A SAINT VINCENT DE PAUL
Il lui parle de la mission qui devait se faire a Metz (91), et lui témoigne le désir qu'il a de seconder cette bonne œuvre.
Monsieur, J'ai appris de M. Champin (92), la charité que vous aviez pour ce pays, qui vous obligeait à y envoyer une mission considérable; que vous l'aviez proposé à la compagnie (93), et que vous, et tous ces messieurs, aviez eu assez bonne opinion de moi pour croire que je m'emploierais volontiers à une œuvre si salutaire. Sur l'avis qu'il m'en a donné, je le suppliais de vous assurer que je n'omettrais rien de nia part, pour y coopérer dans toutes les choses dont on me jugerait capable. Et comme Mgr l'évêque d'Auguste et moi devions faire un pelit voyage à Paris, je le priais aussi de savoir le temps de l'arrivée de ces messieurs, afin que nous pussions prendre nos mesures sur cela ; jugeant bien, l'un et l'autre, que nous serions fort coupables devant Dieu, si nous abandonnions la moisson dans le temps où sa bonté
(91) La reine mère ayant fait en 1637 un voyage à Metz, f i sensiblement touchée du triple ét.t de celte ville. Pe retour à Paris, elle témoigna à saint Vincent de, Paul, qu'elle honora l de sa confiance, le désir qu'elle aurait de faire instruire son peuple «le Melz; ei pour cet effet, il fut conclu que saint Vincent y enverrait une mission. 11 en choisit les ouvriers, principalement parmi les ecclésiastiques qu'on appelait messieurs de la conférence des Mardis, parce qu'ils s'assemblaient ce jour-là, pour conférer entre eux sur les matières ecclésiastiques. Sont Vincent avait formé ceile espèce d'asso» ialion, dans laquelle l'abbé Bossuet était entré. La mission fut ainsi composée de vingt prêtres d'un mérite distingué, qui avaient à leur tète M. l'abbé d>: Char.denb r, neveu de M. le cai dinal de la Roche
souveraine nous envoie des ouvriers si fidèles et si charitables. Je ne sais, Monsieur, par que: accident je n'ai reçu aucune réponse à cette lettre : mais je ne s°uis pas fâché que celte occasion se présente de vous renouveler mes respects, en vous assurant, av. m toutes choses, de l'excellente disposition en laquelle est Mgr l'évêque d'Auguste, pour coopérer à cette œuvre.
Pour ce qui me regarde, Monsieur, je me reconnais fort incapable d'y rendre le service que je voudrais bien: mais j'espère, do la bonté de Dieu, que l'exemple de tant de saints ecclésiastiques, et les leçons que j'aiautrefois apprises en la compagnie (9V), me donneront de la force pour agir avec de si bons ouvriers, si je ne puis rien de moimême. Je vous demande la grâce d'en assurer la compagnie, que je salue de tout mon cœur en Notre-Seigneur, et la prie de me faire part de ses oraisons et saints sacrilices.
S'il y a quelque ebose que vous jugiez ici nécessaire pour la préparation des esprits, je recevrai de bon cœur et exécuterai tidèlement, avec la grâce de Dieu, les ordres que vous me donnerez (9a). Je suis, Moftsieur,
foncatild.
(92) C'était un docteur de la conférence des Mardis.
(03) A messieurs de la conférence des Mardis.
(9i) Il parle de la compagnie de messieurs de la. conférence des Mardis, dont il était membre.
(95j i On n'a pas trouvé > dit noire recueil, c qui est fort ancien, la réponse de M. Vincent à cette lettre; mais on sait que depuis qu'il l'eut reçue, il s'adressa à M. l'abbé Bossuet pour disposer toutes chost s. Il Un adressa la lettre qu'il écr vit à M. l'évêque d'Auguste, qui gouvernait le diocèse de Met/. : c'est ce que prouve la réponse de ce prélat à M. Vincent, qu'il est bon de transcrire ici, pour montrer de quelle impôt tance était la mission de Metz. >
Ts-
(U l VRES COMPLETES 1>K BOSSl'ET.
*Ol*e très-humble et très-obéissant scrvileur.
Bossi i i , prêtre, grand archidiacre de Metz.
\ M • : . se -1 janvier Ii'mS.
LETTRE II
Dl M BEDACIER, iu\ui: d'aUGUSTB, A SAINT \ i\i:i:\ r DB PAUL (90).
Il lui témoigne' combien il est disposé <) favoriser la mission, et lui fait part d'une difficulté qui paraissait s'opposer auplan des missionnaires.
La lettre de cachet tic la reine, et celle que vous m'ayez fait l'honneur de m'écrire au sujet do la mission que Sa Majesté envoie en rette ville, m'ont été rendues en môme jour; h première par M. de Monchy, et l'autre par M. Bossuet, grand archidiacre de cette Eglise. Je n'ai rien à dire sur l'une et sur l'autre, sinon que je vous supplie d'assurer Sa Majesté que j'emploierai de très-bon cœur tout ce que je puis avoir de crédit et d'autorité, au spirituel et temporel, en celte ville et diocèse, pour seconder ses saintes et pieuses intentions, et les faire ensuite réussir à la gloire de Dieu, à l'éditication de nos peuples, au salut des Ames, et à la conversion des hérétiques et infidèles, que nous y avons en nombre fort considérable; et que je ferai, au surplus, tout ce qui me sera possible pour témoigner l'estime très-particulière que je fais de sa piété. Elle m'oblige trop en vérité, par le soin qu'elle daigne prendre de soutenir le zèle que je dois avoir de mettre ce diocèse en l'ordre d'une bonne et parfaiie discipline, par cet envoi, pour n'en I orler par mes reconnaissances au point qu'elle me témoigne le désirer. Je passerais aussi en effet pour prévaricateur en mon ministère si je ne montrais pas, en cette occasion, combien l'œuvre de Dieu et le commandement de Sa Majesté m'est en considération. J'ajouterai à cela l'état particulier que je fais de votre conduite, qui paraît à 1 avantage de toute l'Eglise en ces missions. Assurez-vous, s'il vous plaît, Monsieur, que je n'omettrai rien de ce qu'on peut désirer de moi, pour en rendre le succès aussi heureux que vous le pouvez souhaiter.
Je n'ai qu'une difficulté qui me presse, et que je ne pense pas pouvoir surmonter, si vous n'avez la bonté de considérer l'accommodement aisé qu'on peut prendre pour la lever. Ces messieurs disent que, selon l'ordre de vos missions, lorsqu'ils sont dans leurs fonctions, toutes prédications cessent, hors celles qu'ils font à leurs heures; et que, partant, notre prédicateur ordinaire du Carême serait obligé de cesser et de se retirer : ce que je vous supplie de considérer, et de voir i inconvénient auquel cela nous pourrait jeter. Celui que nous avons pour le prochain Carême est un fort honnête et habile religieux <ie J ordre de Saint-Dominique, docteur de
■'!»«) Ce te lettre, relative à celle de Bossuet, et qui en explique même quelques points, s'étant
5orbonnet'qui a déjà prêché l'A vent avec applaudissement et recommandation! et lequel
j'ai retenu ici sur la bonne foi, n'étant point averti de cet ordre, l'ayant même fait refuser la chaire d'Angers qui lui était offerte. Il y aurait espèce d'all'ront de le congédier a l'entrée du Carême. Nous pourrons, si vous le trouvez bon, concilier cela en lui faisant remettre les lundi, mardi et jeudi de la semaine ; et ainsi ces messieurs auront quatre jours sur semaine pour prêcher en la cathédrale le malin ; ayantau surplus, tout le reste du temps, laditecathédrale libre pour leurs exercit es. Je suis bien fûché qu'on n'ait pas prévenu cet inconvénient : mais puisque la chose est ainsi, ils pourront fort bien prêcher trois jours dans une autre Eglise que nous leur désignerons , fort propre pour cela.
Il ne reste, au surplus, aucune difficulté, sinon de pourvoir à ce qui est nécessaire pour recevoir et loger ceux que vous nous envoyez. Ils seront les très-bien venus, ve- . nant au nom du Seigneur et de la part de Sa Majesté. M. de la Contour nous a donné le logis du roi, à la Haute-Pierre, où ils seront très-commodément logés. Pour ce qui est des meubles et pour leur nourriture, nous aviserons aux moyens de leur faire tout administrer : on vous en rendra raison au premier jour. Cependant je vous supplie de croire que je suis trop heureux d'avoir cette occasion de vous assurer de la continuation de mes services eli obéissances, étant, Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,
f J. Bedacier, év. d'Augustl.
De Metz, le 29 janvier 1658. •
LETTRE III