‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 121 sur 458 · PART. XII!. TI1E0L SI C'ÀLE.— POLI · texte numérisé non relu

PART. XII!. TI1E0L SI C'ÀLE.— POLI

(Il Par. wvi, 1, 16 seq.), » dont il usurpait l'honneur.

Le saint roi Ezéchias se défendît-il du plaisir d'étaler sa gloire etsos richesses air; ambassadeurs de Babylone avec une ostentation (jue Dieu condamna par ces dures paroles dlsaïe (IV Reg. xx, lGf 17) : « Le jour viendra que tous ces trésors seront transportés à Babylone (à qui tu les as montrés avec tant de complaisance), sans qu'il en demeure ici la moindre parcelle? * Tout allait bien pour ce prince « à la réserve de la tentation arrivée à l'occasion de cette ambassade : et Dieu le permit pour découvrir tous les sentiments de son cœur, et l'orgueil qui s'y tenait caché. » (// Par. xxxn, 31.)

Cette sentence fait trembler; Dieu ordonne la magnificence dans les cours, comme nous l'avons démontré : Dieu a horreur de l'ostentation et la foudroie, sans la pardonner à ses serviteurs. Quelle attention ne doit pas avoir un roi pieux ; quelle réflexion profonde ne doit-il pas faire sur la périlleuse délicatesse des tentations dont nous parlons?

Saint Augustin se fondait sur ces exemples, lorsqu'il a dit qu'il n'y a point de plus grande tentation, même pour les bons rois, que celle de la puissance : Quant o altior, tanto periculosior (88).

Saiïl fut choisi de Dieu pour être roi, sans qu'il y pensât ; et nous avons vu ailleurs, dans le temps qu'on l'élisait, qu'il se tenait caché dans sa maison. (I Reg. x, 2, 3, 9, 22, 23.) Et néanmoins il succomba à la tentaiion de la puissance, en désobéissant aux ordres de Dieu, et épargnant Amalec; en offrant le sacrifice sans attendre Samuel : peut-être dans la jalousie de régner en maître absolu, pour secouer un joug importun ; et enlin en persécutant à toute outrance, dans tous les confins du royaume, David, le plus fidèle de ses serviteurs. (/ Reg. xv, 8, 9, 13, li; xiii, 8, 9; xvm, xix, xx seq.)

Qu'arriva-t-il à David lui-même, et jusqu'à quel excès succomba-t-il à la tentation de la puissance ? Encore (it-il pénitence, et couvrit-il son ignominie par ce bon exemple. Mais Dieu n'a pas voulu que nous eussions une connaissance certaine d'une conversion semblable dans Salomon, son fils, qui a été premièrement le plus sage de tous les rois ; et ensuite, dans sa mollesse, le plus corrompu et le plus aveugle. La tentation de la puissance le plongea dans ces faiblesses. 11 adora jusqu'aux dieux des femmes qui lui avaient dépravé le cœur , et les énormes dépenses qu'il lui fallut faire en contentant leur ambition, et en leur érigeant tant «le temples, jetèrent un si bon roi dans les oppressions qui donnèrent lieu , sous son fils, à la division de la moitié du royaume.

Aveuglé par la tentation de la puissance, Nabuchodonosor se fil dieu, et ne prépara que des fournaises ardentes à ceux qui refusaient leurs adorations à sa statue. (Dan. m.) C'est lui qui, séduit par sa propre grandeur,

TIQUE TIREE DE L'i CIUTl RE. LlV. X. 774

n'adora plus que lui-!

disait-il- (Dan. iv, 2, 20, 27), «cette gran Dabylono que j'ai faite par ma puissance, et pour la manifestation de ma gloire? » Babj

loue, qui voyait le monde entier sous puissance, disait dans l'égarement de son orgueil : « Je suis, et il n'y a que moi sur la terre. » Et encore: « Je suis reine, la mattresse éternelle de l'univers ; je ne serai jamais veuvfi ni seule, mon empire ne périra jamais. >, (Isa. xlvii, 7, 9.)

Un autre roi disait en lui-même, j lulôl par ses sentiments et par ses œuvres que par ses paroles (Ezech. xxix, 3, 9) : « Le fleuve est à moi, et je me suis l'ail moi-même ; j'ai fait ce grand fleuve, qui m'apporte tant de richesses. » C'est ce que disent les tois superbes, lorsqu'à l'exemple d'un Pharaon, roi d'Egypte, ils se croient arbitres de leu»1 sort, et agissent comme indépendants des ordres du ciel, qu'ils ont oubliés.

Un Autioclius, ébloui de sa puissance qu'il croyait sans bornes, « éleva sa bouche contre le ciel ; et attaquant le Très-Haut par ses blasphèmes, il eu voulut écraserles sain s et éteindre le sacrifiée, » (Dan. vu, 25; vm, 11, 12.) On le voit paraître en son temps comme un homme qui ne croit rien impossible à sa puissance ; car « il croyait pouvoir voguer sur la terre, et marcher sur les Ilots de la mer. » (II Math, v, 21.) Ainsi son audace entreprenait toui, et il voulait que le monde n'eût point d'autre loi que ses ordres. Cependant il était l'esclave d'une femme, qu'il appela Antiochide, de son nom, et vit des peuples entiers se révolter contre lui, parce qu'ils étaient la proie d'une impudique, à qui le roi donnait ses provinces. (II Mach. iv, 30.)

Hérode, sur un liône auguste, et revêtu des habits royaux, pendant qu'il parlait, se laissa llalter des « acclamations du peuple qui lui criait : Ce sont les paroles d'un dieu et mm pas d'un homme; » et mérita d'être « frappé en ce moment par un ange, en sorte qu'il mourut mangé des vers. » (Art. xn,22, 23.) Comme si Dieu, qu'il oubliait, lui eût voulu dire, ainsi qu'à cet autre roi (Ezech. xxvni, 9, 23) : « Diras- tu encore : Je suis un dieu; toi qui es un homme, et non pas un dieu, sous la main qui te donne la mort, » en t'envoyant une si étrange maladie?

Voilà les ellets funestes de la tentation de la puissance : l'oubli de Dieu, l'aveuglement du cœur, et rattachement à sa volonté; d'où suivent des raffinements d'orgueil et de jalousie, et un empire des plaisirs qui n'a point de bornes.

. Cela fut ainsi dès l'origine. Et aussitôt qu'il y eut des puissances absolues, on craignit tout de leurs passions : « Abraham dit à Sara, sa femme ((icn. xn, 11, 12 seq.): Vous êtes belle; quand les Egyptiens vous verront, ils diront ; C'est sa femme; et ils me tueront pour vous avoir. Dites que vous êtes ma sœur (comme elle l'était aussi en un certain sens). Pharaon fut bientôt instruit

(88) Ave, Ettar. in psal. cxxxvn, n. 9, t. IV.

\1U S COMF1 1 ri s DE BOSStlEt. TTC.

, ,i Abraham recul un seront Irai lés avec douceur; mais les puis-

: pour l'amour d'elle; el on sants seront puissamment tourmentés. Dieu

donna de» troupeaux M des esclaves en ne fail point d'acception de personne, ni il

, | on enleva sa femme dans la ne craint la grandeur de qui que ce soit;

Pharaon. » Il en arriva autant à parce qu'il a fail le petit comme le grand, et

im chez un autre roi, c'est-à-dire chez il a un .soin égal des uns ci des autres: les

\bimélech, roi «I" Gérare dans la Palestine, plus forts auront à porter un tourment plus

tx\ ii. [2.J El i n voit que depuis fort. » (Sap. \i, -2 seq.]

lotissement «le la puissance absolue il II ne faut ni réflexion, ni commentaire.

n'v a plus de barrière contre elle, ni d'hos- Les rois, comme ministres de Dieu, qui en

j. m i |!,- soil trompeuse, ni de rempart exercent ['empire, sont avec raison menacés,

assuré pour la pudeur, m enfin de sûreté pour une* infidélité particulière, d'une jus-

pour la vie des nommes. lice plus rigoureuse, el de supplices plus

Avouons donc de bonhe foi qu'il n'y a exquis. Et celui-là est bien endormi qui ne

point île tentation égale à celle de la puis- se réveille pas à ce tonnerre.

sauce, ni rien de plus difficile que de se re- IV* Prop. Les princes ne doivent jamais

r quelque chose quand les hommes vous perdre de vue la mort, où l'on voit l cm-

rdenl tout, et qu'ils ne songent qu'à preinle de V empire inévitable de Dieu. — « Je

prév< n r ou môme à exciter vos dé>irs. suis un homme mortel comme les autres. »

II* Pbop. Queis remèdes on peut apporter C'est ainsi que la Sagesse éternelle fait par-

aux inconvénients proposés. — Il y en a qui, 1er Salomon. (Sap. vu, 1-6.) « Je suis (ils

touchés de ces inconvénients, cherchent des de ce premier homme qui a été formé de

barrières à la puissance royale. Ce qu'ils terre; et j'ai élé fait chair (c'est-à-dire l'infir-

proposent comme utile, non-seulement au mité même) dans le ventre de ma mère, qui

peuple, mais encore aux rois, dont l'empire ni 'a porté dix mois. J'ai été composé de sang;

est plus durable quand il est réglé. sorti d'une race humaine parmi le trouble

Je ne dois point entrer ii i ni dans ces res- des sens, dans une espèce de sommeil. »

trictions, ni dans les diverses constitutions Ma conception n'a rien que de faible. « Ma

des empires et des monarchies. Ce serait naissance m'a jeté et comme exposé sur la

m'éloigner de mon dessein. Je remarquerai terre : j'ai respiré le même air que tous les

seulement ici, premièrement que Dieu, qui autres mortels, et comme eux j'ai commencé

savait ces abus de la souveraine puissance, ma vie en pleurant; on m'a nourri dans des

n'a pas laissé de l'établir en la nersonne de Janges avec de grands soins. Les rois n'ont

t'nùl, quoiqu'il sût qu'il devait en abuser au- point un autre commencement: tous les

tant qu'aucun roi; secondement, que si ces hommes ont entré dans la vie de la même

inconvénients devaient contraindre le gou- manière, et ils la finissent aussi par un

vernement jusqu'au point que l'on veut même sort. »

imaginer, il faudrait ôter jusqu'aux juges C'est la loi établie de Dieu pour tous les

choisis tous les ans par le peuple, puisque mortels : i! sait égaler par là toutes les con-

la seule histoire de Suzanne suffit pour mon- ditions. La mortalité, qui se fait sentir dans

lier l'abus qu'ils ont fait de leur autorité. le commencement e' dans la fin, confond le

Sans donc se donner un vain tourment à prince et le sujet; et la fragile distinction

chercher dans la vie humaine des secours qui est entre deux est trop superficielle et

qui n'aient pas d'inconvénient, el sans exa- trop passagère pour mériter d'être comptée,

miner ceux que les hommes ont inventés Ve Prop. Dieu fait des exemples sur la

dans les établissements des gouvernements terre : il punit par miséricorde. — « Le pro-

diversjil faut aller à des remèdes plus gé- phète Nathan dit à David [11 Reg. xn,7 seq.) :

néraux, et à ceux que Dieu lui-même a or- Vous êtes cet homme coupable dont vous

donms aux rois contre la tentation de la venez de prononcer la condamnation (dans

puissance, dont la source est dans ce prin- la parabole de la brebis). Et voici ce que dit

cipe. le Seigneur : Je vous ai fait roi sur mon

JID Prop. Tout empire doit être regardé peuple d'Israël ; je vous ai donné la maison sous un autre empire supérieur el inévitable, de votre seigneur avec tous ses biens : pourvu est l'empire de Dieu. — « Ecoulez-moi, quoi donc avez-vous méprisé la parole du rois, et entendez : juges de la terre, appre- Seigneur, pour faire mal à ses yeux, en rénez votre devoir ; prêtez l'oreille, vous qui pandant le sang d'Urie, en lui otant saJemcontenez la multitude et qui vous plaisez à me, et le tuant par l'épée des enfants d'Amvous v<ur environnés des troupes des peu- mon? Pour cela, l'épée ne §e retirera point pies. C'est le Seigneur qui vous a donné la à jamais de votre maison, parce que vous puissance, el toute votre force vient du Très- m'avez méprisé. Et voici ce que dit le Se:- Haul, qui examinera vos œuvres, el sondera gneur : Je susciterai le mal dans votre maivos pensées; parce qu'étant les ministres de son; vos femmes vous seront enlevées à vos son royaume, vous n'avez pas jugé droite- yeux; vous les verrez entre les mains de ment, et vous n'avez pas gardé la loi de la celui qui vous touchera de plus près (de justice, et vous n'avez pas marché selon la votre propre fils), aux yeux du soleil. Car volonté de Dieu, il vous apparaîtra tout d'un vous l'avez fait en secret; mais moi j'accomcoup, d'une manière terrible; et ceux qui plirai cette parole à la vue de tout Israël et commandent s-.ront jugés par un jugement à la vue du soleil... Et parce que vous avez très rigèureux et très-dur. Car les petits fait blasphémer le nom du Seigneur par ses»

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