PART. XII. T11E0L. HISTORIQUE. — II. I1IST. DE FRANCE. LIV
bin du Cormier. Le duc d'Orléans s'avança
avec son armée pour reprendre colle dernièro place, et, contre l'avis du maréchal de Rieux, il résolut de donner bataille.
Son armée était composée de douze mille bommes. La Trémouille n'en avait pas davantage, mais ses troupes étaient supérieures en courage et en discipline; aussi , dès le premier choc, les Bretons prirent la fuite, et il en demeura six mille sur la place. Le duc d'Orléans et lo prince d'Orange, combattant vaillamment à pied , furent faits prisonniers. La gouvernante mit en libertéde prince d'Orange, qui avait épousé la sœur de son mari. Ensuite de cette bataille, Dinan et Saint-Malo se rendirent. Le duc, abattu de tant de pertes, envoya des ambassadeurs au roi, avec des lettres fort humbles, où. il l'appelait son souverain seigneur, et se qualifiait son sujet.
Les ambassadeurs avaient ordre de demander pardon au roi avec beaucoup de soumission. Charles, qui avait alors dix-sept à dix-huit ans, répondit de lui-même résolument, qu'encore que la rébellion du duc méritât d'être punie, et qu'il fût aisé d'en faire le châtiment, il voulait bien par pure bonté lui pardonner. On entra ensuite dans les propositions d'accornmo.iement » et la trêve fut résolue, à condition que le duc ne pourrait disposer de ses filles que du consentement du roi, et que les places prises parles Français leur demeureraient.
Cet accord demeura sans effet par la mort du duc. Ce prince, que son grand âge et ses malheurs avaient extraordinairement affaibli, mourut à Nantes d'une chute de cheval, laissant ses deux filles, Anne et Ysabeau, en la garde du maréchal de Rieux. Après sa mort le duc de Lorraine se réconcilia avec le roi, dans l'espérance d'en obtenir quelquessecours pour conquérir le royaume de Naples.
La noblesse de ce royaume s'était révoltée contre le roi Ferdinand. L'insupporlable tyrannie de ce prince avait occasionné ce désordre : il ne se contentait pas d'accabler son peuple d'impôts, sans en avoir aucune pitié; mais il exerçait lui-même le trafic avec toutes sortes d'injustices et de violences. 11 contraignait ses sujets à lui vendre les marchandises pour rien, et à les acheter fort cher quand même le prix avait baissé.
Il avait la plusdangereuse colère qu'homme ait jamais eue, couvrant sa haine d'un beau semblant, et faisant mourir ses ennemis, lorsqu'ils se croyaient les plus assurés. Il ne refusait rien à ses désirs, et il allait jusqu'à la force, pour assouvir Ja brutale passion qu'il avait pour les femmes. Il n'avait pas même gardé les apparences de la religion, niellant à l'enchère lus abbayes et les évêchés, jusque-là qu'il vendit celui de ïarento à un Juif pour son fils, que le père disait être Chrétien. Un prince qui méprise Dieu ne peut guère se conserver de respect parmi ses peuples, et quand il renonce si publiquemet à la proteciion divine, il s'ôte lui-même ce que la puissance rovale a de
plus invincible. Tous les seigneurs s'él< rent contre ce roi cruel cl impie*; la plus
grande partie du peuple les suivit, et Ions ensemble appelèrent René, duc de Lorraine, descendu de la maison d'Anjou et du roi René de Sicile, pour le faire leur roi.
Le Pape Innocent VIII était entré dans son parti, et ses galères l'attendirent longteo au port de Cènes; mais il espérai! en vain du secours de la -Franco. Les favoris disaient que René voulait ôter au roi la gloire de conquérir un royaume que Charles d'Anjou, dernier roi titulaire de Sicile, lui avait laissé par testament. A la lin, le Pape et les seigneurs du royaume de Naples s'accommodèrent avec Ferdinand ; les derniers se remirent à sa bonne foi, dont ils se trouvèrent mai : il les mit tous en prison ; le seul prince de Salerne ne voulut jamais se fiar à ce roi perfide, et se retira à Venise.
[1489] Durant ce temps on traitait du mariage de la duchesse de Bretagne avec Jean d'Albret, et le maréchal de Rieux portail cette affaire avec ardeur. La princesse y avait une extrême répugnance, et trouvait peu sorlable ce mariage avec un seigneur illustre, à la vérité, par sa naissance, mais dont le roi avait saisi toutes les places et toutes les terres en Gascogne. Le comte de Dunois, qu'elle écoulait beaucoup, raffermissait dans celte pensée, et songeait à ia uiarierau duc d'Orléans. Par 1-e secours de ce comte elle se retira des mains du maréchal, et se retira à lîcnnes, où plusieurs seigneurs se joignirent à elle : les autres étaient avec le maréchal de Rieux à Nantes, dont Albret était gouverneur. Le roi recommença la guerre plus vivement que jamais du côté de la basse Bretagne, où il prit Brest el quelques autres places importantes.
Il se lit alors quelques propositions d'accommodement. Les intérêts des deux partis furent remis à Maximilien et au duc de Bourbon; ces deux arbitres ordonnèrent quelque chose par provision, qui ne fui point exécuté; mais Maximilien devant l'arbitrage négocia son mariage avec la princesse, et l'épousa par procureur. La chose fut quelque temps tenue secrète, Enfin, soit aue Charles l'eût découverte, ou qu'il fût porté par d'autres raisons à reprendre h s armes, il continua ses conquêtes. Maximilien envoya un faible secours. Le roi d'Angleterre, obligé à Charles et mal salisfait des Bretons, ne voulait point les aider; mais à la sollicitation de ses sujets, il envoya six mille hommes de pied, que la duchesse mit dans ses places.
Ce secours ne fit d'autre effet que d'exciter Charles à attaquer la Bretagne avec plus de force. Il l'envahit de toutes parts, et il aurait été- aisé d'en achever la conquête, s'il n'en eût été empoché par les remontrances de Gui de Rochefort, chancelier de France. Il lui représenta qu'il n'était ni juste ni glorieux pour lui, de dépouiller une princesse encore en tuielle, sa vassale et sa parente; qu'il pouvait avoir la Bretagne plus honnêtement et plus sûrement, en épousant lue-
riiière. Marguerite, ûliede Maiimilien, donnée femme à Charles, était encore Irop leuno i "in- ii complir le maria ;e, el Anne
.ani • pousé Maiimilien lui-môme que j m-, ou tint la chose faisabb
i g luvernante, qui espérai I joinlomaine quelque partie de la Brei,, , rU| forl tachée du discours «du chauler; mais son crédit élail bien lombô et quelques officiers du |roi s'étaient emparés rit. Ce| endaut ITsabeau, sœurde 166 de Bretagne, mourut, el le mariage do roi Itec ànne parut encore plus avantageux. Il s'avançait toujours du côté Bretagne. Albret, frustré de sa prétention par le mariage de Maiimilien, tendit
nies au roi. Tous les seigneurs se réuni- ,. m pour presser la princesse d'épouser je roi ; «'était le seul moyen de donner la paix au pays. Elle seule ne voulait point y con- >eii tir, parce qu'elle ne voulait ni épouser Charles, qui l'avait si maltraitée, ni manquer de foi à Maiimilien, qui lui avait toujours témoigné de l'amitié.
On lit connaître au roi que le duc d'Orléans avait beaucoup «le pouvoir sur son esprit, et que, s'il le délivrait, ce prince, généreux et reconnaissant lui rendrait de grands services dans une affaire si importante. Aussitôt Charles alla lui-même à la tour de Bourges, àl'insu de la gouvernante, el délivra Louis, à qui il découvrit ses inlenlions. Ce prince alla en Bretagne, où le comte de Dunois et le prince d'Orange travaillèrent avec lui très-utilement à persuader la princesse. Elle céda à leurs raisons et aui prières de ses étals, qui regardaient ce mariage comme leur salut; et -ayant été conduite à Langeais en Touraine, où était le roi, ce prince I y épousa 3U mois de décembre 1491.
Par le contrat ils se cédaient l'un à l'autre leurs prétentions sur la Bretagne, en cas de mort sans enfants. Le roi lit un traité avec les étals pour la conservation des privilèges du pays ; mais Maiimilien remplit toute l'Europe de ses plaintes : il disait que c'était une chose indigne, que son gendre chassât ba propre femme et ravît celle de son beaupère. Le roi d'Angleterre, jaloux d'un si grand accroissement de la France, vint à Calais et assiégea Boulogne, où il fut mal secouru de Maiimilien; alors les faelion's qui s'élevèrent contre lui dans son royaume l'ayant rappelé, il prit de l'argent du roi et {il sa paii.
. .\)-i\ Cependant Maiimilien se rendit maître d' A r ras , et prit Saint-Omer par intelligence. Il pensa aussi surprendre Amiens, où ses ^ens étaient enlrés pendant la nuit. Une 'emrae les découvrit, et encouragea les habitants, qui repoussèrent les ennemis avec beaucoup de vigueur. Maiimilien fit une trêve d'un an avec Charles, au nom de l'archiduc Philippe son fils, où il ne voulut point être nommé.
Ce qui arriva alors en Espagne mérite d'être rapporté. Ferdinand, roi d'Aragon, avait épousé Isabelle, reine de Castille, et leur
QCUVRJ S COMPLETES DE nOSSlT.T.
puissance était devenue forl considérable par l'union de ces deux royaumes. Ils joi-
nirenl à un si grand pouvoir beaucoup d'habileté (,t de prudence. Ils résolurent de ihasser d'Espagne les Maures, qui n'y
avaient plus que le royaume de Grenade ; mais la capitale de ce royaume , et qui lui donne son nom, était extrêmement fortifiée. Elle fut prise après huit mois de siège, et ainsi finit en Espagne le royaume des Maures , qui avait duré plus de sept cents ans. En mémoire d'une complète si avantageuse à la chrétienté, Ferdinand et Isabelle, reçurent du Pape la confirmation du titre de « catholiques, » déjà porté par quelques rois des Espagnes et de Castille.
En môme temps, pour mettre le comble à la gloire et à la puissance de Ferdinand, Christophe Colomb, par une heureuse navigation , découvrit le Nouveau-Monde, et le soumit a ce roi, qui à peine avait pu se résoudre à lui donner trois vaisseaux pour une si belle découverte.
Alexandre VI, né à Valence en Espagne, et sujet du roi d'Aragon, donna à Ferdinand et à Isabelle, et à leurs successeurs, tant les terres découvertes , que celles qu'on pourrait découvrir au delà d'une ligne imaginaire tirée d'un pôle à l'autre, à la charge d'y envoyer des gens pieux et savants, pour établir le christianisme dans ces vastes régions. Les armes d'Espagne firent valoir cette donation du Pane.
En France on songeait beauconp à la conquête de Naples. Le prince de Salerne et plusieurs seigneurs de la faction d'Anjou étaient venus à la cour pour exciter le roi à cette entreprise; mais celui qui agit le plus efficacement pour l'y engager, fut Ludovic Sforce, qui fut duc de Milan. Il songeait à usurper ce duché sur ^ Jean Galéas son neveu, dont il s'était fait tuteur par force, après avoir chassé Bonne de Savoie, sœur de la reine Charlotte, femme de Louis XI, el mère de Charles VIII. Elle était décriée pour ses galanteries, qui la rendirent mé- .prisable, et donnèrent moyen à Ludovic de la chasser.
Jean Galéas, son neveu, était homme de peu de vertu, Ludovic l'enferma dans un château, et s'empara de ce duché. Maiimilien, alors empereur (car son père Frédéric venait de mourir), lui en donna l'investiture pour une grande somme d'argent, el entra dans une si étroite liaison avec Ludovic, que même il épousa Blanche sa nièce; mais il restait à Jean Galéas une grande protection dans la puissance du roi de Naples, dont il avait épousé la petite-fille, qui était fille d'Alphonse, son fils aîné : cet intérêt le poussait à abaisser celte maison. Pour cela, il excita l'ambition de Charles, et comme il était fort adroit, en gagnant son conseil il lui remplit l'esprit de cette conquête.
Ferdinand, roi d'Aragon, toujours attentif à ses affaires, sut se servir de cette conjoncture pour retirer les coudés de Boussillon et de Cerdaigne engagés à Louis XI parle roi Jean son père. On prétendait, au conseil
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du roi, qu'on n'était plus obligé de recevoir le remboursement, après que Jean avait manqué au traité en reprenant Perpignan ; mais Ferdinand trouva Je moyen de surmonter cet obstacle.
Comme il se faisait ordinairement un jeu de l'aire servir la piété à ses intérêts, il sut gagner deux religieux, l'un prédicateur du roi, et l'autre do la duchesse de Bourbon : c'était la gouvernante, dont le mari était devenu duc de Bourbon, par la mort do son frère aîné, décédé sans enfants. Ces deux religieux soutinrent que le roi ne pouvait pas en conscience retenir ces deux comtés. Louis, cardinal d'Amboise, qui avait été précepteur du roi, entra dans ce sentiment ; il fut même d'avis qu'on fît à Ferdinand la grâce entière, en lui rendant ces comtéssans demander de remboursement, et en se contentant d'exiger de lui qu'il ne donnât aucun secours au roi de Naples son parent , comme il le pouvait aisément par le moyen de son royaume de Sicile. Il promit tout ce qu'on voulut; mais il n'était pas si religieux à garder sa parole, qu'habile à ménager ses intérêts.
[1493J Cet accord fut suivi, quelque temps après, de celui de Maximilien; car après qu'il se fut beaucoup emporté contre Charles, il vit qu'il avait plus de colère que de force , et qu'il ne pouvait rien contre la France. Après la mort de Frédéric son père, il trouva beaucoup d'affaires en Allemagne , qui l'obligèrent à désirer la paix. Elle fut conclue par l'entremise des princes d'Allemagne et des Suisses. Le roi rendit les places qui lui restaient en Artois , dont il devait garder les châteaux pour quatre ans, c'està-dire jusqu'au temps que l'archiduc Philippe serait majeur : on lui rendit aussi le comté de Bourgogne, et les autres terres qui avaient été données pour dot à Marguerite sa sœur. Cette princesse fut remise entre les mains de Maximilien; tout fut paisible en France, et le roi ne pensa plus qu'aux affaires d'Italie.
Ce pays, autrefois maître du monde, était en ce temps sous ia. domination de plusieurs puissances. Le Pape y tenait le premier rang, plus par la dignité de son siège que par l'étendue de ses terres beaucoup moindies qu'à présent. La faiblesse des pontificats précédents avait été cause que les gouverneurs de la llomagne s'étaient fait une principauté de leurs gouvernements, où le Pape n'était reconnu que par cérémonie.
La république de Venise, outre qu'elle était maîtresse de la mer Adriatique, avait beaucoup de pays aux environs de cette mer, tant en Italie que sur la côte opposée. Elle avait aussi plusieurs îles dans l'Archipel et ailleurs, entre autres ceîle de Chypre, dont elle s'était emparée depuis peu. Une si grande puissance tenait en jalousie toute l'Italie, et semblait être en Etat de la soumettre, si les autres Etats ligués ensemble ne J'avaient tenue en bride. Elle était gouvernée, comme elle l'est encore, par la noblesse et parle sénat.
Il y avait en Italie une outre rêpubUqan fort puissante: c'était celle de Florence , ville fort marchande et fort riche, qui tenait toute la Toscane et avait conquis depuis pou la ville de Piso. Cette république, toute populaire dans son origine, avait laissé gagner un pouvoir presque suprême aux Médicis ; l'entreprise des Pazzis contre Laurent de Médicis n'avait fait qu'affermir son autorité, qu'il avait laissée tout entière à Pierre, son fils aîné, et celui-ci, jeune et impétueux, l'exerçait avec beaucoup de hauteur.
Le duc de Milan, maître de la Lombarde, pays étendu et riche, avait de grandes forces par lui-même, et en avait encore plus par ses alliances. Les Bentivoglie, seigneurs de Bologne, étaient ses principaux amis. Il tenait en hommage de nos rois la principauté de Gênes, dont toutefois les habitants ne lui étaient pas tout à fait soumis.
Il y avait enfin le royaume de Naples, qui comprenait, depuis l'Abruzzejusqu a la mer, toutes les terres au deçà et au delà de l'Apennin, pays agréable, plein de belles villes, et abondant en toutes choses. Plusieurs autres petits princes, et quelques républiques moins considérables, se conservaient en s'alliant tantôt à l'une et tantôt à l'autre do ces puissances principales.
Alexandre Vf tenait alors le Saint-Siège, et y était entré par argent; c'était un homme décrié par sa mauvaise foi , par son peu de religion, par son avarice insatiable et par ses désordres» et qui d'ailleurs sacrifiait tout au désir immense qu'il avait d'agrandir ses enfants bâtards. Ferdinand, roi de Naples, l'avait mis dans ses intérêts , en donnant sa fille naturelle, avec une grande dot, à un des fils de ce Pape.
Les Vénitiens souhaitaient l'affaiblissement des rois de Naples, dont la puissance les empêchait de s'accroître; mais ils craignaient de s'attirer le reproche d'avoir appelé le roi de France en l.alie : ainsi ils résolurent de le laisser faire, et de profiler cependant du temps et des occasions.
^ C'est pourquoi, quand Charles les sollicita d'entrer dans ses desseins contre Ferdinand, à cause de l'ancienne amitié entre la couronne de France et la république de Venise, ils s'excusèrent sur la crainte qu'ils avaient des Turcs, quoiqu'ils fussent en paix avec eux, et que Bajazei ii, qui régnait alors, fût un prince fort peu à craindre.
A Florence, le peuple était naturellement porté d'inclination pour la France, et d'ailleurs intéressé par son commerce avec Fiançais; mais les liaisons que Pierre do Médicis avait contractées avec Ferdinand pour se main, nir, le faisaient pencher de soncôsé, de sorte qu'étant pressé par les ministres du roi de se déclarer en sa faveur, il se contenta de répondre qu'il enverrait des ambassadeurs pour lui porter sa réponse.
Il n'y avait donc pour le roi que le ?eul duc de Milan, et nous avions affaire à des ennemis qui étaient en réputation d'enlen-
i DE BOSSl ET.
0 pendant loduc, poussé par l'intérêt que nous avons dit, ne cessait de l'exciter a una entreprise si périlleuse, el pour enflammer le courage «l»1 ce janja ne lui montrait pas seulement 1 1talii rain eue, mais la puissance otto-
IIO -« >ll II. i ^.^ |
i , j plus sages têtes de France soppo-
. iù l'en voyait <!«• si gran-
s diflicu lis Etienne de Vèse, homme
aissance, un des chambellans du rot, qu'il arail lait sénéchal de Beaucaire, et Guillaume Briçonnet, -ou trésorier généi.il, depuis devenu cardinal, qui le gouvernait, firent résoudre In chose. Il se lit un aci entra le roi et Ludovic par lequel ce dernier promettait au roi de lui prêter deux cent mille ducets nt, de lui donner le
s s terres ri cina coins gens d'armes; et le roi de son coté devait nuunir Ludovic dans le .Milanais et lui donner la principauté de Tarante, après sa conquête.
Sur le bruit de coite alliance et des préparatifs de Charles, Ferdinand faisait bonne mine, et témoignait qu'il se tenait assurésur le bon ordre de ses affaires; mais il faisait secrètement ses efforts auprès du roi pour le détourner de son dessein, jusqu'à lui of- 1 ir hommage et un tribut annuel. Charles sans l'écouler, prit la qualité de roi de Jérusalem et des Deux-Siciles, et ensuite déclara la guerre [1%$*]. A celte nouvelle, Ferdinand mourut de chagrin; Alphonse i h lils, aussi méchant et aussi bai que lui, commença son règne en faisant égorger tous les seigneurs qui, comme nous avons dit, s'étaient remis h la bonne fei de son père.
Cependant Charles faisait équiper une flotte assez considérable à Gênes, où il avait envoyé le duc d'Orléans avec quelques troupes. Il s'avança à Lyon, et depuis à Vienne, pour apprendre les nouvelles et donner ses ordres de plus près. Il envoya dans la Romagne Aubigny, seigneur écossais de grande considération, avec deux cents hommes d'armes français et cinq cents Italiens, que Ludovic, suivant le traité, lui avait joints sous le commandement du comte <ie Cajazze, son confident. Les hommes d'armes français devaient avoir avec eux chacun deux archers, et chaque archer un valet monté à cheval. Aubigny avait, outre cela, quelque infanterie.
Alphonse songeait à se bien défendre, et d'abord il s'appiiqua à gagner le Pape, qui, jxiur l'obliger à faire ce qu'il voudrait, feignit quelque penchant vers la France; il trouva bientôt moyen de le radoucir par les avantages qu'il lit à ses bâtards, de sorte qu'il lui donna l'investiture qu'il avait refusée à Charles, el fit avec fui une ligue délensive. Il n'y avait rien qu'il ne remuât coulre les Français; il faisait tous ses efforts pour émouvoir les Vénitiens, et ne pouvant en venir à bout par lui-môme, il obligea le Turc à leur déclarer qu'il leur ferait la guerre, s'ils ne la faisaient aux Français.
Alexandre était avec lui en grande intelli-
gence, 8 cause de Xiziul, Son frère, que le Pape avait entre ses mains. Les malheurs de œ jeune prince l'ont un des plus remarquai il es événements de l'histoire de ce temps. Après s'être révolté contre Hajazet, sou Itère, <pii le battit, il se jeta entre Jes bras des chevaliers de Rhodes, les plus grands ennemis de sa maison. Il fut, après, mené en France, où il demeura longtemps en l.i carde de ces chevaliers. Les Papes obligèrent Pierre d'Aubusson, leur grand-mail re, à leur livrer ce malheureux prince, dont ils voulaient se servir, ou pour faire la guerre au Turc, ou pour lui faire peur et négocier avec lui ce qu'ils voudraient.
Rajazet ne craignait rien tant que son frère, parce qu'il était aimé des peuples. Alexandre recevait une grosse pension pour le bien garder, et vivait par ce moyen avec Rajazet en grande correspondance. Il employa son crédit pour exciter les Turcs conlre les Français, qui menaçaient, disait-il, l'empire oltoman, après s'être rendus maîtres de l'Italie. Avec toutes ces remontrances, il ne tira de Rajazet que de l'argent, car les menaces qu'il lit aux Vénitiens de leur déclarer la guerre, ne les émurent pas.
Cependant Alphonseavailéquipé unearmée navale, qu'il tenait dans le port de Pise, sous la conduite de son frère Frédéric; il envoya dans la Romagne l'armée de terre, commandée par Ferdinand son fils. Le duc de Milan faisait presser le roi d'aller en personne à cette conquête. Le cardinal de Saint- Pierre-aux-Licns, ennemi du Pape et ami du duc, vint lui offrir son service, et l'assura qu'il serait le maître d'Ostie, dont il était gouverneur aussi bien qu'évêque. Charles, flatté de tant d'espérances, avait une ardeur extrême de se mettre en campagne; mais le duc et la duchesse de Rourbon, et tout ce qu'il y avait en France d'habiles gens, faisaient ce qu'ils pouvaient pour l'en empêcher; ils lui trouvaient trop peu de forces pour aller lui-même à une entreprise si hasardeuse. Ses finances avaient été épuisées à équiper une flotte qui demeura inutile ; d'ailleurs ceux qui la gouvernaient n'avaient ni capacité ni expérience. Ce triste état des affaires faisait trembler tout le monde; souvent même les favoris étaient ébranlés. Le voyage se rompait un jour, et puis se renouait le lendemain ; Rriçonnet, alors évêque de Saint-Malo, vaincu ou par la raison ou par la crainte, n'était plus d'avis de le faire. Le sénéchal fut seul à le soutenir, et Charles, qui d'un côté était attaché à ses volontés, et de l'autre aisé à mener aux siens qui le savaient prendre, se détermina à partir. La ville de Paris députa [tour l'en détourner ; mais il n'y eut point d'égard : rien n'était capable de retenir ce jeune prince, et ce fut en vain que le Pape, trop partial, le menaça d'excommunication s'il entrait en Italie, il partit poury allersur la fin d'août,aprèsavoir laissé la régence du royaume à Pierre, duc de Rourbon.
11 avait seize cents hommes d'armes oui, avec leur suite, faisaient environ diy n.lile
7r> PART. X!!. TIIEOL. HISTORIQUE. — II. IIIST. DE FRANCE. I.IY. Mil. 7i
hommes «le gendarmerie : les deux cents trembler lonl le monde; maiâ ces Français
gentilshommes ordinaires de sa maison; trd s si redoutés craignaient eux-mêmes : peu
ou quatre cents chevaux armés légèrement, s'en fallut qu'étant a Plaisance, ils ne re-
six mille hommes de pied gascons (car l'in- tournassent sur leurs pas. Ou commençait ;>
fanterie française était composée ordinaire- manquer de tout, et plusieurs de ceux qui
nient de cette nation), et six mille Suisses, avaient conseillé le voyage étaient sur le
Il ri aVait que vingt-deux ans, et beaucoup point de perdre courage,
déjeune noblesse qui l'accompagnait n'en On voyait le Pape qui remuait tout contre
savait pas plus que lui. Durant sa marche, nous. Le roi recevait aussi des avis fâcheux
Frédéric, qui commandait la llolle de Fer- contre Ludovic, dont il commençait à se
dinand, croyait surprendre la nôtre dans le délier. L'autorité du duc étant affermie, il
port de Gênes, et soulever cette ville par le craignait plus les Fiançais qu'il n'avait
moyen de plusieurs bannis qui le suivaient, besoin de leur secours : ainsi tout était à
Il se posta à Rapallo, (très de Gônes; mais craindre d'un esprit si dangereux,
pendant <|u'il y attendait ce que feraient ses D'ailleurs, le roi ne savait que! parti pren-
intelligenccs, le duc d'Orléans, quoique plus (Iraient les Florentins. Les ambassadeurs de
faible, le battit dans son poste où il s'était la république, choisis par Pierre de Médiats,
fortifié, et l'obligea à se retirer. . avaient trahi celui qui les envoyait, et avaient
Au bruit de celle victoire, le jeune Fer- donné à Charles les moyens de gagner le dinand fut étonné. Le Pape effrayé retira ses peuple, dont le trafic ne soutirait pas qu'il se troupes, qui devaient entrer avec lui dans brouillât avec la France; mais Pierre, toula Romagne; ainsi Aubigny y demeura seul jours ami d'Alfonse, roi de Naples, qui avait maître de la campagne, et le roi apprit à Ast succédé à son père en 1V9V, était le maître ces bonnes nouvelles. Il y reçut les respects dans la ville, ou il ne paraissait pas que perdu duc et de la duchesse de Milan, qui le sonne osât lui résister. vinrent saluer avec une grande suite. Malgré Quoique le roi parût fort résolu, il fut ces bons succès, les appréhensions se renou- cependant déconcerté par tant de fâcheuses vêlèrent; l'argent manquait à Charles, qui conjonctures, et lui-même, auparavant si était réduit à emprunter de tous côtés, déterminé au voyage, songeait au retour, jusque-là même que la duchesse de Savoie lorsqu'il eut. avis que la division était grande et la marquise de Monlferral, fort affection- dans Florence. Sur cela, il fut arrêté qu'on nées à la France, engagèrent leurs joyaux irait droit à cette \ille, afin de l'engager au pour lui en prêter. parti de la Franco pendant qu'elle était
Il demeura longtemps à Ast, où on ne ébranlée, ou pour la prendre de force pen-
savait presque à quoi se résoudre; mais dant qu'elle éiail affaiblie par ses dissen-
Ludovic rendait tout facile, et prêta encore sions.
de l'argent. Avec ce secours le roi se pré- Pierre n'ignorait pas qu'il ne se fit contre
parait à partir, mais il fut retardé par la lui de secrètes pratiques dairs la ville, où il
petite vérole, dont il pensa mourir. Le mal sentait son pouvoir mal assuré. Lois donc
ne fut pas long, et Charles fut en état de qu'il vit approcher le roi, il se résolut d'à 1er
marcher au commencement d'octobre; il en- au-devant de lui, et fut d'abord contraint do
voya Comines, qui était rentré dans ses lui mettre entre les mains, par forme do
bonnes grâces, ambassadeur à Venise, et dépôt, durant la guerre, Seivsane, la plus
pour lui il alla droit à Pavie. Là commen- forte place des Florentins. Il fallut ensuite
cèrent les soupçons entre lui et le duc de lui rendre, aux mêmes conditions, Livourne,-
Milan. port célèbre; Pise, Pielra-Saula et Seresa'
Ce duc ne voulait pas qu'il entrât dans le nelle, et promettre de plus que les Florentins
château où il tenait Jean Galéas, son neveu, prêterai nt deux cent mille ducats. Il accorda
étroitement renfermé; mais le roi voulut toutes ces choses, sans en communiquer
y lo^er, et il fallut lui obéir : il fit même avec ceux que la cité lui avait donnés pour
renforcer le guet durant la nuit, et Ludovic conseillers, et ils furent fort étonnés qu'il
étonné demandait si on se défiait de lui. eût livré si aisément aux étrangers toutes les*
Personne, ni le roi même, ne vit Jean forces de l'Etat.
Galéas; il lirait à sa fin d'un poison lent que Cependant Aubigny prit Je château de son oncle lui avait donné. Les Fiançais Mardano, dans la Romagne, ei par cette étaient indignés que ce méchant homme eût prise mit dans son parti le comté d'hnola et amené Charles pour voir mourir son cousin la ville de Forli. Ludovic, effrayé des progermain par un attentat si exécrable. On grès des Français, vint demander Seresane et apprit bientôt après qu'il expirait, ce qui Pielra-Santa, comme platirs dépendantes de obligea Ludovic à retourner pïomptement à la principauté de Gènes : elles lui furent Milan, où il acheva d'établir son autorité, refusées; il se relira mécontent, sous préaprès la mort de ce malheureux, au préju- texte de ses affaires, et ne r«vit plus le roi. dice d'un fils qu'il laissa, âgé de cinq ans. Le voyage ne laissa pas de continuer avec là
A mesure que le roi avançait, l'Italie se même fortune fie roi fol reçu à Pise avec
remplissait d'étonnemenl et de teneur : eu grand applaudissement; mais Galéas, comte
ce pavs, l'art de se servir de TartiHerte n'y de Saint-Sévcrin , confident ne Ludovic
était pas bien entendu, au lieu que la nôtre qu'il avait laissé auprès du roi, rn'spira aux
était belle et bien conduite; cela joint à la Pisans de demander leur libeiti. Ludovic
réputation de la valeur des Français faisait espérait qu'il arriverait quelque sédition ti
Œuvres compl. de Bossu et. X!. ;;
\ : DE BUSSl ET.
.il trouverai! moyen, dans le trouble, de st. le la ville. Les peuples
ni donc autour du roi . 1 1 ianl :
i et le ruât ire des requêtes, qui
ranl lui a l'ordinaire pour reeelui dit t|uM devait leur ac- |i ; leur demande. Le roi le lit sans examiner ce qu'il donna t, el sans savoir autre .Simm que les princes d'Italie traitaient il leurs sujets.
même temps que ceui de Pise s'ému- Di pour leur liberté, il se tu à Florence un • - i \imi « ni contre Pierre ; ses ennemm vii eut «lu traité qu'il avait fait avec le roi pour le rendre odieux au peuple, 1111111110 un nomme qui avait trahi sa patrie. Aussitôt qu'il fui de retour, il se présenta au conseil, pour rendre compte à la seigneui ia de ce qui s'était passé; on ferma la porte a sa suite, et il sentit bien qu'il était perdu. Use relira en grande frayeur, et il entendait de tous côtés sur son passage le peuple i 1 ianl Libelle ! Ainsi, désespérant de ses affaires, il s'enfuit à Hologne, d'où il passa à Venise. Par décret de la seigneurie il fui banni de Florence avec tous les Médicis. Sa maison, qu'il avait préparée pour y recevoir le roi, fut pillée avec son argent et ses joyaux les plus précieux.
Le roi s'arrêta proche de Florence, pour laisser apaiser le tumulte, et pour donner le temps à Aubignv de le rejoindre, selon l'ordre qu'il lui en avait envoyé. Aux approches du roi, les Florentins avaient grand sujet d'appréhender, parce qu'ils avaient banni Pierre pour avoir traité avec lui; mais comme ils n'étaient pas les plus forls, ils furent contraints d'ouvrir leurs portes, et le roi entra dans leur ville armé et la lance haute, (iiuims victorieux. Il avait lu corps pelit et faible, la mine peu relevée; mais sa puissance et ses grands succès le faisaient regarda r avec respect par tout le peuple.
La seigneurie dépu a des personnes de considération pour traiter avec lui; on leur lil de la part du roi des propositions exorbitantes. Pendant qu'on en faisait la lecture, un des députés les arracha d'entre les mains de celui qui les lisait, et dit au roi en les déchirant, puisqu'il leur faisait dételles detnandes, qu'il fît sonner ses trompettes : que pour eux ils allaient faire sonner leurs cloches : sur cela, il fallut se radoucir, el l'accommodement fut l'ait à des conditions plus équitables. Les Florentins s'engagèrent à prêter au roi une grande somme d'argent, dont ils payèrent une grande partie comptant. Il les reçut sous sa protection, el leur promit par serment de rendre leurs places qualre mois après la conquête de Naples, el même plus lot, s'il retournait en France. Il fut convenu qu'il leur laisserait un ambassar, sans lequel il ne pourrait nommer un ..aine général, ni rien résoudre sur les affaires présentes.
Ce prince lâcha de faire la paix de Pierre, et en attendant, il obligea la seigneurie à lever le ban des Médicis avec certaines res- Uv s inopinés s.urj
les Vénitiens, qui s'étaient longtemps moqués de l'entreprise de Charles , qu'ils tro\ aient impossible. Le Pape, le roi de Nnples el Ludovic prirent grand soin de les exciter. Maximilien, naturellement ennemi delà France, craignait d'autant plus ses progrès, qu'on lui faisait entendre que Charles avail dessein île se faire empereur à. si place, et que déjà, il en avail fait la proposition au Pape, chose qui n'était pas véritable. Ferdinand, roi d'Aragon, craignant pour la Sicile et pour la Sardaigne, se joignit aux ennemis de Charles, malgré les obligations qu'il lui avait, et les promesses qu'il avail faites de ne point troubler ses desseins dans l'Italie.
Les ambassadeurs de ces princes étaient à Venise, et Connues, qui les y voyait assemblés de tant d'endroits, avait soupçonné ce qui arriva. Ceux du duc de Milan tâchaient de l'amuser, en lui demandant ce que faisaient à Venise ces minisires de l'empereur et du roi d'Espagne. Ils lui disaient que pour eux ils y étaient venus au sujet des ambassadeurs que la république avail envoyés à leur maître, et qu'au reste il voulait toujours entretenir bonne correspondance avec le ro;; mais Comines, qui savait toute l'intrigue, résolut de s'en expliquer avec les ambassadeurs du duc et de la seigneurie. Ceux-là nièrent le fait; et pour la seigneurie, sur ce que Comines leur représenta que, par les traités faits entre les rois de France et les Vénitiens, l'un ne pouvait pas soutenir les ennemis de l'autre, il lui fut répondu par le doge, au nom du sénat, que loin de faire aucune confédération contre le roi, ils ne songeaient qu'à en faire une avec lui contre le Turc; que le roi et eux contraindraient les autres princes à y entrer, et que, s'il fallait de l'argent, la seigneurie en fournirait.
Cependant ils proposaient un accommodement pour les affaires de Naples, par lequel ce royaume serait tenu de Charles à hommage; que ce prince y retiendrait trois places, et qu'il aurait de l'argent autant qu'ilvoudrait. Comines répondit qu'il n'avait point d'ordre d'écouter ces propositions, et qu'il en écrirait au roi son maître. 11 les priait cependant de tenir tout en surséance, et de lui dire s'ils avaient quelque sujet de plainte. Le duc lui dit que la république avait grand sujet de s'étonner que le roi ayant témoigné qu'il ne voulait eu lia ie unie seul royaume de Naples, et après, tourner ses armes contre le Turc, il ne parlait plus du Turc, et qu'il obligeait cependant les Florentins à lui mettre en maiu leurs meilleures places; mais qu'encore que ce procédé leur donnât un juste sujet de méfiance, ils tiendraient les choses en état, jusqu'à ce qu'ils eussent apprisses réponses.
Le roi durant ce temps était, encore à Florence, où Comines lui donna avis do toutes ces choses ; mais son conseil, que tant de succès remplissaient de confiance, y lit peu de réflexion. Cependant l'affaire de l'ail arK-e traînait en longueur. Le Pape éA'art irrésolu, el les Vénitiens, naturellement assez len s
dans leurs délibérations, ne se pressaient pas, espérant qu'à Viterbé, ou du moins à Rome, Charles trouverait do la résistance; mais ce prince marchait toujours, et Sienne lui ouvrit ses portes.
Environ dans ce môme temps, l'armée du Pape se joignit avec Ferdinand, Mis d'Alfonse, roi de Naples, pour disputer à Charles le passage <!e Vilerbe; Charles y avait déjà pourvu. Par son ordre, le cardinal de Saint- Pierre-aux-Liens était retourné à Ostie, d'où il coupait les vivres aux ennemis, et les Colonne, gagnés à la France, couraient toute la Roruagne. Ainsi, Ferdinand, Mis d'Alfonse, se trouva trop faible pour rien entreprendre, et le roi occupa Vilerbe sans peine. Toutes les places des environs se rendirent : le Pape effrayé envoya pour traiter d'accommodement, et le rt)i lui renvoya à môme dessein la Trémouille, un de ses chambellans, qui avait grande pari à sa confiance*
Dans celte négociation, comme le Pape faisait diverses propositions d'accommodement, tant pour lui que pour le roi de Naples, Charles dit nettement qu'il écouterait ce que le Saint-Père proposerait pour ses propres intérêts; mais que, pour Ali'onse, il ne lui donnerait aucune autre condition que (le lui céder le royaume. Au milieu du traité, le Pape résolut tout à coup de faire entrer (.'ans Rome Ferdinand avec son armée, et semblait se préparer a se défendre. Charles Arriva à Ostie, et en môme temps vingt brasses de murailles tombèrent. Cela étonna tout le monde, et fit dire, plus que jamais, que Dieu s'en mêlait.
Toute l'Italie était pleine de celte pensée; il y avait longtemps que Jérôme Savonarole, Jacobin, prêchait à Florence que Dieu voulait se servir du roi de France pour châtier les tyrans d'Italie, et réformer par l'épée les abus de l'Eglise; que rien ne serait capable de s'opposer à ses armes, et qa'il ferait la conquête du royaume de Naples sans résistance [U95J. En effet, le roi s'avançait du côté de Rome par les terres des Ursins, qui lui étaient entièrement dévoués. Le Pape, désespérant de pouvoir résister, lit ouvrir Jes portes.
Pendant que le roi entrait d'un côté, Ferdinand sortait de l'autre. Il resta peu de cardinaux auprès du Pape, qui se renferma an château Saint-Ange; tous les autres vinrent au-devant du roi avec les magistrats, et toute la ville y accourut avec des cris de réjouissance. Il entra armé et la lance haute, comme le maître, dans celle ville, qu'on peut appeler la capitale du monde chrétien. On ne parlait que de déposer le Pape, comme siuaoniaque et scandaleux ; deux fois les batteries furent dressées, et le canon prêt a tirer contre le château Saint-Ange, qui ne pouvait pas tenir. Le respect de la dignité pontificale, quoique dans un sujet indigne, arrêta le roi. La paix fut faite à condition que le Pape donnerait au roi, jusqu'à son retour de I pies, Terracine, Vilerbe, Civiia-Vecchia et Spolelte; mais la dernière p'are ne fut cas livrée-.
Le Pdpe ht deux cardina i\ à la i :
Charles : Biiçonnct, évoque de Saint el l'évoque du Mans delà maison d< Lun bourg. Il fui arrêté que le cardinal Valeotin, fils du Pape, suivrait le roi comme légat en apparence, et en effet pour servir d'otage. Outre cela, Charles, qui avait dessein, aussi* tôt après la conquête de Naples, d'aller attaquer les Turcs jusque dans Con6lanlinO| obligea le Pape à lui livrer Zizim : il le livra, mais empoisonné d'un poison kmt, et en élatde mourir bientôt après. Baiazelarait écrit au Pape par son nonce qu'il ferait bien de faire passer Zizim de celte vie malheureuse à une meilleure, el qu'en lui en envoyant le corps, il lui donnerait une grau somme d'argent.
Cependant les affaires de Naples tombaient dans un grand désordre. Ali'onse, qui voyait approcher le roi, et (pie tout lui était ouvert, n'osa s'opposer à sa marche, quoiqu'il passât pour courageux et homme de guerre; mais, comme remarque Comi' .
jamais homme cruel ne fut vaillant. Il était dans une grande appréhension, et se croyait nuit et jour poursuivi par les Français. Enfin, se sentant persécuté par la haine implacable de ses sujets, il résolut d'abandonner le royaume à son fils Ferdinand, que le peuple aimait : aussitôt qu'il eut fait cette cession, il ne songea plus qu'a partir avec un empressement extrême; il lui semblait, disait-il, que les arbres et les pierres même criaient « France ! » et si peu qu'on le retardât, il menaçait de se jeter par la fcnêlre, tant il était saisi de frayeur. Sa retraite fut en Sicile, où son plus grand soin fut de porter des vins délicieux.
Dès (pie Ferdinand se fut mis en possession du royaume, toutes les haines furent oubliées, et ses sujets commencèrent à reprendre cœur; mais lesali'aires étaient déjà en mauvais état. Charles avait envoyé des troup.es sur la frontière, et tonte l'Abruzze s'était révoltée. Pour défendre la terre de Labour, Ferdinand occupa le poste de Saint-Germain, qui était à l'entrée du royaume. Il s'y campa* avantageusement avec une armée de mille chevaux et de six mille hommes cie pied , ayant devant lui la rivière du Gariglian , d'un < ôté des montagnes escarpées, et de l'autre un grand marais. Il attendait en ce lieu l'armée française; Charles partit de Rome, et lorsqu'il fut à Velletri, le cardinal Valeotin s'échappa, ce qui fit connaître les mau\ais desseins du Pape.
Le roi, en continuant son chemin, prit de force Montefortin el Moiit-Saint-Jfean, dcu\ châteaux très-considérables, dont le dernier était fort d'assielle, et de plus muni de toutes choses. Dans toute la conquête il n'y eut que ces deux seules occasions où il fallut lin r l'épée. Le bruit de la prise de ces places mit une telle épouvante dans l'armée de Fer nand, qu'elle prit la fuite, et ce prince fut contraint d'abandonner son canon b ses ennemis. Il se relira, outré de douleur, a Danone, où il reçut de nouveaux dëp aisirs : nabjitanis le laissèrent entrer, et fermèrent la
(H l V!U S ( OMl'l ETES DE BOSSI ET. 80
P«>rv Etant entré, il appril que La floile une Charles avait équipée Ksi grands
i u levée. I1 fui coniroint d'y frais, jetée par la tempête aux environs de
ailor i n diligence, »| n> exhorté peux 111e de Corse, parut aux côtes de Naples un
• Cepoue I lui demeurer fidèles. I! ajou a i mmi après que le roi y fut entré. Les deux
-~ 5 de reveuir dans peu dejours châteaux furenl bien loi réduits moitié par
i et Ire; mais a peine fut-il parti, intelligence et moitié par crainte. On trouva Jean-J - Trivu uverneur de dans le château Neuf une quantité prodi- :a place, la rendit à Chai nieuse de vivres, que le roi donnait au prel i ■ .; nanti, après avojr un peu apa se les mier qui les demandait; et ces grandes promouvements de Naples, retournait à Ca- visions se dissipèrent. poue. li n'en était qu'à deux nulles, lorsque Les villes du royaume se rendaient à l'envi ca habitants lui mandèrent qu'il n'avait que les unes des autres à ceux que Charles enl'approcher, et que la ville était aux voyait pour les prendre. Les seigneurs du Français. Déses|>éréde celle nouvelle, il re- pays, à la réserve du marquis de Pescaire el vini s, nu, résolu à la retraite, il lit de deux ou trois autres, vinrent avec era-
I rata ni assembler les i iloyens pour les pressement lui rendre hommage. L'Europe
nguer avant son départ. Il leur témoigna regardait avec étonnement une conquête si
n avénemenl à la couronne il avait eu rapide : il semblait que l'Italie se fût trouvée
un désir extrême de leur faire ouhlier, par tout à coup sans action, par une espèce d'en-
: ins traitements, les maux qu'ils avaient cbanlement. Le Pape disait que ce n'était
soufferts de ses ancêtres; que pendant qu'il pas une guerre que le roi avait faite, mais
était dans cette espérance, il s'en trouvait un voyage paisible où il n'y avait pas eu be-
em péché par les Français, auxquels il était soin d'envoyer des capitaines pour prendre
contraint de céder; quil les exhortait aussi les places, mais seulement ses fourriers pour
a se soumettre à eux, en attendant qu'il vînt lui marquer son logis. Si on eût envoyé
v tirer de l'oppression, ce qu'il espérait d"abord un petit corps à Ischia avec quelque
l'aire bientôt pourvu qu'ils demeurassent fi- artillerie, en l'étal où étaient les affaires, le
dèles ii leur prince naturel, qui les aimait si château se serait rendu ; mais aussitôt qu'on
tendrement. Les peuples parurent touchés fut maître de Naples, on ne songea qu'à la
*e te discours; mais Ferdinand ne fut [tas bonne chère, à des joutes et à des plaisirs-
plutôt retiré, qu'on lui vint dire qu'ils pil- Nos gens méprisèrent les Italiens, qu'ils
laient ses écuries. Il sortit indigné de l'au- aVaient vaincus si aisément, et à peine les
e el de l'inconstance de ce peuple, qu'il croyaient-ils des hommes,
t ha^sa des environs du château. Quand il y Etienne de Vesc, que Charles créa duc de
fut rentré, ils'aperçul que cinq cents Suisses, Noie el connétable de Naples, faisait à la vé-
qu'il 3 avait mis pour le garder, voulaient rite lout ce qu'il pouvait pour la conserva-
êter, il il ne trouva aucun autre moyen lion de ce royaume; mais il se chargeait de
pour se délivrer de leurs mains que de leur plus d'affaires qu'il n'était capable d'en por-
uuvrirses trési rs. ter : ainsi le désordre éiait extrême. Charles
Pendant qu'ils les partageaient, il mit en manqua Blindes, qui voulait se rendre, mais
: lé les prisonniers que son père ava;t il n'y envoya pas ses troupes assez lot; ia enfermés dans le château, et se sauva à Ischia, môme chose lui arriva à Keggio, place impetitei e près de Capri, à l'entrée du golfe de portante, sur le détroit de Sicile, pour avoir Naples. Le gouverneur le reçut lut seul; voulu donner à un des siens celle ville, qui mais bientôt, par son courage el son indus- ne voulait être qu'à lui. Le château de Callitrie, il se rendit maître de la forteresse. poli, dans l'Abruzze, fut pareillement négligé Charles arriva a Naples un peu après que avec quelques autres place?. A la fin le roi Ferdinand en fut parti. Il marchait avec tant envoya l'armée navale à Ischia, qu'elle de diligence, depuis l'affaire de Saint-Ger- trouva en trop bon état pour être attaquée, main, qu'il arrivait ordinairemenl le soir à Ferdinand se retira cependant en Sicile. 11 ne l'endroit que ses ennemis avaient quitté le se par:8 guère des Tuics, qui tremblaient à matin. Averse, qui était en son chemin, se Constanlinople au bruit des conquêtes du rendit à l'exemple de Capoue, et ce fut là que roi. On en eût eu bon marché sous un prince les députés de Naples vinrent assurer Je roi aussi peu vaillant que Bajazet; mais queide leur obéissance. Il leur accorda de grands ques intelligences qu'on avait en Gièce , du privilèges, et arriva enfin à Naples, où il côté de Thessalie. lurent découvertes , et, à n'est pas croyable combien toute la ville lé- ce qu'on croit, par les Vénitiens. Zizim moumoi gna de joie. Le peuple, si maltraité par rut, et avec lui Je principal fondement de les princes d'Aragon, se crut délivré d'une l'espérance des Français fut renversé, tyrannie insupportable quand il les vit chas- Ces malheurs rebutaient le roi, qui d'ail ses. Tous les partis semblaient réunis, et les leurs commençait déjà de s'ennuyer à Naples, Aragonats montraient encore plusdezèle que et ne respirait que la Fiance, aussi bien que les autres. Charles alla descendre à l'église la noblesse qui l'accompagnait. Cepenua t cathédrale, et de là loger au château nommé ses ennemis ne s'endormaient pas, et la ligue Capuano. se formait. Les Vénitiens, qui s'étaient llat- Le château Neuf et le château de l'Œuf, lés dej'espérance quîil trouverait beaucoup où .1 y avait garnison , étaient encore entre de résistance sur son passage, furent étourd/s les nains des ennemis, el le marquis de Pes- quand ils le virent à Naples. Ils mandèrent eaire tenait le château Neuf j>our Ferdinand, pourtant Comines, pour lui témoigner la.
FAUT. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II. UIST. DE FRANCE LIV. Mil.
joie Je la république sur les progrès du roi, ajoutant qu il trouverait plus de difficulté dans le château. Ils ne pouvaient croire que les planes so prissent si vite, et les grands succès des Français leur apprirent à se fortifier.
Quand la nouvelle de 'a prise fut arrivée , ils ne purent s'empècher de témoigner leur douleur. Le doge ne laissa pas de faire à Comines, avec un visage gai, les compliments ordinaires ; mais les autres donnaient des marques de leur extrême déplaisir. Comines continuait d'avertir le roi de ce qui se machinait contre lui, l'exhortant à renforcer son armée, et à demeurer à Naples, «. u à partir promplement, avant que les confédérés eussent conclu leur traité, ou qu'ils eussent eu le loisir d'assembler leurs troupes. Il donna en même temps les avis. nécessaires au duc d'Orléans, qui était à Ast, et au duc de Bourbon régent en France.
Peu après on acheva le traité de la ligue. Comines lut mandé au sénat, où le doge lui déclara qu'au nom de Dieu la république avait conclu une ligue avec le Pape, l'empereur, les rois d'Espagne et de Naples, et le duc de Milan ; qu'il pouvait le faire savoir au roi son maître, et que pour eux ils avaient rappelé leurs ambassadeurs. Comines fut touché de ce discours, dans l'appréhension qu'il eut pour le roi, qui méditait son retour. Mais il répondit fort doucement qu'il savait leurs desseins, il y avait déjà longtemps; qu'il en avait donné avis au roi et en France, et qu'ils trouveraient les affaires mieux préparées qu'ils ne pensaient.
Ils répondirent que leur ligue n'était point contre le roi, mais contre l'ennemi commun, et en particulier pour la défense de l'Italie; qu'au reste, ils n'avaient pas dû souffrir que le roi abusât le monde davantage, en disant qu'il voulait attaquer le Turc, pendant qu'il ne songeait qu'à envahir l'Italie en ôlant les places au Pape et aux Florentins. A quoi Comines répondit, que les rois de France étaient accoutumés à faire du bien au Saint- Siège, et qu'en cela le roi son maître surpassait ses prédécesseurs.
Pendant que ces choses se disaient de part et d'autre, les sénateurs paraissaient avec un visage fier. La ligue fut .publiée avec beaucoup de solennité. Le soir on fit des feux de joie; on voyait partout des flambeaux allumés et des marques de réjouissance publique. Le sénat voulut qu'un ministre de 15ajazet, qui était alors secrètement à Venise, lût témoin de cette fête; et eux, qui se plaignaient tant de ce que Charles laissait les Turcs en repos, ne songeaient qu'à les satisfaire.
Cependant les Napolitains commençaient à se dégoûter des Français. Quoique l'on gardât soigneusement' au peuple ses privilèges, on ne le traitait pas avec la douceur nécessaire pour accoutumer de nouveaux sujets à une domination étrangère.
La noblesse eût pu retenir les peuples dans le devoir; mais elle était elle-même mécontente de ce qu'elle se voyait exclue du gou-
vernement et des charges que Charles donnait toutes aux Français. Ceui qui
avaient été attachés à la maison d'Anjou n'étaient pas mieux traités que les Aragonai>, et tous étaient également rebutés. I ministres du roi ne songeaient qu'à s'enrichir et prenaient de l'argent de tous ceux qui avaient des affaires pour leur faire obtenir leurs expéditions.
Les choses étant en cet état, la nouvelle de la ligue conclue disposa à la révolte l'esprit de ce peuple naturellement changeant. Otrante, qui avait arboré l'étendard de la France, l'ôta et reprit le parti de Ferdinand. Le roi, résolu de partir, voulut auparavant faire ses efforts afin (pie le Pape se détachât de la ligue. Il reçut des réponses peu satisfaisantes et précipita son départ. Il nomma pour vice-roi Gilbert de Montpensier, prince de la maison de Bourbon, à qui il laissa deux mille Suisses avec cinq cents hommes d'armes français. Il ordonna à l'armée navale de se rendre à Livourne, et à Aubigny de demeurer dans la Calabre , où Ferdinand avait repris quelques places peu importantes. Le nouveau duc de Noie eut ordre de demeurer quelque temps auprès du vice-roi pour diriger les conseils et gouverner les finances; mais Charles ne laissa pour tout argent au royaume que le courant des revenus. Pendant son séjour d'un mois à Naples, il fil frapper une monnaie où il s'intitulait roi de Sicile et de Jérusalem. Après quoi il fit son entrée solennelle dans cette ville avec beaucoup de magnificence et en habit impérial, comme empereur de Constantinople. Il avait une couronne d'or sur la tète, et tenait delà main droite une pomme d'or et le sceptre de la gauche.
Le roi partit aussitôt après ces cérémonies, sans avoir soin de munir les châteaux de Naples, ni les autres places du royaume qui pouvaient' tenir le peuple en bride. U avait neuf cents hommes d'armes y compris sa maison, et deux mille cinq cents Suisses, avec l'infanterie française. Il pouvait y avoir quinze cents hommes de défense à la suite de la cour, et tout cela faisait environ neuf mille hommes. Voilà quelle était l'armée avec laquelle Charles devait traverser toute l'Italie, pleine de potentats armés contre lui. Lorsqu'il approcha de Rome, le Pape laissa le château Saint-Ange bien gardé et se relira à Orvielte. Quoiqu'il se fût ligué avec les ennemis de Charles, ce prince religieux n'exerça aucune hostilité sur le territoire de l'Eglise; il rendit même les places qui appartenaient au Saint-Siège. Il ne fil que passer à Rome, et tira droit à Sienne, où Comines avait eu ordre de se rendre. Aussitôt que le roi le vit, il lui demanda, comme eu se moquant, si les Vénitiens ne viendraient pas au-Jevant de lui. Les jeunes gens de la cour, qui s'imaginaient qu'il n'y avait qu'eux capables de tirer l'épée, écoutèrent en liant celte parole. Comines répondit avec un air aussi sérieux que la. chose le méritait, que le sénat lui avait fait due qu'il trouverait quarante où le hommes sur soi*
VRES GOMPI.E fES DE BOSSUET.
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