fut un asile à David, pendant que Saùl le persécutait. Saùl no respecta pas cet asile, qui devait être sacré. 11 envoya courrier sur courrier et messager sur messager, pour y prendre David (Ibid., 18, 19 seq.), qui fut contraint de prendre la fuite, de quitter ce sacré refuge, et bientôt après le royaume. Et le secours de Samuel lui fut inutile.
Ainsi vécut Samuel, retiré dans sa mai- . son, comme un conseiller fidèle dont on méprisait les avis, et qui n'a plus qu'à prier Dieu pour son roi. Une si belle retraite laissa au peuple de Dieu un souvenir éternel d'une magnanimité qui , jusqu'alors , n'avait point d'exemple. Il y mourut plein do jours, et mérita que « tout Israël s'assemblât à Ramafha pour l'ensevelir , et faire le deuil de sa mort en grande consternation'.» (/ Reg. xxv, 1; xxviii, 3.)
(3!'j c-' '•■. irsYiij \ï sï<\. 11 faut ici conféier l'oiig;naI grec avec la Vuîgate.
757 PART. XIH. TIIEOL. SOCIALE. — POLI
11e Puoi\ Le caractère de Néheinias, modèle d,?s bons gouverneurs. — Les Juifs rétablissaient leur leraplo, et commençaient à relever Jérusalem, sois les favorables édits des rois de Perse, dont ils étaient devenus sujets par la conquête de Babyîone ; niais ils étaient traversés par les continuelles hostilités dvs Samaritains et de leurs autres voisins, anciens ennemis de leur nation, et même par les ministres des rois, avec une opiniâtreté invincible. (// Esdr. i, n, in, iv.)
Ce fut dans ces conjonctures que Néliémias fut envoyé par Artaxerxès, roi des Perses, pour en être le gouverneur. L'ambition ne l'éleva pas à cette haute charge, mais l'amour de ses concitoyens; et il ne se prévalut des bonnes grâces du roi, son maître, que pour avoir le moyen de les soulager.
Parti de Perse, dans cette pensée, il trouva que Jérusalem désolée, et de tous côtés en ruines, n'était plus que le cadavre d'une grande ville, où. l'on ne connaissait ni forts, ni remparts, ni portes, ni rues, ni maisons. Après avoir commencé de réparer ces ruines, plus par ses exemples que par ses ordres, la première chose qu'il fit, fut de tenir une grande assemblée contre ceux qui opprimaient leurs frères. « Quoi, » leur disaitil (II Esdr. v, 1, 2, 3, 7, 8), « vous exigez d'eux des usures ; pendant qu'ils ne songent qu'à engager leurs prés et leurs vignes, et même n vendre jusqu'à leurs enfants pour avoir du pain et payer les tributs au roi ! Vous savez, poursuivait-il, que nous avons racheté nos frères, qu'on avait vendus aux gentils : et vous vendez les vôtres, pour nous obliger encore à les racheter 1 » 11 confondit par ce discours tous les oppresseurs de leurs frères; et surtout quand il ajouta, en secouant son sein, comme s'il eût voulu s'épuiser lui-même (Ibid., 14, 16) : « Moi et mes frères, et mes domestiques, avons prêté du blé et de l'argent aux pauvres; et nous leur quittons cet emprunt. »
« Les gouverneurs qui m'ont précédé, et encore plus leurs ministres (car c'est l'ordinaire), avaient accablé le peuple, qui n'en pouvait plus. Mais moi, au contraire, j'ai remis les droits attribués au gouvernement. » (Ibid., lï, 15.) Il savait qu'en certains états d'indigence extrême de ceux qui nous doivent, exiger ce qui nous est dû légitimement, c'est une espèce de vol.
« Sa table était ouverte aux magistrats et aux voisins survenus. On y trouvait des viandes choisies, et en abondance, et des vins de toutes les sortes. » (Ibid., 17, 18.) Il avait besoin, dans la conjoncture, de soutenir sa dignité, et conciliait les esprits par cet éclat.
« J'ai,» dit-il (Ibid., li, 16), « vécu ainsi, durant douze ans. J'ai rebâti la muraille à mes dépens; personne n'était inutile dans ma maison, et tous mes domestiques travaillaient aux ouvrages publics. »
Voici encore ce qui est remarquable , et d'une exacte justice : « Je n'ai acheté aucune terre. » {Ibid., 16.) (Test un vol de se prévaloir de son autorité et de l'indigence publi?